Pouvoir rencontrer le Christ : voilà la « Bonne Nouvelle » !

Des mots se bousculent, sonnent, résonnent, carillonnent, caracolent dans ma tête et dans mon coeur, que je voudrais savoir vous partager.

D’abord le mot joie. Joie d’être avec vous ce matin dans cette chapelle du Collège des Irlandais à Paris. Je ne connaissais pas ce lieu, et pas plus l’histoire qui lui est attachée : celle de longs liens entre la France et l’Irlande. Nous avons la chance, depuis une soixantaine d’années, de participer à la construction d’une Europe économique, culturelle et politique, d’une Europe de la paix. Or cette Europe peut exister parce qu’elle a des fondations, parce qu’elle a eu ses précurseurs. Ainsi me suis-je souvenu que dans des temps maintenant anciens, quand les Barbares (les fameux Huns d’Attila !) ont envahi la Gaule romaine au Ve siècle, ce sont des missionnaires irlandais, des moines évangélisateurs disciples de saint Patrick, comme saint Colomban, qui sont venus nous rapporter l’Évangile ! Sacré détour quand on y pense ! Les disciples de Jésus n’ont pas fini d’apprendre à se rendre ainsi service.

Autres mots, qui me viennent, en cascade ceux-là, presque en rafale, en une volée de mots : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu ».

C’est la première phrase de l’Évangile de Marc que nous avons entendue, le début du plus ancien de nos Évangiles, celui en compagnie duquel nous allons vivre une grande partie de la nouvelle année liturgique qui a débuté dimanche dernier. Onze petits mots en tout, et, vous l’aurez remarqué : pas de verbe, comme pour ne pas perdre de temps !

Chacun de ces mots, bien entendu, est important, surtout lorsqu’on sait que Marc est un auteur qui ne cherche pas à faire de longues phrases mais qui va toujours à l’essentiel. « Commencement » : le même mot que celui qui ouvre le premier Livre de la Bible, celui de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1, 1). Pour Marc, il convient de déclarer qu’une nouvelle phase de l’histoire du monde a débuté. Et l’auteur du Livre ne nous impose aucun suspens. Tout de suite il nous révèle ce qu’est cet évènement majeur: « la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu ».

Cette expression « Bonne Nouvelle » (en grec : « Euaggélion ») avait dans l’Antiquité une résonance bien particulière qui nous échappe aujourd’hui : elle s’appliquait à l’annonce d’une intronisation royale. Autrement dit : Marc nous annonce l’entrée dans l’histoire d’un nouveau roi. Mais pas n’importe quel roi : celui qui a reçu l’onction divine, le Crist, celui que les chrétiens ont très vite confessé comme « le Fils unique du Dieu unique ». Marc écrit vers l’an 64 de notre ère. La tradition chrétienne nous dit qu’il a rédigé son Livre à Rome, à la demande et sur les instructions de l’Apôtre Pierre. Cette première phrase nous fait donc entendre la foi des tout premiers chrétiens. Une trentaine d’années seulement s’est écoulée depuis la mort et la Résurrection de Jésus.

« Bonne Nouvelle de Jésus » ! La première « Bonne Nouvelle » de Jésus, c’est lui, c’est sa présence ! Voilà le message essentiel : lui parmi nous, hier, aujourd’hui, demain et pour toujours ! Lui avec nous ! Lui en nous ! Ce Christ ne porte d’ailleurs pas n’importe quel nom : Jésus, Yeshoua, c’est-à-dire « Yahvé sauve ». Au long de sa mission terrestre, Jésus a proclamé la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, il a énoncé ses Béatitudes aux pauvres, il a déclaré libres les captifs et guéris les souffrants. Mais tout cela surgissait de sa rencontre. Le rencontrer vraiment, c’est en effet être libéré et sauvé. C’est rencontrer « Dieu sauve ! ».

Vous avez sans doute à l’esprit ces scènes d’Évangiles où il nous est parlé de Jésus allant à la rencontre des foules. Quelles images nous viennent ? Tout simplement ceci : des hommes, des femmes, des jeunes, tous issus du peuple des humbles, dont les visages s’éclairent et les vies semblent tout à coup pouvoir se transformer uniquement du fait de la présence au milieu d’eux du Christ. Dans l’existence des hommes, se retrouver avec ceux qu’on aime n’est-ce pas ce qu’il y a de meilleur ? Je pense du même coup à Christine, une de mes paroissiennes, lourdement handicapée et qui, pourtant, parvient à venir régulièrement à la messe dans son chariot électrique. À quelqu’un qui, un jour, lui disait : « La solitude doit vous être parfois bien dure », elle a répondu dans un sourire qui la transfigurait : « Mais je ne suis jamais seule : j’ai le Christ avec moi ! ».

Marc et Jean ont chacun fait débuter leur Évangile par une rapide « entrée en scène » de Jean le Baptiste. Le nom de celui-ci est autant riche de sens que celui de Jésus : YOHANAN, c’est-à-dire « DIEU FAIT GRACE ». Depuis longtemps la tradition juive véhiculait (et véhicule toujours) la conviction que le « Jour de Dieu », celui où Dieu viendrait juger les hommes, serait précédé d’un messager qui laisserait ainsi aux hommes le temps de se convertir. « Dieu fait grâce » afin de ne pas devoir condamner ! Dans le Livre de Malachie, ce « précurseur de Dieu » est identifié au prophète Élie (Ml 3, 23) dont on dit qu’il n’est pas mort mais qu’il a été élevé directement aux cieux. Eh bien, l’entrée dans l’histoire de Jésus comme « Fils de Dieu », peut se faire une fois qu’est passé Jean Baptiste, un messager vêtu comme Élie d’une toison et d’un pagne de peau autour des reins. Il est « une voix [qui] crie dans le désert » et qui nous enjoint, aujourd’hui comme hier, de « préparer les chemins du Seigneur, de rendre droits ses sentiers ».

Dernier mot qui fait entendre en moi aujourd’hui sa musique : DÉSERT. C’est au désert que Jean le Baptiste s’était installé. Car il est des moments de l’existence où il faut savoir prendre du recul, savoir se retirer. Il est parfois besoin d’observer des temps de retraite et d’ascèse. Car accueillir la personne du Sauveur et l’évènement de son salut, nécessite, aujourd’hui comme hier, que nous préparions notre coeur. N’importe quel amoureux qui est en attente de retrouver son amour, veille à s’offrir à l’autre dans les meilleures conditions. Nous connaissons le Christ comme un grand Amour. Comment pourrions-nous ne pas nous préparer à l’accueillir de manière nouvelle, à l’occasion du temps de Noël vers lequel nous cheminons ? Pour cela, écoutons bien la voix du Baptiste et conformons nos comportements à ses appels à la conversion !

Références bibliques :

Référence des chants :