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On demande des précurseurs !

Fascinant Jean le Baptiseur, cet "homme envoyé par Dieu pour rendre témoignage à la Lumière", ainsi que le précise le texte de l’Évangile de Jean que nous venons d’entendre !

L’histoire de Jésus est liée de manière presque incroyable à ce personnage qui, par bien des aspects, nous demeure mystérieux. Souvenez-vous ! Dans l’Évangile de Luc, la conception de Jean et sa naissance sont entourées de prodiges ou de miracles très proches de ceux qui ont marqué la conception et la naissance de Jésus, même si Jean a bien (avec Zacharie) un père biologique. Élisabeth, mère de Jean, et Marie, mère de Jésus (dont on nous dit qu’elles étaient cousines), ont vécu les mêmes émois, les mêmes angoisses et les mêmes joies. Plus tard, c’est par les mains de Jean que Jésus reçoit le baptême qui inaugure sa mission publique. Et Jean va subir un martyre – la décapitation sur ordre d’Hérode Antipas – qui préfigure la mise à mort du Christ.

Jean le Baptiseur apparaît 90 fois dans tout le Nouveau Testament, surpassé uniquement par Jésus, par Paul et par Pierre. C’est dire son importance dans la conscience des premières communautés chrétiennes, une importance que l’on trouvera longtemps présente dans la piété populaire. Ainsi, n’avez-vous jamais remarqué que, depuis des siècles, un parallèle est fait entre les deux naissances de Jésus et de Jean, qui sont fêtées chacune, dans l’hémisphère occidental, à un des deux solstices : solstice d’hiver pour Jésus le 25 décembre, solstice d’été pour Jean Baptiste le 21 juin ! Avec Marie, Jean est le seul saint dont l’Église fête non seulement la « naissance au Ciel » (la date anniversaire de la mort), mais aussi la naissance sur terre.

Jean est, de loin, le personnage le plus cité par Jésus lui-même (après Dieu, bien entendu !). De lui il ira jusqu’à dire : « Parmi les enfants des hommes, il n’y en a pas eu de plus grand » (Mt 11, 11). Avec lui, il a une relation tout à fait unique, comme si Jésus considérait qu’il avait à son égard une dette ne pouvant être remboursée.

Jean ne nous est pas connu que par les écrits du Nouveau Testament. Des traces de son passage se trouvent dans l’oeuvre de l’historien juif du premier siècle, Flavius Josèphe. Ainsi pouvons-nous être sûrs que Jean a eu une grande renommé et un grand ascendant sur le peuple d’Israël. Il avait une réputation de prophète et les foules venaient à lui pour retrouver du sens et de l’espoir. À un peuple juif désespéré par ce qui était ressenti comme un trop long silence de l’Éternel (il n’y avait pas eu de prophète depuis quatre siècles !), Jean apportait soudain une nouvelle espérance : celle de la venue du Jour de Dieu, celle d’un Jugement qui rétablirait le peuple des pauvres dans ses droits.

Le texte d’Évangile de ce troisième dimanche de l’Avent nous fait entendre un dialogue entre les représentants du Temple de Jérusalem et Jean qu’ils sont venus questionner : « Qui es-tu ? Que dis-tu de toi-même ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyé ! », disent prêtres et lévites. Et la réponse de Jean se fait à travers trois négations et une affirmation : « Je ne suis pas le Messie, je ne suis pas le prophète Élie qui serait revenu, je ne suis pas le grand Prophète qu’avait annoncé Moïse : je suis (simplement) la voix qui crie dans le désert, celle qu’avait annoncée le prophète Isaïe ». Rares sont ceux qui se définissent ainsi d’abord par des négations ! Jean se présente avant tout comme « celui qui n’est pas », afin que puisse apparaître, comme par contraste, « celui qui est » ! À ceux qui s’enquièrent de son identité, il indique un autre que lui : un « quelqu’un » déjà présent mais encore caché : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas… Il vient derrière moi. Je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale ! »

Pourquoi fallait-il qu’apparaisse et qu’agisse Jean le Baptiseur afin que Jésus puisse se manifester à son tour ? D’abord parce que toute l’histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes n’a cessé de se faire à travers le tissage complexe de pareilles relations humaines. Pour que le Christ puisse être connu comme étant venu réaliser toutes les promesses contenues dans l’histoire biblique, il fallait que quelqu’un apparaisse comme « le chaînon » et « fasse le maillage » entre tout ce qui avait précédé et ce qui arrivait. Pour que Jésus, qui avait commencé par vivre caché à Nazareth, soit découvert, il fallait que le précède un « avertisseur » !

Cette « succession » des rôles, cette espèce de complémentarité des missions, on la retrouve, en fait, dans toute l’histoire humaine. Existe-t-il une seule grande « découverte » ou grande « invention » de l’humanité qui n’ait pas été précédée de plusieurs étapes qui la préparaient ? Peut-on trouver une avancée de l’histoire humaine qui ne s’appuie pas sur toute une somme d’efforts, de recherches, de tâtonnements qui l’ont finalement permise ? La démocratie moderne dont nous profitons aurait-elle pu exister sans le mouvement humaniste des XVe et XVIe siècle ? La construction européenne aurait-elle pu atteindre l’état qui est aujourd’hui le sien, si, au long des siècles, des hommes et des femmes n’avaient pas déjà « anticipé » de mille manières le « vivre en Européen » ? Pourrions-nous croire en un monde sans violence si n’étaient pas apparus dans l’histoire des êtres comme Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela ? Pourrions-nous espérer dans la communion des Églises si n’avait pas existé un homme comme le frère Roger Schutz, fondateur de Taizé ? La réconciliation des chrétiens et des Juifs pourrait-elle s’opérer s’il n’y avait pas eu un Jules Isaac se liant d’amitié avec Jean XXIII ? Le dialogue islamo-chrétien pourrait-il exister, si n’étaient pas apparus Charles de Foucauld et Louis Massignon ? Pourrions-nous continuer à croire, contre tout espoir, que la paix finira par s’instaurer entre les peuples israélien et arabes, s’il n’y avait pas déjà, et depuis longtemps, en Israël comme en Palestine des ouvriers de paix (ce dont ont été témoins nos jeunes amis d’Houplin partis avec Pax Christi)? Pourrait-on croire dans une France de l’égalité des chances, dans nos banlieues et ailleurs, s’il n’y avait pas déjà de multiples acteurs à l’oeuvre ?

Un de mes amis qui est ministre me disait récemment : « Je n’ai pas d’abord besoin d’avoir des gens derrière moi ! Ce que j’attends, ce sont des gens qui soient devant moi, qui ouvrent la route des changements à opérer ! » Oui, on demande des précurseurs ! Partout où un monde nouveau, un monde meilleur a besoin d’être inventé ou réinventé, on a besoin de personnes qui, à la manière de Jean le Baptiseur, ouvrent des chemins, aplanissent des sentiers.

À toi, Jean le Baptiseur, qui nous a annoncé Jésus avant de t’effacer jusqu’au martyre : merci ! À vous tous les précurseurs de la justice et de la paix : merci ! À vous les précurseurs qui existez ou vous apprêtez à paraître : bienvenue !

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Prière de Saint-François d’Assise

"Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie."

Références bibliques :

Référence des chants :