Le Royaume, c’est comme…
 Comme un trésor caché. Une merveille, découverte sinon par hasard, du moins de façon inattendue. Le gros lot ! Un choc, un éclair ; tout le reste paraît bien pâle. Tout est possible.
 Comme une perle infiniment précieuse qu’on trouve après avoir longtemps cherché. Cette perle est si belle, brille d’un tel éclat, que toute autre perle semble de pacotille. Le chercheur a trouvé. Certains chercheront sans trouver ; avec le poète ils pourront dire : « Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant. »
 Comme un grain, une graine, une semence, une mesure de levure. Trois fois rien qui vont devenir fleur, arbre, moisson, pain partagé.

Nous pouvons dire aussi : « Le Royaume ce n’est pas… »
 Ce n’est pas un lieu, un ailleurs ; il n’y a pas d’« arrière-monde », parallèle au nôtre. « Tu n’es pas loin du Royaume » dit Jésus. « Le Royaume est au milieu de vous… Le Royaume est en vous. Où cours-tu ? » dit le mystique. « Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » (Angelus Silesius – XVIIe siècle) Royaume sans frontières et sans exclusion.
 La vie éternelle, ce n’est pas un temps infini. Nous, déjà, nous jouons avec le temps : « J’ai trouvé le temps long… Je n’ai pas vu le temps passer… Ça fait passer le temps. » Imaginer l’éternité comme un temps infini est un piège, une folie dangereuse. Nous pourrions dire alors avec le cinéaste Woody Allen : « L’éternité, c’est long, surtout sur la fin. » Royaume hors espace et hors temps. Alors place aux images et aux paraboles. La mort éternelle, de même, n’est ni un temps, ni un lieu. Si l’« enfer » était un lieu de torture installé par Dieu pour punir les méchants à l’infini du temps, je serais athée d’un Dieu aussi pervers et cruel.
Les paraboles demandent de la modestie et un peu d’humour. Les poissons, par exemple : à l’heure du tri, les bons sont gardés, les mauvais rejetés… Rejetés à l’eau. Ce sont les bons qui vont passer à la casserole ! Non, mais viendra l’heure du « bas les masques » ; « finies les grimaces et les mensonges, vous les rois, les forts, les puissants ». Tous, moi comme vous, des plus grands aux plus petits, nous serons confrontés à la vérité ; « à ma Parole » dit Jésus. Nous découvrirons alors comment Dieu parvient à résoudre un problème pour nous insoluble : concilier l’exigence absolue de justice et la soif de miséricorde.

Enfin nous pouvons dire : « Le Royaume c’est quand… »
 C’est quand ? C’est aujourd’hui. L’éternité c’est l’instant. L’instant, ce lien entre le temps et l’éternité. « Dieu ne parle qu’au présent » (Kierkegaard), et l’aujourd’hui de l’homme est l’éternel aujourd’hui de Dieu. « Comprenne qui pourra » disait saint Augustin.
 Le Royaume, c’est quand un visage de lumière, un sourire de bienveillance viennent éclairer une nuit trop longue et trop lourde.
 C’est quand un éclair de beauté nous éblouit ; quand un frémissement me saisit devant le tympan d’Autun, les pyramides de Teotihuacan au Mexique, le Thoronet ; quand j’entends – ou interprète – « l’Art de la fugue » ou « La Passion selon saint Jean » de Jean-Sébastien Bach. Bach dont un de nos grands hommes disait : « Bach, la seule preuve valable, pour moi, de l’existence de Dieu. »
 C’est quand quelques heures ou quelques jours d’amour partagé ont un goût de paradis.
 Le Royaume c’est quand au Rwanda, à l’heure des horreurs, 40 séminaristes, Tutsi et Hutus mêlés, se tenant par la main, refusent, face aux assassins, de se séparer et sont tous égorgés.
 C’est quand des hommes vont jusqu’à mourir pour que d’autres hommes vivent.
 Le Royaume vient quand des chercheurs, des artistes, tentent de déchiffrer la merveille de la « mélodie secrète » ; « les savants, les artistes, les mystiques – disait Picasso – sont des hommes qui passent leur vie à chercher la cachette de Dieu. »
 Royaume enfin quand – on ne sait ni pourquoi ni comment – en dépit de l’énormité des détresses, une sorte de gratitude nous monte au coeur et aux lèvres.

Références bibliques :

Référence des chants :