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« Le peuple était en attente » nous dit Saint Luc. L’actualité nous le montre quotidiennement. Le peuple attend du changement, de la nouveauté, une transformation de notre société. Il le dit. Il le crie. Les peuples aujourd’hui sont en attente. Dans notre monde parfois résigné—et où l’envie de baisser les bras guette certains —, il est important de se rappeler que nous sommes faits d’attentes. Mais de quelle attente parle l’Évangile ? Qu’attendons-nous réellement ? Du bonheur ? De la reconnaissance ? De la sécurité ? De l’avoir ? Du pouvoir d’achat ? Des relations vraies ? Attendons-nous réellement ce qui est bon pour nous ?

Le temps de l’avent nous rappelle que ce qui fait grandir l’humain, c’est toujours une attente ! Mais pas une attente insatisfaite de ne pas voir arriver ce qu’elle attend. Pas de celle des êtres insatisfaits et jamais contents… Lorsqu’on y réfléchit bien, la vraie attente ne sait justement pas ce qu’elle attend. Cette attente du temps de l’Avent nous invite précisément à bien attendre, c’est-à-dire à « bien veiller » ! La juste attente est de la bienveillance. Elle ne s’impatiente pas… C’est cela l’invitation de la lettre aux Philippiens. « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez tout en rendant grâce pour faire connaître à Dieu vos demandes. » Une telle  attente sereine nous pousse à construire patiemment de l’avenir, pas à précipiter le futur que nous prévoyons pour nous-mêmes.

 

Alors, quel que soit notre âge, nous gagnons tous à « bien attendre », à nous éveiller chaque jour à la vie, à être curieux de tout, à être surpris par ce que nous n’attendons pas ! Alors, notre attente deviendra fondamentalement une joie, une démarche qui nous fera sortir de notre somnolence. Attendre consistera à s’éveiller à la vie de Dieu, pour lui permettre de naître, d’advenir. Bien entendu, certaines attentes peuvent nous énerver, particulièrement lorsque ce que nous savons qui doit arriver ne survient pas comme nous l’espérions. Lorsqu’un train ou quelqu’un se fait attendre, l’impatience grandit vite… L’attente de l’Avent ne consiste pas à attendre ce que nous connaissons —un Dieu à notre image— mais à s’ouvrir à l’inconnu de Dieu « qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir. » Car le Dieu qui vient à Noël n’est pas celui que nous croyons connaître.

 

L’attente de l’Avent nous invite ainsi à changer notre regard sur la vie, sur le monde, afin d’être l’ « avent-garde » d’un monde qui sait encore offrir de la joie. Toutes les lectures de ce dimanche nous parlent de cette joie-là: « Réjouissez-vous », répète Paul. « Réjouis-toi, de tout ton cœur », nous dit le prophète Sophonie. Attendre, c’est cultiver cette joie profonde, en toute circonstance. Elle nous pousse à combattre ce pessimisme ambiant, ce défaitisme égoïste. La vraie joie est un décentrement. Elle consiste à être capable de trouver sa propre joie dans la paix de Dieu, qui nous renouvelle par son amour.

Alors, « que devons-nous faire ? » Telle est la question fondamentale adressée à Jean-Baptiste. Il ne s’agit pas de changer de vie, mais de changer sa vie, pour y voir une joie profonde, malgré les aléas de l’existence. Que faire… quand il faut attendre et que nous ne savons pas vraiment ce à quoi nous attendre ! Revenons à l’Évangile, qui nous offre une sagesse toute simple : alors que différentes demandes sont présentées à Jean-Baptiste, ce dernier ne donne pas de réponse unique. Il offre un conseil ajusté à chaque groupe. Il ne propose pas de grands slogans et des formules universelles. Il n’est pas le sauveur, mais il permet sa venue. Ses conseils n’ont rien d’extraordinaire, ni d’impossible. Le message de Jean-Baptiste est en fait extraordinairement subversif. Il dit au peuple en attente très exactement ceci : dans votre attente, faites ce que vous devez faire et faites le bien… Faites patiemment, tranquillement, avec persévérance. Il ne dit pas ce que nous devons faire, mais comment le faire.  Faites-le bien, avec courage et douceur. De manière ajustée. N’en faites pas de trop… mais pas trop peu ! « Contentez-vous de votre solde » « Ne soyez pas violents » Que devons-nous faire ? Cultiver la joie, cette joie qui se goûte dans la multitude des petits gestes ordinaire de la vie. C’est cela la bienveillance : attendre, en faisant le bien. C’est-à-dire « bien veiller », avec sollicitude, sur nos proches. Une telle attention aux autres nous permet d’attendre le tout Autre.

 

Alors —et alors seulement—pourra surgir de l’imprévisible dans notre vie. Oui, dans la banalité du quotidien, lorsque tout semble routinier, une joie autre que celle que nous prévoyons peut advenir. Car, en faisant patiemment ce que nous devons faire —avec bienveillance et sollicitude— nous nous apprêtons à attendre et à accueillir Celui que nous ne connaissons pas.

Amen