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Pour recevoir le vrai pain venu du ciel, pour recevoir le pain qui donne la vie au monde, ce n’est pas ici que nous devrions être, mais là-haut, à Fanjeaux, au Seignadou, au Belvédère qui surplombe toute la plaine grandiose du Lauraguais. Là-haut, nous verrions l’immensité d’un monde écrasé de soleil, en attente de nourriture et de vie ; là-haut, nous serions secoués par tous les vents contraires qui soufflent et s’affrontent, comme les courants de pensée qui circulent en ces pays. Là-haut, saint Dominique a fondé l’Ordre des Prêcheurs ; là est le lieu de notre naissance. Dominicains, dominicaines, nous sommes fils et filles de l’attente complexe de cette terre. Dominique a cru à la fécondité de la parole de Dieu pour ce monde, il a cru au pain venu du ciel qui nourrit tous les hommes pour toujours.

Dominique avait une arme : l’arme évangélique du dialogue à l’image du Seigneur lui-même. Jésus a multiplié le pain. Puis il a rejoint l’autre rive du lac. Alors les gens vont à sa recherche et le trouvent. Le dialogue est tout de suite difficile. Eux veulent des signes, du pain de la terre ; lui, Jésus, demande la foi et parle de la nourriture qui ne passe pas. Comme souvent, Jésus et son auditoire ne parlent pas de la même réalité. Ces dialogues-là sont souvent épuisants. Ils accompagnent la mission de Jésus qui, lui, ne se lasse pas. Certes, les conversions, les guérisons, le dialogue avec la Samaritaine donnent plus de joie immédiate. Mais ici Jésus n’est pas satisfait ; il est venu pour chercher ceux qui sont loin, ceux qui semblent fermés à la grâce, ceux qui n’ont pas encore l’occasion de s’ouvrir à la lumière. Dominique a cherché ces mêmes dialogues difficiles et il a donné à ses frères cette même passion.

Pour ces dialogues, il y a deux conditions : d’abord, il ne faut pas avoir peur, peur des vents contraires, peur d’aborder les gens, peur de leur indifférence… Surtout peur de soi : la grande peur de pas «avoir toute la vérité» ! Or nous sommes disciples de Jésus, c’est lui qui marche en avant de nous, il est toujours le premier, lui qui est «la vérité». Alors pourquoi avoir peur ? Il est là, solidité de Dominique et la nôtre. L’autre condition du dialogue avec les autres est de les aimer. Les aimer : croire qu’il y a toujours une admirable lumière en l’autre et aimer la découvrir. Nous le sentons bien : le respect d’autrui requiert cette espérance. Il peut y avoir des heurts et des haussements de ton, car un dialogue constructif ne peut reposer sur des demi-vérités. Tous ont parlé de l’amabilité de Dominique ; son amitié lui permettait de rejoindre tous les coeurs… Oui, mais personne n’échappe à cette prédication difficile. Il faut un grand amour des autres pour y être fidèle.

Mais il y a un secret pour ce dialogue. Là-haut, Dominique se laisse emporter par tous les vents pour annoncer l’Évangile. Mais c’est en bas qu’il trouve sa force. C’est ici que se trouve la source cachée de sa prédication. Comme le Seigneur Jésus se retirait pour prier, pour parler à son Père, Dominique trouvait appui dans le silence de ce lieu et dans la prière de ses soeurs. Voilà l’équilibre de notre Ordre. Frères et soeurs apostoliques nous reposons sur votre prière, mes soeurs moniales. Vous avez donné votre vie au Seigneur pour nous porter dans la prière. Admirable concrétisation de la communion des saints ! Que serions-nous sans ce lien que Dominique a voulu ? Notre apostolat naît de la contemplation des merveilles de Dieu, de la méditation des Écritures, mais aussi de la force de notre unité.

Vous voyez, je m’enthousiasme pour ma famille dominicaine. Puis-je faire autrement en ce lieu ? Fils et filles de saint Dominique, nous trouvons ici notre origine ! Mais il n’y a qu’un seul Évangile, proclamé pour le salut du monde et nous sommes tous appelés qui que nous soyons à la même sainteté. Aussi en parlant aujourd’hui d’un Ordre particulier, j’ai conscience de parler de la vie de tous dans l’Église.

Là-haut, la passion du salut du monde ; ici, en bas, le lien puissant de la prière. À mi-chemin, sur le raidillon qu’a emprunté tant de fois Dominique, se trouve un calvaire : là, Dominique a failli être assassiné. Il était prêt. Comprenons : l’enjeu de notre apostolat est le salut de tous ; il requiert de notre part un don absolu. Comme le pensait Dominique, « nous ne serons vraiment membres du Christ que lorsque nous nous donnerons tout entier, comme notre Sauveur se donna tout entier !» Se donner, Jésus continue de le faire dans ce pain du ciel, l’Eucharistie que nous célébrons maintenant.

Références bibliques :

Référence des chants :