"A vin nouveau, outres neuves" (Mc 2, 22).

Ces paroles de Jésus conviennent à merveille au 140ème anniversaire de la fondation d’Auteuil.

Quand on dit Auteuil, on pense aussitôt au père Brottier, natif de la Ferté-Saint-Cyr et qui célébra sa première messe dans cette église.

Mais Auteuil a débuté bien avant lui, entre 1861 et 1866, grâce à un prêtre, l’abbé Louis Roussel, originaire de Saint-Paterne, village de la Sarthe qui jouxte Alençon, lieu de naissance de Thérèse de l’Enfant-Jésus si attentive, vous le savez, à l’oeuvre d’Auteuil.

Louis Roussel était le fils spirituel de l’abbé Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires à Paris. Son ministère le conduisit dans les quartiers de Grenelle, de Vaugirard, du Gros Caillou, d’Auteuil. Là, il rencontra toute une population d’ouvriers, de pauvres, d’enfants abandonnés, orphelins. Le zèle apostolique de l’abbé Roussel le portait à catéchiser et à préparer ces jeunes à recevoir l’eucharistie. Comment certains de ces garçons auraient-ils pu envisager de faire leur Première communion alors qu’ils n’avaient pas de vêtements convenables à se mettre sur le dos pour entrer à l’église ?

Alors l’abbé Roussel fonda "l’Œuvre du vestiaire" et "l’Œuvre de la Première communion".

Les enfants, durant trois mois, apprenaient à lire, à écrire. L’abbé les aidait à comprendre "Dieu est amour" (1 Jn 4, 8) et avec eux il approfondissait ces paroles : "Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit pas" (ibid. 21). Puis arrivait le jour de la Première communion. Mais après ? Ces jeunes se retrouvaient sur le pavé de la capitale, livrés à eux-mêmes et au pire. L’embauche était difficile et dans quelles conditions. La vie dans les ateliers était redoutable.

C’est ainsi que, très rapidement, s’imposa à l’abbé Roussel la décision de fonder une école professionnelle où les jeunes apprendraient un métier dans un cadre éducatif porteur.

Vous connaissez la suite d’Auteuil et son rayonnement, grâce à la forte et géniale impulsion donnée par le P. Daniel Brottier, directeur de l’oeuvre des Orphelins Apprentis d’Auteuil de 1923 jusqu’à sa mort en 1936. Il était bon de rappeler – fût-ce brièvement – les origines de l’Œuvre. C’est dans l’Eucharistie que l’abbé Roussel a puisé l’audace de son action éducative.

"A vin nouveau, outres neuves".

Au jeune homme devenu un "homme nouveau" (Eph. 2, 15) par l’Eucharistie, l’abbé Roussel voulait apporter la dignité qui l’insérerait dans la société, dans l’Eglise : "La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu" (Saint Iréné, adversus haereses IV. 20. 7).

Dans son encyclique, Benoît XVI nous écrit : "Toute l’activité de l’Eglise est l’expression d’un amour qui cherche le bien intégral de l’homme : elle cherche son évangélisation par la Parole et par les Sacrements, entreprise bien souvent héroïque dans ses réalisations historiques ; et elle cherche sa promotion dans les différents domaines de la vie et de l’activité humaine" (D.C.E. 19). C’est bien cette éducation globale qui est donnée aux jeunes accueillis dans les maisons d’Auteuil.

L’abbé Roussel comme le P. Brottier ont eu un "amour inventif" pour accueillir les jeunes blessés et malmenés par la vie.

Ils ont eu aussi un "amour inventif" pour délier les bourses et faire sonner justes les paroles du psaume que nous chantions à l’instant : "Le Seigneur est tendresse et pitié" (Ps. 102, 8).

J’aime beaucoup l’optimisme foncier du P. Brottier qui, un jour, confiait à son ami et collaborateur le père Pichon : "chacune de mes initiatives est accueillie par les amis d’Auteuil avec une si débordante effusion de générosité que j’en reste souvent muet d’admiration et de reconnaissance. Le péché originel eu beau détraquer notre pauvre nature, le coeur humain a gardé malgré tout l’empreinte du Créateur et toutes ses passions ne parviendront jamais à tuer ce germe divin". Elles sont donc possibles et réalistes ces paroles que chantait Thérèse de L’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, l’amie et la protectrice d’Auteuil : "Aimer c’est tout donner et se donner soi-même".

Dans quelques instants vous et moi, nous allons communier sacramentellement ou par désir au Corps et au Sang du Christ. Puisse le Seigneur ainsi rencontré nous donner la capacité de l’aimer lui et par conséquent notre prochain de manière renouvelée, au risque de faire craquer les vieilles outres que nous sommes plus ou moins, afin de partager grâce à des outres neuves, un vin nouveau qui réjouira le coeur de notre semblable et rendra gloire à Dieu.

"A vin nouveau, outres neuves.

Amen

Références bibliques :

Référence des chants :