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Il y a quelques années, je rendais visite à des amis. La fille de la maison préparait le cours de religion du lendemain et je lui ai proposé de l’aider. Elle m’a montré son livre. En haut de la page, il y avait cette question : « Pourquoi Dieu a-t-il envoyé Jésus dans le monde ? » Alors, j’ai posé la question à la fillette et elle m’a donné la réponse qui était dans le livre : « Dieu le Père a envoyé Jésus dans le monde pour lui apporter la Bonne Nouvelle. » Alors, j’ai demandé : « C’est quoi, la Bonne Nouvelle ? » Elle m’a répondu : « Je ne sais pas, on n’est pas encore arrivé à cette page ! »

Aujourd’hui, dimanche de Pâques, nous célébrons le cœur de la Bonne Nouvelle : le Christ est ressuscité et il est présent dans son Église par l’Esprit Saint. La Bonne Nouvelle, c’est que Dieu aime chacun de nous d’un amour plus fort que la mort, plus puissant que tout ce que la vie peut nous envoyer.

Par la résurrection de Jésus, Dieu a brisé le pouvoir du péché et ouvert une ère nouvelle, un matin nouveau qui offre un nouvel espoir à toute l’humanité. Avec Jésus, le premier-né d’entre les morts, nous osons proclamer : avec la mort, la vie est transformée, elle n’est pas terminée. C’est vraiment une bonne nouvelle.

Avez-vous remarqué qu’au début de l’Évangile, Marie-Madeleine est dans l’obscurité, dans le noir à tous les sens du terme ? C’est le matin, très tôt et le jour n’est pas encore levé. Mais elle est aussi dans l’obscurité intérieure comme l’explique la fin de ce passage de l’Évangile: « Jusque-là, les disciples n’avaient pas compris que Jésus devait ressusciter des morts. » Et ils avaient tous fui, excepté Jean, quand Jésus souffrait et mourait.

Comme la petite fille, ils n’avaient pas encore atteint la page de la Bonne Nouvelle. Et lorsque ce fut le cas, leurs vies ont été transformées. Et ils ont travaillé sans relâche et avec courage pour répandre la Bonne Nouvelle de Jésus, pour faire advenir dans le monde un espace dans lequel les hommes de bonne volonté peuvent œuvrer ensemble pour plus de paix et de justice, d’accueil et de réconciliation pour tous.

C’est le même défi pour nous, aujourd’hui, en 2016 : suivre le Christ ressuscité doit conduire à une transformation personnelle. Notre chemin de vie doit devenir un signe concret du fait que le Christ est vivant en nous et parmi nous. En ce sens, par nos efforts pour agir de manière juste, nous incitons les autres à aimer avec tendresse et à marcher humblement avec notre Dieu.

Quelqu’un a dit que, dans la vie de nombreuses personnes, aujourd’hui, Dieu est absent mais qu’il n’est pas oublié. Peut-être que nous pouvons amener l’amour de Dieu dans leurs vies, non pas de manière agressive ou prosélyte, mais simplement en prenant soin d’elles, avec tendresse et compassion, en travaillant pour donner chair aux valeurs chrétiennes de base. Il y a aujourd’hui des voix qui prétendent que l’éthique religieuse est incompatible avec le bien commun. Je ne le crois pas du tout.

Regardez les hommes et les femmes de la semaine de Pâques de 1916. Pour la plupart d’entre eux, la foi et la religion étaient très importants. On le constate à travers les luttes de ce qui a constitué une série de mutations profondes de l’histoire de notre peuple.

On constate encore et encore que ces hommes et ces femmes ont prié, se sont confessés, ont communié, ont vécu le pardon, l’amour de leurs familles, l’amour de leur pays, ils ont pratiqué une éthique religieuse, si jamais il y en avait une. Et ils voulaient donner leurs vies pour ce qu’ils considéraient comme le bien commun.

Certains d’entre vous savent que nombre de nos frères capucins ont joué un rôle significatif dans les derniers jours de certains de ces hommes et de ces femmes, du côté des Républicains, durant la semaine sanglante de Pâques 1916. Ces derniers temps, on nous a questionnés fréquemment sur leurs motivations. Quelques années avant le soulèvement de 1916, les capucins étaient très engagés dans la renaissance culturelle et dans la promotion de la langue irlandaise, si bien que lorsqu’ont commencé les événements de la semaine de Pâques 1916, certains des religieux de la Church Street à Dublin ont immédiatement adhéré à la cause des insurgés.

Mais il y a eu également d’autres facteurs. La rue de l’église, la Church Street, était au cœur des combats lorsque les forces britanniques ont attaqué à plusieurs reprises les positions des Volontaires autour de Church Street et de Four Courts. Beaucoup ont été tués sur la Church Street elle-même. Donc, comme ils l’avaient fait lors de l’effondrement des immeubles en 1913, les frères sont sortis pour aider et se sont bientôt trouvé mobilisés, 24 heures sur 24, en consolant ; en ramassant les blessés et en les amenant à l’hôpital Richmond tout proche, en recueillant les confessions et en donnant des bénédictions. Plus tard, les capucins ont été les seuls à pouvoir amener à négocier une trêve entre l’armée britannique et les chefs rebelles afin d’éviter davantage de pertes humaines. Ils ont aussi été appelés à accompagner spirituellement les chefs avant leur exécution à la prison Kilmainham.

Mais il y a aussi une autre raison, plus profonde, de leur engagement. Durant les 400 ans de présence au sein du peuple d’Irlande, les frères capucins ont gagné la confiance et l’affection populaires par leur intégrité et leur disponibilité, leur compassion et leur proximité avec les personnes dans le besoin, quelque que soient ces besoins.

Et quand d’autres refusaient les nécessiteux, eux ils les accueillaient. Quand d’autres traversaient la rue pour les éviter, eux, ils faisaient preuve de tendresse et de compassion ; et quand l’opportunité s’est présentée, ils ont permis de négocier une reddition paisible. En d’autres termes, ils étaient des hommes de la Bonne Nouvelle, des hommes dont la vie était transformée par le Ressuscité.

Et c’est pour cela qu’on leur faisait confiance. Aujourd’hui, au début d’un autre siècle, nous considérons le passé avec gratitude et nous nous engageons pour travailler ensemble à faire advenir un avenir meilleur, plus juste pour la nouvelle Irlande qui émerge. Et nous y arriverons si nous nous tournons vers cette page qui contient la Bonne Nouvelle, en faisant que nos vies soient modelées et transformées par l’Evangile de Jésus, ressuscité des morts.

Références bibliques : Actes des Apôtres 10, 34. 37-43 ; Ps. 117 ; 1ère lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 3, 1-4 ; Jean 20, 1-9

Référence des chants :