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« Ils n’ont plus de vin »

Tous les ingrédients de la fête sont réunis :

. Les invités se pressent autour des nouveaux époux, sans doute tout à la fois émus et joyeux ;
. Le repas s’avère succulent ;
. Une ambiance familiale, pleine de réjouissance et de gaieté ;
. Un mariage prévu de longue date et qui a mobilisé beaucoup d’énergie et beaucoup d’argent.

Notons d’emblée avec quelle solennité l’évangéliste conclut la scène « tel fut le premier des signes de Jésus. Il l’accomplit à Cana en Galilée et il a manifesté sa gloire et ses disciples crurent en lui ».

Dans le langage biblique, le « signe » relève quelques fois du miracle (comme ici), en tous cas de l’intervention de Dieu. Il témoigne de l’action divine qui nous rend la liberté, manifeste sa présence et sa vie.

Jésus, dans cette ville de Cana, « accomplit le premier des signes » souligne l’évangéliste.

« Premier », au sens non seulement chronologique, c’est-à-dire qui marque le début de son ministère public. « Premier » au sens où après Cana, suivront d’autres « signes » : je pense à tous les miracles et guérisons qu’il accomplira par la suite.

Mais « premier » aussi au sens hiérarchique, c’est-à-dire un acte prépondérant, primordial, fondateur, emblématique de tout ce qui suivra. Un acte par lequel s’exprime la signification profonde de la mission de Jésus parmi les hommes.

Ce signe s’accomplit au cours de noces. Le mariage va être l’occasion de révéler l’identité de Jésus. Jésus se révèle être le vrai époux de l’humanité. Jean l’évangéliste n’hésite pas à appeler d’ailleurs Jésus « l’Epoux » (« voici l’Epoux qui vient » Baptiste).

On est souvent plus habitué à souligner la dimension paternelle de Dieu qui nous a créés ou même sa dimension maternelle (l’Ecriture évoque souvent les entrailles de tendresse et de miséricorde du Seigneur). Mais on est peu coutumier de relever dans l’Ecriture l’aspect nuptial de Dieu.

Et pourtant, cette dimension éclate à plusieurs reprises dans la Bible : Isaïe « Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a faite, Dieu, t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de Dieu ».

Le prophète Osée, nous présente l’image d’un Dieu épris d’Israël et qui va jusque dans le désert rechercher son épouse infidèle.

L’apôtre Paul, lui-même, à propos de l’amour de Dieu qui nous presse et nous urge, emprunte l’image du jeune époux qui enlace son épouse.

Ainsi, la célébration des noces qualifie la relation intime et vivante que Dieu noue avec l’humanité, son Eglise, chacun d’entre nous. Dans cette relation, on retrouvera les traits spécifiques de la conjugalité :

1 – D’abord le choix libre.
Parler d’un Dieu époux, c’est prendre conscience que Dieu m’a choisi, qu’il m’a élu et aimé de toute éternité, « Dès le sein de ma mère, j’ai été sous ta garde. Dès le ventre de ma mère, tu a été Mon Dieu (Ps 21)

Parler d’épousailles entre Dieu et l’humanité, c’est prendre conscience que j’ai aussi à faire le choix de Dieu. A me déterminer pour Dieu. A reconnaître cet amour divin qui m’est antérieur, qui me sollicite et m’invite sans cesse à le rejoindre, à nouer avec lui une alliance pour accéder à la vérité et à la profondeur de cet amour, découvrir son caractère vital, je suis appelé à choisir, en toute liberté le Seigneur. A l’accueillir. A lui ouvrir les portes de mon coeur et de ma vie. A me confier à lui comme à mon conjoint, à laisser véritablement son amour envahir ma vie pour qu’il devienne le centre de gravité de mon existence. « Aimer, c’est être sans repos à cause d’un autre » écrivait un philosophe.

2 – Aimer, c’est se choisir. Mais aimer, c’est aussi s’engager. Tel est le sens d’une cérémonie publique de mariage : devant les parents, les amis, devant la société et après mûre réflexion, deux personnes posent un acte officiel d’engagement. Ils se promettent fidélité, assistance, soutien. Même et surtout dans les moments difficiles, ils se font un devoir, une règle de s’aimer. Cet engagement est la preuve du vrai amour. Peut-on qualifier d’amour, un sentiment amoureux qui oscillerait continuellement ou qui changerait sans cesse de partenaire. Aimer, c’est durer en amour et cette fidélité s’origine dans un engagement mutuel. C’est le point de départ d’une confiance réciproque et que l’on veut éternelle.

Dieu qui est un époux est toujours fidèle. Son amour ne connaît ni les sautes d’humeur, ni les états d’âme. Il est invariable, indéfectible. Et pour peu que nous nous éloignions de lui et que la distance se creuse entre lui et nous, voici que son amour se fait supplication , compassion. Comme le père du prodigue, il court à notre recherche.

Mais le payons-nous en retour de sa fidélité ? Tel est bien le drame de notre inconséquence. Par faiblesse, par oubli de nos promesses baptismales, de nos professions de foi, de nos bonnes intentions initiales, nous nous reprenons, nous faisons des compromis, nous biaisons. Notre amour est incertain.

A Cana, le vin vint à manquer « Ils n’ont plus de vin » se lamente Marie qui intercède auprès de son Fils.
« Il y avait 6 jarres de pierre » note l’évangéliste. Le chiffre n’est pas anodin. C’est le chiffre de l’homme créé le sixième jour selon le récit symbolique de la Genèse. Les 6 jarres sont vides. L’humanité est vide. Vide de ce vin qui dans la tradition biblique est le symbole de l’amour et de la joie.

A Cana, Jésus vient à la rencontre d’une humanité qu’il veut épouser, mais il la trouve privée d’amour. Il vient la rejoindre dans son incapacité à rendre amour pour amour, dans ses manques d’amour. Il se laisse toucher par ces manques.

Nos insatisfactions, nos échecs, nos déceptions, nos épreuves sont bien à l’image de ces amphores. Puissions-nous non pas nous désespérer de nos vides, ruminer nos frustrations ou encore essayer de les combler par des artifices trompeurs et des faux bonheurs qui ne comblent pas le coeur. Au contraire, servons-nous de tout ce dont nous sommes privés ou mutilés, de toutes nos pauvretés, comme d’un calice, d’une coupe disposée en creux où le divin époux vient déposer la tendresse et la joie d’un vin nouveau, d’un nouvel amour surabondant comme à Cana.

L’Evangéliste de ce jour nous interpelle ainsi comme les serviteurs de Cana et à l’invitation de Marie « Faites tout ce qu’il vous dira ».
Présentons nos jarres vides, nos mains vides, nos coeurs vides… comme autant de lieux où un amour nouveau, celui du Christ vient nous consoler de toute peine et nous apporter une joie indicible, incommensurable. La joie de l’Epoux.

Jésus nous fait alors comprendre que nous ne serons pas sauvés malgré nos vulnérabilités mais à partir d’elles.

Références bibliques :

Référence des chants :