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Solidarité fraternelle

Au sujet de ce passage, on parle d’Evangile de la correction fraternelle. Mais ne faut-il pas oser l’appeler Evangile de la communion fraternelle ? Et même, pour reprendre la formule de saint Paul dans la seconde lecture, de « l’amour mutuel » ?

« Si ton frère a péché, va vers lui, reprends-le en tête à tête. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ». Chacun a le devoir de reprendre son frère quand il se trompe, dit Jésus, ce qu’on appelle correction fraternelle. Il signale en même temps que chacun a le droit d’être pardonné. Et cela fait partie de l’acte d’aimer.

Oser se confronter à son frère et oser une démarche de pardon, c’est de l’anti-indifférence. C’est refuser que nos vies se passent indéfiniment en parallèle, voire à contre-sens. Là aussi, c’est une condition de l’acte d’aimer.

Jésus va plus loin lorsqu’il dit que si le frère qui a besoin de cette correction ne m’a pas entendu, il faut aller vers lui à deux ou trois pour le lui signifier. Il fait référence à un passage de la loi de Moïse au livre du Deutéronome : « Il ne suffira pas qu’un seul témoin se lève contre un homme coupable d’un péché. Pour instruire l’affaire, il faudra la déclaration de deux ou trois témoins »[1]

C’est dire combien Jésus insiste sur le devoir d’aider son frère quand il s’égare.

Et il insiste au point d’appeler à mobiliser l’Eglise, c’est-à-dire la Communauté entière.

En disant cela, Jésus montre que l’enjeu est à ce niveau. Quand nous voyons comment Jésus situe les étapes du pardon, nous comprenons que la faute dont il est question ne correspond pas à une offense ni une blessure personnelle[2]. Il s’agit d’un frère qui se met en retrait. Un frère qui rompt la « solidarité fraternelle »[3]. Le pape François disait que la correction fraternelle : « est une action pour guérir le corps de l’Eglise… il y a un trou, là, dans le tissu de l’Eglise, qu’il faut absolument recoudre »[4]

Tout cela est bien beau, mais la conclusion vous a peut-être semblé rude, comme à moi. « S’il refuse d’entendre l’Eglise, qu’il ne soit plus considéré comme un frère, mais comme un païen et un publicain ». C’est-à-dire comme un homme qui est étranger à la connaissance du Christ et loin de la foi de la communauté. Notre premier réflexe est d’être choqué. Mais c’est une sagesse de Jésus : surtout, n’en faites pas un frère aux oubliettes de la communauté. Un frère que vous ignorerez, que mépriserez et n’aimerez plus.

Nous savons comment Jésus se comporte avec les païens et les publicains : il veut les mettre à sa suite. Il va vers eux, il mange avec eux, il les évangélise. En ne considérant plus l’autre comme un frère en quarantaine, il en fait un homme à appeler ou à réintégrer dans la communauté des croyants. Rappelez-vous comment Jésus décrit l’accueil miséricordieux d’un père pour son fils prodigue qui s’était désolidarisé de la famille.

Chers amis téléspectateurs, vous l’avez vu tout à l’heure avec le témoignage de cette jeune fille de Moselle, et vous le verrez encore après notre célébration, notre émission d’aujourd’hui est une étape vers « le synode des évêques sur les jeunes, la foi et les vocations ». Jeunes et vieux ; catholiques bien intégrés et ceux qui sont à la marge ; malades et bien portants ; et il y a d’autres catégories que nous pouvons facilement mettre en opposition !

Jésus appelle à ne pas passer à côté, les uns des autres, dans l’incompréhension, dans la méfiance, voire dans le rejet. Je le disais au début, cet évangile est celui de l’anti-indifférence. Celui de la solidarité fraternelle et de l’amour mutuel hautement gagnés, au prix du dialogue, de la vérité et de l’humilité. C’est là un enjeu de bien commun. Cet évangile et le synode qui viendra, l’an prochain, nous rappellent qu’il est précieux de faire partie d’un même corps !

Ensemble, nous sommes ce corps du Christ Vivant !

Amen

 


 

[1] Dt 19, 15

[2] Les spécialistes considèrent que la mention « contre toi » que l’on trouve au début (« si quelqu’un a péché contre toi ») se trouve dans certains manuscrits, mais pas dans tous, et qu’elle ferait à tort interpréter le passage dans un sens individualiste.

[3] Belle expression qu’utilise le Père Marie-Joseph Lagrange pour ce qui est en jeu dans ce passage. Dans : L’Evangile de Jésus Christ, Editions Artège Lethielleux, 2017, page 308.

[4] Homélie – Messe à Sainte Marthe, 12 septembre 2014. La correction fraternelle s’exerce avec amour et humilité.