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Très vivement frappés, ils disaient : « Tout ce qu’il fait est admirable, il fait entendre les sourds et parler les muets ».

Nous le disions en commençant : il est heureux que nous soyons ici dans la joie pour redire, la beauté et la bonté du don de Dieu en son Fils Jésus. Ce don de Dieu qui nous permet tout à la fois de devenir, pleinement humain et pleinement chrétien. Nous n’aurons jamais fini d’en être heureux, car en Jésus son Fils, Dieu s’est approché et s’approche sans cesse de l’homme pour lui redonner sa splendeur originelle. « Comme aux premiers matins du monde ».

Mais quel est donc cet homme ? Seulement un sourd et muet du territoire de la Décapole, ou bien aussi l’homme d’aujourd’hui, peut-être également, l’homme de toujours ? Ils ont si souvent un point commun : cette situation de détresse, de solitude, de fermeture, symbolisée ici par la surdité et le mutisme.

Et en Jésus son Fils, Dieu s’approche sans cesse de cet homme de détresse et de souffrance, et Dieu apporte ainsi sa revanche et sa vengeance. Ces mots qui nous choquent de la part de Dieu. Et pourtant la revanche, la vengeance nous savons tous ce que c’est, ce sentiment, ce ressentiment devant ce qui atteint, blesse, défigure ou fait mourir le visage de l’homme, sa dignité, son vrai bonheur, sa vie ! Tout ce qui nous révolte tout ce que nous refusons !

Le triomphe du méchant et le mépris, le rejet, l’humiliation de celui qui fait le bien. Que l’homme riche, aux beaux vêtements sachant bien parler soit préféré à l’homme humble, aux vêtements modeste, au parlé difficile. Que des milliers de personnes puissent être jetées dehors du jour au lendemain, privées de travail, de ressources, de maisons, de dignité. Que des villes ou des villages puissent disparaître sous des tapis de bombes.

Mais encore « l’inégalité dans la répartition des biens de la terre, la pauvreté croissante et même l’appauvrissement, l’épuisement de la terre et de ses ressources.

La faim, les maladies qui menacent le monde entier, le choc violent des cultures. La force morale de l’humanité diminuant au profit de la mentalité technique l’absence d’une morale publique sachant répondre aux menaces qui pèsent sur nos existences ».

Tout cela, qui nous fait peur et nous enferme dans nos peurs. Tout cela, qui suscite en nous un sentiment d’injustice : cela ne devrait pas être ainsi, ce n’est pas pour cela que Dieu nous a fait. Et ce malheur des hommes nous parait injuste. Et ce refus du mal et des malheurs de l’homme, ce désir d’une revanche sur le mal est probablement une attitude constituante, structurante de notre humanité, même si parfois nous sommes, nous-mêmes, complices ou causes de ce malheur des hommes.

Et c’est là dans cette profondeur d’humanité qu’il nous faut entendre et accueillir le cri du prophète Isaïe, le cri et le chant de la revanche de Dieu. Ce cri et ce chant nous apprennent quelque chose de notre humanité.

Car voici que s’ouvrent les yeux des aveugles et que les oreilles des sourds entendent ; voici que le boiteux bondit comme un cerf et que la bouche du muet crie de joie. C’est cela la vengeance et la revanche de Dieu.
 Alors l’eau jaillit dans le désert, des torrents dans les terres arides. Le pays torride se change en lac, la terre de la soif en eau jaillissante. C’est la vengeance et la revanche de Dieu.
 Justice aux opprimés. Pain aux affamés. Enchaînés déliés. Accablés redressés. Étrangers protégés. Veuves et orphelins soutenus. Cela encore, c’est la justice de Dieu, sa revanche et sa vengeance.

« Car, écoutez mes frères bien aimés, ceux qui sont pauvres aux yeux du monde, c’est ceux-là que Dieu choisit pour les faire riches de la foi, pour les faire héritiers du Royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment. » Cela encore c’est la justice de Dieu et sa revanche !

Mais me direz-vous, comment cela va t il se faire ? Comment cela est il possible ?

Alors regardons à nouveau la Bonne Nouvelle de l’Évangile, regardons Jésus, la vivante Parole de Dieu. On lui amène un sourd et muet. Jésus l’emmène à l’écart et – comme cela est montré au portail de la cathédrale de Chartres où l’on voit Dieu le Père, sous les traits de son Fils, le Verbe, la Parole « l’Auteur de la Vie », en train de modeler le visage de l’homme – ici, Jésus saisit la tête de l’homme infirme, enfermé dans sa surdité et son mutisme, met ses doigt dans ses oreilles et lui touche la langue pour y mettre sa salive. Et les yeux levés vers le Père, créateur de toute chose, Jésus soupire et insuffle à cette homme le souffle sacré de Dieu et il lui dit « Épheta, c’est-à-dire ouvre-toi ». Alors ses oreilles s’ouvrent, sa langue se délie et il parle ! Et le monde redevient admirable et heureux ! Comme aux origines, lorsque le Créateur insuffla dans les narines de sa créature l’haleine de vie, « et l’homme devint vivant ».

« Vraiment tout ce qu’il fait est admirable, il fait entendre les sourds et parler les muets ».

Frères et sœurs, ce sourd et muet de la Décapole, dans la région de Tyr et de Sidon, c’est bien nous, c’est bien toute notre humanité dont Dieu s’approche en Jésus, pour que par lui, avec lui et en lui, ouverts à Dieu, pouvant entendre Dieu et dire Dieu à nos frères, nous puissions reconstruire un monde nouveau, des cieux nouveaux et une terre nouvelle.

Ce que Jésus à fait recrée l’homme comme aux premiers matins du monde ; toi, que le Seigneur au jour de ton baptême à ouvert à Dieu, va et fais de même pour tes frères. Apprends à l’homme à s’ouvrir à l’Éternel en l’écoutant : « Shema Israël ». Apprends à l’homme ton frère à parler ce que Jésus a mis en ton souffle et en ta bouche : « le langage nouveau », « la Parole de Vérité », une parole qui dit vrai et qui agit, qui réconcilie les bras et les mains de l’homme avec son cœur le plus profond, pour construire un monde nouveau, un monde fraternel où l’homme pourra entendre Dieu, lui parler sur les lèvres de ses frères, où tout homme pourra dire à ses frères du bien du beau, du vrai, de l’amour. Chacun comprendra l’autre dans sa langue originelle : l’humain.

C’est cela notre culture chrétienne, cette culture qui travaille toujours notre pays, la France, en ses racines, pour qu’elle n’oublie ni sa foi, ni son baptême, cette culture qui travaille tant de pays d’Europe et de pays du monde pour les rendre fraternels.

Références bibliques : Is 35, 4-7 ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37

Référence des chants :