Homélie de Monseigneur Robert Sarah, secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, à l’occasion du 150e anniversaire de la fondation de la Société des Missions Africaines.

Bien chers frères et soeurs,

Il y a 150 ans, le 13 décembre 1856, Mgr Melchior de Marion Brésillac annonçait au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation “de Propaganda Fide”, Cardinal Alessandro Barnabò, la naissance officielle de la Société des Missions Africaines en ces termes : « Je crois utile de vous faire savoir que le jour de l’Immaculée Conception, nous sommes allés, au nombre de sept, offrir notre entreprise à la Sainte Vierge, aux pieds de son image vénérée sur la colline de Fourvière. Là, nous avons renouvelé la résolution de nous vouer entièrement à l’oeuvre des Missions Africaines, et nous désirons, si la Sacrée Congrégation le permet, dater l’existence de notre Société du 8 décembre 1856 ".

Après douze ans d’une riche et exaltante expérience missionnaire en Inde, où il avait engagé toutes ses forces, toute sa générosité et son intelligence dans le combat pour la seule gloire de Dieu et le salut des âmes, Mgr de Marion Brésillac décide, non sans peine et d’immenses souffrances, de quitter ce pays. Dieu, dans sa volonté mystérieuse, va l’orienter vers l’Afrique et l’engage à « former une Société spéciale pour l’évangélisation des peuples d’Afrique chez lesquels l’Évangile n’a pas encore été prêché ou qui, par le malheur des temps, sont les plus dépourvus de missionnaires».

C’est pour faire mémoire de la naissance de cette Œuvre merveilleuse et providentielle que nous nous sommes réunis ce matin, en cette basilique, qui a été témoin de la consécration à la Vierge Marie, de l’engagement et de la générosité missionnaires du premier noyau de la Société des Missions Africaines.

Comme secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples et comme Africain, je suis heureux et privilégié d’être associé à la joie de ce jubilé, à la prière d’action de grâce et à la louange que nous faisons monter aujourd’hui vers le Seigneur. Et je voudrais exprimer ma profonde et filiale reconnaissance à Mgr de Marion Brésillac et aux membres de la Société des Missions Africaines. Beaucoup d’entre eux ont donné généreusement leur vie pour faire connaître Jésus Christ et son Évangile aux Africains. Tous sont et ont été des exemples d’un dévouement héroïque, désintéressé et total. Leur engagement missionnaire a exigé un sacrifice énorme et très important de vies humaines. Plusieurs missionnaires n’avaient même pas fait une année en Afrique; ils ont été fauchés par la rigueur du climat et les maladies tropicales. « La terre bénie d’Afrique est parsemée de nombreuses tombes de ces vaillants hérauts de l’Évangile ».

Au nom de l’Église et au nom de l’Afrique, je voudrais clamer dans cette basilique et aux pieds de la Vierge Marie combien les Africains sont «très conscients de la dette de reconnaissance que leur continent garde envers ses ancêtres dans la foi».

Comme le rappelait le cardinal Bernardin Gantin, à l’occasion de la célébration au Bénin, de ce même 150e anniversaire de la Société des Missions Africaines, le 22 avril dernier : « La reconnaissance est une plante éminemment africaine. Ses racines s’enfoncent au plus profond de notre terre ».

Bénis et remerciés soient nos premiers missionnaires qui ont fécondé la semence évangélique en terre africaine en l’arrosant de la sueur de leur fatigue, du sang de leurs sacrifices et de la sainteté de leur vie. Mgr Melchior de Marion Brésillac et ses compagnons, comme tous les missionnaires d’hier et d’aujourd’hui, nous engagent à réveiller notre conscience missionnaire, car le devoir d’évangéliser appartient à la nature intime de la vie chrétienne.

Cet anniversaire doit tous nous aider à renouveler notre engagement missionnaire en devenant plus conscients que « la mission concerne tous les chrétiens, tous les diocèses et toutes les paroisses, toutes les institutions et toutes les associations ecclésiales ».

Nous sommes invités aujourd’hui à imiter la vie, l’héroïsme missionnaire et le don total de soi au Christ de Mgr de Brésillac. Il s’est absolument configuré au Christ et « a transformé et fondu sa vie en celle du Christ […]. Comme celle du Maître, il a couronné sa vie apostolique par la donation totale de lui-même, dans un acte héroïque d’amour, de confiance, d’abandon à la volonté de Dieu» . Et la volonté de Dieu est notre sanctification (cf. 1 Thes 4,3). « Vous donc soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19,1).

Travaillons à devenir des saints. Redécouvrons notre vocation essentielle à la sainteté. Nous sommes faits pour devenir des saints. Comme l’affirme le pape Jean Paul II: « La sainteté est un fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission de Salut de l’Église. La vocation universelle à la sainteté est étroitement liée à la vocation universelle à la mission » . En outre, la mission n’est féconde que si elle est portée par nos sacrifices et une existence vouée à la prière et à la contemplation. « Le missionnaire, insiste Jean Paul II, s’il n’est pas un contemplatif, ne peut annoncer le Christ d’une manière crédible; il est témoin de l’expérience de Dieu et doit pouvoir dire comme les Apôtres : « Ce que nous avons contemplé…, le Verbe de Vie…, nous vous l’annonçons » (1Jn 1,1-3).

Ad multos annos à la Société des Missions Africaines !

Amen.

Références bibliques :

Référence des chants :