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Quelle image étonnante ! Pourquoi Jésus se compare-t-il à un serpent élevé dans le désert ? La comparaison est surprenante. Pourtant, il nous faut la décrypter pour profiter pleinement du sens de l’évangile de ce jour.

 

D’où vient cette histoire de serpent ? Rappelez-vous, le peuple des hébreux est au désert. Il murmure contre Dieu et se voit infliger la morsure mortelle de nombreux serpents. La Bible raconte : « Le peuple vint vers Moïse et dit : “Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents.” Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : “Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront !” »

 

Que voient les hébreux lorsqu’ils lèvent les yeux ? Un serpent de bronze. D’un même regard, ils saisissent d’une part le symbole de leur péché, de leur mort, et d’autre part, le symbole de ce qui les sauve et leur donne la vie. Voilà pourquoi Jésus parle de lui-même comme d’un serpent qui sera élevé. Lorsqu’on regarde Jésus en croix, on y voit à la fois un homme mort à cause de nos péchés et ce même homme, notre sauveur, qui nous sauve de la mort. Dans un même regard, nous voyons le chatiment que nous aurions dû subir et celui qui a pris ce chatiment à notre place.

 

Ainsi, nous contemplons sur la croix la condamnation que nous méritons et le juge qui a choisi de ne pas nous faire subir cette condamnation. C’est cela le jugement divin. Non pas punir les mauvais et prendre les bons. Mais donner la vie à celui qui reconnait ses fautes et regarde son sauveur. Comme le dit Saint Jacques ailleurs, dans un raccourci stupéfiant : « La miséricorde se rit du jugement ».

 

Tel est le génie de Michel-Ange dans le Jugement dernier de la chapelle Sixtine. À la différence de l’iconographie classique, ce ne sont pas les bons à droite et les mauvais à gauche. Il y a ceux qui, de tout en bas, lève les yeux vers Jésus et sont attirés dans sa gloire. Et il y a ceux qui chutent car ils ne regardent pas leur sauveur. Ce qui compte, c’est de regarder Jésus et d’appeler sa miséricorde.

 

Nous comprenons mieux alors l’enseignement de Jésus dans l’évangile de ce jour : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement… »

 

Chers amis, je vous propose, dans ces dernères semaines de carême qui nous rapprochent de la Passion, de redécouvrir la prière devant le crucifix. Qu’il est bon de prier en levant les yeux vers le crucifix de notre chambre, de notre chapelle, de notre église. Nous y voyons Jésus, le crucifié. Nous y voyons notre propre péché qui l’a crucifié. Mais nous y voyons surtout l’amour de Jésus pour le pécheur. Nous y voyons celui qui est condamné précisément parce qu’il n’a pas voulu nous condamner. Nous y voyons le pardon de Dieu. Nous y voyons la miséricorde. Saint Paul l’écrit aux éphésiens dans la lecture de ce jour : « Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ ».

 

Nous sommes aujourd’hui en ce quatrième dimanche de carême : ce dimanche en rose comme disait le père Ricaux en nous accueillant. Le dimanche de la joie. Cette vraie joie, elle provient de la certitude que dans nos faiblesses, dans nos fragilités, dans nos péchés, nous pouvons lever les yeux vers Jésus.