« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur… Le Puissant fit pour moi des merveilles.  Saint est son nom ».  Par ces mots, Marie nous convie à chercher à exprimer notre reconnaissance en tout temps et en tous lieux. Il est vrai qu’il est aisé de chanter de telles phrases quand tout va bien, quand la vie nous sourit abondamment, quand tout nous paraît si simple.  Mais qu’en est-il lorsque nous avons le sentiment que tout est grisaille, que le sort s’acharne sur nous, que nous nous sentons prisonniers de solitude, que les êtres chers nous manquent car ils sont déjà de l’autre côté de la vie ou qu’ils ne prennent plus le temps de nous rencontrer ?  Est-il encore si aisé de les chanter et d’exprimer notre reconnaissance pour tout ce que nous traversons et qui nous paraît tellement lourd à porter ? N’est-ce pas lorsque nous sommes privés de tout cela que nous découvrons la douleur du manque ?  En nous appropriant les mots du Magnificat, nous sommes ainsi conviés à redécouvrir que la vie est avant tout un don et qu’il est donc fondamental de pouvoir rendre grâce et d’exprimer notre reconnaissance pour tout ce qu’il y a ou qu’il y a eu de beau dans nos existences même si cela se redécouvre dans un passé lointain.  Cherchons à retrouver dans nos souvenirs, tous ces beaux moments d’amitié et de tendresse réconfortante.  Nourrissons notre avenir de tout ce qu’il peut encore nous offrir et ce, malgré les fragilités de notre existence. Rendons grâce à Dieu d’être ce Dieu qui nous accompagne par le biais de tant d’autres êtres humains.  Rendons grâce à Dieu d’être ce Dieu que nous pouvons à tout instant rencontrer dans l’intime de notre cœur.  Portons un regard nouveau sur nos vies pour percevoir les signes de l’amour de Dieu à notre égard.  Exprimons notre reconnaissance pour tous ces petits bonheurs qui ponctuent nos journées.  Rendons grâce pour tout ce que nous venons de vivre et demandons l’accompagnement de l’Esprit Saint pour tout ce que nous aurons à vivre.  Quelle que soient nos vies, ne nous laissons jamais voler l’espérance.  Car l’espérance est une grâce, un don de Dieu qui nous porte en avant et qui nous permet à notre tour de rendre grâce.

Et c’est précisément ce que Marie fit alors qu’elle était enceinte du Fils de Dieu. Elle ne s’enferme pas dans son bonheur.  Bien au contraire, elle se met immédiatement en route.  A notre tour, nous sommes invités à faire de même, c’est-à-dire à aller de visitation en visitation.  Nos visitations personnelles consistent à toujours partir à la rencontre de l’autre et à oser témoigner de celui qui habite au plus profond de notre être.  Mission impossible dans un monde sécularisé comme le nôtre, penseront peut-être certains ?  Ne nous décourageons pas devant l’ampleur de la tâche et osons, chacun à notre manière, avec nos dons reçus, témoigner partout où nous sommes, de cette foi qui nous fait vivre.  Devenons comme Marie, des êtres humains capables de toucher le cœur des autres, mieux encore capables de les faire tressaillir.  Que par nos attitudes, par nos paroles et par nos gestes, les gens puissent à leur tour tressaillir de joie, c’est-à-dire être bouleversés au plus profond de leur être comme Jean-Baptiste le fut dans le ventre de sa mère.  Et bienheureux sommes-nous, car l’évangéliste Luc nous donne la source de cette joie.  Il s’agit de l’Esprit-Saint qui utilise un fil d’or de tendresse pour réparer nos blessures les plus profondes.  L’aiguille de la douceur, tenue par une main d’amour, vient caresser la béance de certaines parties de notre être et de notre histoire pour la recouvrir à nouveau d’un point qui relie, d’un mouvement qui réconcilie, d’une attention qui attendrit.  En Dieu, je vous le disais, il y a toujours l’espérance.  Et c’est ce même Esprit qui nous remplit de joie chaque jour lorsque nous croyons et nous proclamons que Jésus est Seigneur, c’est-à-dire le Messie, le Sauveur.  Notre joie dépend de la force avec laquelle nous croyons en ce mystère.  Nous sommes ainsi appelés à vivre la joie de croire. C’est cette dernière qui doit nous faire tressaillir.  Que nous puissions alors visiter et revisiter chaque jour le mystère de la Visitation de Marie à Élisabeth pour devenir à notre tour ces porteurs de la Bonne Nouvelle. Pour ce faire, il nous suffira tout tendrement de conjuguer à foison les verbes « rendre grâce, rencontrer et être joyeux » lors de nos prochaines visitations. Belle fête de l’Assomption !

Amen