Je fais un don

Frères et sœurs, amis en Christ,

Il y a des mots qui font l’unanimité, « Bonheur » est au nombre de ceux là.

La simple évocation de ce mot fait vibrer chaque être au plus profond de sa sensibilité. Témoins en sont les vœux de bonheur que nous échangeons lors des événements importants de notre existence.

Jésus aussi, depuis la montagne qu’il vient de gravir, indique à la foule le chemin qui conduit au vrai bonheur, celui qu’on ne peut acheter aux soldes des plaisirs bon marché.

C’est avec les yeux du cœur qu’il nous faut revoir cette scène.

Une foule entoure Jésus : hommes et femmes, jeunes et vieux, bien-portants et malades, des gens qui souffrent de toutes sortes de tourments… Ils sont en attente d’une parole, d’un geste qui puisse leur donner réconfort et espérance. Jésus est celui qui s’assied, qui prend son temps, qui regarde avec amour les prostrés, les écrasés, les découragés. Attitude si simple, si humaine, qu’elle proclame par elle seule toute la beauté de Dieu. Ses yeux sont remplis de larmes de compassion pour toute cette humanité au bord du désespoir.

Oui, ami toi qui es un blessé de la vie ou de l’amour, toi qui aspires à la justice et à la paix, toi qui subis la violence, toi qui es crucifié sur ton lit d’hôpital, écoute Jésus te parler… Toi qui croyais que le bonheur n’était pas fait pour toi, Jésus te dit que tu peux être heureux dés maintenant ! La joie véritable que Jésus te propose est une conquête, qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et difficile. Mais le Christ possède le secret de la victoire.

Les Béatitudes commencent par « Heureux les pauvres de cœur ! » Les pauvres dont il s’agit ici sont les pauvres en avoir, en pouvoir et en savoir. Mais aussi les riches qui n’ont pas enfermé leur cœur dans le coffre de leur banque. Être pauvre consiste à pratiquer l’humilité : aux orgueilleux les royaumes de la terre, aux pauvres le royaume des cieux.

« Heureux les doux ! » Les doux ne sont pas les mous. Ils ont le courage de dire non à la fatalité, non à la violence, non au racisme. Ils témoignent de la force invincible de l’amour, sans imposer leurs idées. Leur main ne se ferme pas en un poing, mais elle cherche la main du frère pour lui apporter la douceur du cœur !

« Heureux ceux qui pleurent ! » Les affligés, ce ne sont pas les pleurnichards, mais ceux qui savent qu’il faut « semer dans les larmes pour moissonner dans la joie ». Pourquoi les larmes ? Je n’ai pas de réponse à cette question. Je sais seulement, qu’arrivé devant la tombe de son ami Lazare, Jésus pleura. Je constate quotidiennement dans mon hôpital, qu’il est possible de sortir grandi par l’épreuve : terrassé par la maladie à l’âge de 23 ans, Sébastien me confiait, les larmes aux yeux : « Denis, à travers ma souffrance j’ai découvert ce qui est essentiel dans la vie » .

« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ! » La faim de justice commence pour notre humanité avec la faim de pain pour tous. Oui, heureux ceux qui se battent pour que tous les enfants de la terre, à commencer par les plus pauvres, puissent manger à satiété, sans qu’il soit nécessaire aux affamés de se mettre à genoux, pour implorer les repus que nous sommes. Mais heureux aussi les « sentinelles de l’Évangile ». Ils font de « l’Église un lieu de justice et de liberté Afin que l’humanité tout entière renaisse à l’espérance ».

« Heureux les miséricordieux ! » Même s’il est blessé au plus profond de lui-même, heureux est celui qui sait chasser l’amertume de son cœur et qui ouvre toujours un avenir à son frère. Le miséricordieux crée de l’amour pour réparer le péché. Dans ma vie d’aumônier d’hôpital je suis le témoin privilégié de pardons donnés et accueillis. Du pur bonheur !

« Heureux les cœurs purs ! » Tricher avec les autres et avec soi-même, aimer être vu, admiré, écouté, nous éloigne le plus du cœur de Dieu. Ne vivre que d’amour vrai, même s’il faut une vie d’homme et de femme pour le découvrir, quelle joie incomparable !

« Heureux les artisans de paix ! » Les pacifistes ne sont pas les désarmés qui laissent faire sans broncher. Ce sont les sentinelles vigilantes, qui se mobilisent contre le malheur des malheurs qu’est la guerre entre les nations, les familles, et envers soi-même.

La huitième et dernière béatitude proclame « heureux les persécutés ! » Les persécutés ne sont pas des moutons à tondre, mais des femmes et des hommes, qui ne trahissent pas dans l’adversité et qui restent fidèles aux valeurs de l’Évangile, même la corde au cou, ou les fusils braqués sur eux.

Frères et sœurs, voilà le bonheur que Jésus nous propose. Il n’est pas inaccessible et réservé à une élite ou à une poignée de héros… Laissez-vous simplement pénétrer par les Béatitudes. Relisez-les, apprenez-les par cœur, récitez les comme le « Notre Père », le « Je vous salue Marie » ou le «Magnificat ». Que les Béatitudes soient votre respiration dans vos journées de grisaille !

Ami, frère malade, frère opprimé, frère en quête d’espérance pour qui pauvreté, douceur, larmes, justice, miséricorde et paix ne sont pas de vains mots, garde courage et confiance. Sans que tu t’en rendes compte, tu m’enseignes, non pas avec de l’encre mais avec ton cœur, la plus belle page de l’Évangile, celle des Béatitudes que je viens de proclamer.

Ami, je bénis le Seigneur de pouvoir t’approcher tous les jours de poser ma main dans la tienne. Reste pour moi un « perce-neige », annonçant le printemps des Béatitudes.

Amen !

Références bibliques : So 2, 3 ; 3, 12-13 ; Ps 145 ; 1 Co 1, 26-31 ; Mt 5, 1-12

Référence des chants :