Frères et sœurs,

 

Depuis quelques années, nous assistons à l’émergence d’un nouveau trouble de l’alimentation : l’orthorexie, ce désir pathologique et obsessionnel d’intégrer toujours des aliments sains, purs. Par peur de verser dans la malbouffe, bien des personnes souffrent donc d’orthorexie et veillent de manière excessive à ce qu’elles mangent. Bien entendu, il est bon de nourrir son corps sainement… mais qu’en est-il de notre esprit, de notre volonté ? Sommes-nous toujours attentifs et cohérents face à nos faims spirituelles, à nos nourritures affectives, à nos aspirations profondes ? La question que nous adressent les textes de ce jour est donc aussi simple que cruciale : de quoi ai-je faim ? Qu’est-ce qui me fortifie réellement ? Quel est ce pain descendu du ciel qui vient mettre de la hauteur d’esprit dans ma vie ?

 

Face à cette question, nous succombons un peu vite à ce qui nous met seulement en appétit. Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous fait croitre et grandir. Notre culture du court terme préfère en effet une manne qui rassasie, plutôt qu’un pain de vie qui fait grandir la faim. Pour manger de ce pain-là —ce pain d’évangile qui nous fait grandir réellement— il nous faut avant tout écouter un appel décisif. ‘Lève-toi et mange’ dit l’ange à Elie dans la première lecture. Pour accueillir une nourriture qui creuse en nous l’humain, nous avons besoin qu’un autre nous convoque à l’existence et nous dise ‘Lève-toi’. Sors de ce qui te fait dire « c’en est trop ! », relève ton présent qui ne fait que conjuguer ton passé. Ne cherche pas à ce que ta vie soit seulement appétissante, mais veille à ce qu’elle soit nourrissante, pour toi et pour les autres ! « Lève-toi et mange ». Autrement dit : creuse en toi une faim pour accueillir le Christ, cette chair donnée pour la vie du monde.

 

Pour cela, l’auteur de la lettre aux Ephésiens nous propose deux petits ingrédients tout simples. «Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse». Je vous invite à les garder toujours au menu de votre vie ! La générosité et la tendresse : voilà deux condiments qui n’offrent pas une recette de vie, mais qui mettent toujours un goût d’éternité à nos relations.

Le premier ingrédient est la tendresse. Elle est cette faculté d’ouverture et d’accueil. C’est elle qui —comme la douceur— nous donne d’écouter sans juger ce qu’un proche a des difficultés à partager. La tendresse ne récrimine pas. Elle est cette plasticité humaine qui assouplit la raideur des principes, la froideur des arguments. La tendresse est fondamentalement cette bienveillance et cette non-violence qui désarme sans maîtriser ! La tendresse est cette capacité d’adaptation aux circonstances, cette faculté de ne jamais être cassant lorsque l’imprévu survient. La tendresse se nourrit de l’autre, sans le dévorer. Elle est comme cette huile qui vient assouplir ce qui est tendu ; ce parfum qui s’accommode de nos chemins tortueux.

 

Cependant, elle ne suffit pas toujours dans nos relations. Il est des moments où elle semble vaine et illusoire. C’est pour cela qu’il nous faut la seconde clé de la générosité, cette gratuité qui met de la permanence dans l’impermanence de nos sentiments et nos réactions. La générosité nous rappelle qu’il faut du temps pour que la tendresse passe. La générosité nous offre ainsi une direction ; elle nous donne d’imiter le Christ. Si la tendresse est sans pourquoi, la générosité se donne un but, car il y a ces sentiers tortueux qu’il faut rendre droits et ces personnes courbées qui ont besoin d’une main pour se relever… La générosité est comme cette ‘chair donnée pour la vie du monde’. C’est une gratuité qui amène de la confiance dans nos relations, un peu d’espérance dans nos paroles, un zeste de bienveillance dans nos actes. Si vous retirez la générosité de votre tendresse, il se peut que votre gentillesse ne soit pas gratuite et vraie. Mais si vous enlevez la tendresse à la générosité, cette dernière ne sera pas ajustée à l’autre tel qu’il est, dans sa fragilité !

 

Conjugués ensemble, tendresse et générosité nous font découvrir qu’il y a —comme le pain de vie— des réalités qui se multiplient se donnant : la bienveillance, l’amitié, l’amour.  Tendresse et générosité seront alors comme deux phares pour nous orienter en cette période de vacances, deux clés qui déverrouillent bien des portes, deux ingrédients à conjuguer pour nous fortifier, nous restaurer, nous donner faim de Vie. Amen.