« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».
 ï‚¬ Rendez à César ce qui lui est dû, l’impôt, et tout ce qui est lié à son pouvoir temporel. Jésus n’a jamais méprisé le pouvoir, il a seulement demandé qu’il soit un service ; de même il n’a jamais méprisé l’argent, il a seulement demandé qu’il ne ferme pas le coeur. Ce serait nier l’incarnation que de se tenir hors du monde.
 Mais dans tout l’Ancien Testament tout pouvoir vient de Dieu. C’est bien ce qu’exprimera Jésus à Pilate au cours de son procès : « Tu n’aurais aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut. » (Jean XIX, 11)
 Nous célébrons cette année le 60e anniversaire de l’Organisation des Nations Unies née au lendemain d’une terrible guerre, et quelques semaines après le déclenchement des deux bombes atomiques. Les fondateurs de l’O.N.U. écrivaient : « Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre, et à proclamer à nouveau notre foi dans la dignité et la valeur de la personne humaine, avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces desseins. » L’intuition de ces hommes de bonne volonté était une intuition humaine, mais nous, croyants, nous pouvons affirmer qu’elle était inspirée par l’Esprit de Dieu qui attire toute société et le monde entier vers plus de justice, de paix, d’humanité. Seulement Dieu ne dicte pas les choix et les décisions : il nous a établis à notre compte dans les affaires de ce monde. Mais rien ni personne n’a le droit d’envahir les consciences et de s’emparer du tout de l’homme. César n’est pas Dieu.
 ï‚¬ Alors, oui, rendez à César ce qui est à César, mais pas un culte qui revient à Dieu, et à Dieu seul. Nous savons combien de chrétiens des premiers siècles de notre ère sont morts martyrs précisément parce qu’ils refusaient d’adorer l’empereur. César n’est que César, veut préciser Jésus, mais il n’est pas Dieu. Alors rendez à Dieu ce qui est à Dieu.
 Pour Jésus le spirituel est au coeur du temporel, ne l’a-t-il pas manifesté au cours de ses trente années de vie cachée durant lesquelles il a respecté les lois et les exigences de toute vie humaine ? Ne l’a-t-il pas manifesté durant sa vie publique, prenant au sérieux les joies et les peines des hommes et des femmes qui se pressaient sur sa route, leur manifestant que Dieu veut que l’homme vive pleinement ?
 Jésus ne veut pas opposer César et Dieu, mais il demande qu’on ne les confonde pas. Il ne faudrait pas par exemple que nous décrétions : « le dimanche à Dieu… et la semaine à César ! »
 Mais ne croyez-vous pas que bien souvent nous rendons un culte à ce qui ne mérite qu’une attention ? Le travail est essentiel pour l’homme, vous qui en êtes privés, vous le savez bien, mais quand il devient un absolu et que l’essentiel lui est sacrifié, le travail devient une idole.
 Le sport est nécessaire et développe la personne, mais quand il fait oublier que le dimanche est d’abord le Jour du Seigneur, il devient une idole.
 Le diplôme est le couronnement d’une somme d’efforts et de travail, et offre la reconnaissance, mais faut-il tout lui sacrifier jusqu’à la dimension spirituelle de sa vie ?
 Nous pourrions ainsi chercher quelles sont les idoles de nos vies qui portent l’inscription : « divin » comme sur la monnaie romaine.
 Réentendons la parole du prophète Isaïe, porte-parole de Dieu : « Je suis le Seigneur, il n’y en pas d’autre : en dehors de moi, il n’y a pas de Dieu ! »
 Mes amis, je vous invite tout à l’heure ou demain, à regarder votre photo d’identité. Et laissez le Seigneur vous demander : « cette effigie de qui est-elle ? » N’hésitez pas à répondre : « de Dieu ! » En effet depuis sa création, l’homme est l’effigie de Dieu, « l’image de Dieu ». (Genèse I, 27)
 Il nous faut nous rendre à nous-mêmes ce qui nous appartient : la santé, le travail, le loisir, l’engagement dans la société ou dans des associations, en un mot tout ce qui fait notre vie d’homme et de femme et dont nous sommes responsables devant Dieu et devant les hommes. Mais n’oublions pas de rendre à Dieu ce qui n’appartient qu’à Dieu. Rappelons-nous la parole de saint Irénée : « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, la vie de l’homme c’est la vision de Dieu. » Que notre effigie rende dès maintenant gloire à Dieu.

Références bibliques :

Référence des chants :