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Jésus prend du pain. Jésus dit la prière d’action de grâce. Jésus donne. Voilà les gestes de la messe ! La Tradition de l’Église nous invite à accueillir la multiplication des pains comme une extraordinaire annonce du partage eucharistique. Quel bonheur ! Quelle bonne nouvelle !

Mais ne passons pas trop vite sur l’humanité très concrète d’un tel événement.
 Au moment même où nous célébrons l’eucharistie, dans bon nombre de pays des gens se battent, bien ou mal, pour survivre, pour manger ne serait-ce qu’un simple repas par jour. Ici une boule de mil avec un peu de sauce, là une platée de riz avec, les jours de fête un reste de poisson fumé.

Il nous faudrait alors être sourds pour ne pas entendre cet épilogue du récit de la multiplication des pains attestant que tous ont pu « manger à leur faim ». Tous ! Il ne peut être question pour Jésus, et pour ceux qui marchent à sa suite, de se résigner à la moindre exclusion. Tous !

« Pas d’exclu pour le partage » n’est pas une naïveté imputable aux chrétiens volontiers affublés du titre de doux rêveurs quand ils osent donner leur avis en matière économique ou politique. Ainsi Jean Paul II, repris par Benoît XVI, qui ose appeler non seulement à une globalisation de l’économie mais à une « globalisation de la solidarité ». Tant pis pour les grincheux ! Chrétiens, nous redisons à la suite de notre Seigneur et Maître qu’il y a là, dans cette lutte contre toute forme d’exclusion, une exigence incontournable pour que notre humanité devienne humaine. Pas d’exclu. Aucun !

Et, s’il en était besoin, les douze paniers, pleins de morceaux de pain et de poisson, manifestent que les absents, eux aussi, sont invités à prendre leur place …d’où qu’ils viennent. Les douze paniers, les douze tribus. Tout le peuple. Tous, vraiment tous.

Prolongeons notre contemplation de cette scène évangélique. Entendons à nouveau cette invitation faite aux disciples : « Donnez leur vous-même à manger », « Ramassez les morceaux qui restent ». Et revenons un instant à ces fameux cinq pains et deux poissons qui, comme par hasard (!) sont dans les mains d’un petit, d’un « jeune garçon »… Dieu aurait-il voulu avoir besoin de tous, y compris des petits, pour faire des merveilles ? Je le crois !

Et Jésus manifeste une fois encore que Dieu ne vient pas prendre la place de l’homme, en matière de solidarité comme dans tous les autres domaines, et qu’il ne faut pas attendre des miracles qu’ils viennent se substituer à nos responsabilités humaines. Il ne s’agit donc pas de demander à Dieu de donner du pain à ceux qui n’en ont pas. Il convient bien davantage de le prier de nous convertir pour que nous entendions vraiment: « Donnez-leur vous-même à manger… Ramassez les morceaux qui restent. ».

Prolongeons encore un instant : ce que les disciples partagent – les pains, les poissons – ils l’ont reçu des mains d’un autre. Les disciples sont ici comme vous et moi. Ce que nous avons, les biens que nous estimons posséder, n’ont pas été fabriqués par nous. Nous les avons reçus. Il nous revient de les distribuer, de les partager « en vue du bien de tous ». S’il est vrai que tout ce que nous avons, et plus encore que tout ce que sommes est pure grâce, nos gestes de partage seraient donc tout simplement une manière de « rendre grâce ». La solidarité ne serait-elle pas alors un des plus sûrs chemins pour nous conduire à l’eucharistie et la vivre en vérité ? Je le crois !

Et qu’aucun d’entre nous ne se réfugie derrière une humilité paresseuse : « Oh moi, je n’ai vraiment pas grand chose, ni en biens, ni en compétences pour faire évoluer les situations ! Que voulez-vous que je fasse devant toutes ces faims contemporaines ? ». Allons, allons ! Nous aussi nous avons bien, au moins, cinq pains et deux poissons… comme ce jeune garçon. Eh bien ! Jésus nous invite à les donner, à donner autant que nous pouvons! Il fera le reste…

Aujourd’hui comme hier, Dieu fait des merveilles, Dieu rend grâce, Dieu fait eucharistie… mais pas sans nous !

Références bibliques :

Référence des chants :