Les dépliants touristiques ne manquent pas d’imagination pour vanter les charmes de nos côtes, de nos espaces ruraux ou de nos sites montagneux. Pour la période de l’été, chaque région cherche à offrir aux touristes un dépaysement et un ressourcement. Et vous, mes amis, qui avez choisi la « Côte de beauté » pour vos vacances, avouez que vous n’êtes pas déçus par les découvertes qu’elle vous offre.

Il n’y a pas que les offices de tourisme qui invitent à un dépaysement. En effet, il y a 2000 ans, près d’un lac, Jésus invitait ses amis revenant de mission, à un dépaysement : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu », et l’évangéliste Marc qui rapporte cette scène, ajoute : « les arrivants et les partants étaient si nombreux qu’on n’avait même pas le temps de manger ».

Il est souvent mentionné dans l’Évangile que Jésus se retire dans la montagne ou dans le désert. Jésus cherchait donc lui-même un dépaysement. Pourquoi ? Pour rencontrer Dieu son Père, et donc pour prier.
Si Jésus se retire, ce n’est pas pour fuir, mais pour se mettre face à l’essentiel, face à son Père qui l’a envoyé. Alors on comprend pourquoi Jésus propose à ses disciples de se retirer loin de la foule, sans doute pour les écouter : ils avaient tant de choses à lui raconter après cette première mission ; sans doute aussi pour les enseigner ; peut-être enfin pour leur proposer de dire à Dieu : « Notre Père qui es aux cieux… que ton règne vienne… ».

Mes amis, il y a une certaine similitude entre ce que vivent les apôtres à leur retour de mission, et nous aujourd’hui, comme eux nous n’avons pas le temps…. Combien de fois nous en plaignons-nous ! Vous le savez, le stress est le mal de notre siècle, il nous tétanise, il faut toujours courir, on est rarement à l’heure, la patience n’est pas notre vertu dominante.

Les vacances nous permettent précisément de prendre le temps. Et bien, si nous prenions le temps d’aller à l’écart dans un endroit désert, pour nous poser, pour déposer ce qui est trop lourd, pour nous reposer. À chacun d’habiter son désert. Il y a les déserts que nous pouvons choisir si nous avons la chance de connaître un dépaysement géographique, ou si nous pouvons nous arrêter dans une abbaye ou une halte spirituelle. Il y a les déserts que nous n’avons pas choisis, et je pense à vous, amis qui êtes dans votre chambre d’hôpital ou de maison de repos. Si le désert est un lieu, il est d’abord une attitude du coeur et de l’esprit.

Dans ce désert, nous pouvons relire par exemple quelques évènements de cette année passée pour y discerner la présence de Dieu alors que nous étions passés près de lui sans le reconnaître. Nous pouvons nous mettre face à Dieu pour dialoguer avec lui en écoutant sa Parole, et en ayant l’audace de lui dire nos joies, nos peines, nos soucis, nos projets, nos mercis, nos questions, nos demandes.
Frères et soeurs où que nous soyons, montons dans la barque du Seigneur, et avec lui allons à l’écart dans un endroit désert et reposons-nous un peu.

Jésus n’invite pas qu’au dépaysement, il propose en même temps un ressourcement. Quand Jésus voit la grande foule de gens qui le précèdent, il est « saisi de pitié » (« pris aux entrailles » serait la meilleur traduction), oui « il est saisi de pitié envers eux parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger ». « Alors, précise l’évangéliste, il se mit à les instruire longuement. »

Nous voyons que pour Jésus le dépaysement n’est pas une fuite, s’il choisit un endroit désert pour prier Dieu son Père, il ne déserte pas les hommes vers lesquels il est envoyé. Et c’est parce que Jésus est saisi de pitié qu’il propose un ressourcement. Déjà on imagine Jésus désireux d’enseigner ses disciples dans l’endroit désert. Et là, avant de nourrir la foule avec les pains multipliés, il la nourrit de sa Parole car « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Cette foule qui court après Jésus aurait pu chanter avec le psalmiste : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des près d’herbe fraîche, il me fait reposer ».

Dans cette page d’Évangile, nous nous retrouvons bien au milieu des apôtres qui n’ont pas le temps, et que Jésus entraîne à l’écart, mais nous nous retrouvons aussi au milieu de cette foule, ne sommes-nous pas parfois comme « des brebis sans berger » ? Jésus a alors pitié de nous et nous propose un ressourcement, il veut nous instruire longuement. Encore faut-il que nous courions à sa rencontre, que nous nous mettions à son écoute. Nous sommes parfois déconcertés, déroutés par des discours qui relativisent l’essentiel ou le banalisent ; tant d’évènements ébranlent les valeurs fondamentales telles que la vie, l’amour, la justice, la paix, les droits de l’homme. Alors nous finissons par dire : « je suis troublé ! », « je ne sais plus qui croire ! », « qui me dira la vérité ? ». Telles étaient peut-être les questions de la foule au bord du lac de Tibériade. Mais cette foule s’est laissée instruire par Jésus. Acceptons-nous de venir nous ressourcer au Christ, à sa Parole ? Aujourd’hui nombreux sont les chrétiens qui se réunissent avec d’autres pour approfondir leur foi, méditer la Parole de Dieu, confronter leur vie à la lumière de l’Évangile. Ils se laissent instruire longuement par le Christ.

Frères et soeurs qui m’écoutez en ce moment, vous n’avez pas tous la chance de longer la Côte de beauté, mais tous vous pouvez chercher la beauté de Dieu et la beauté de votre coeur, pour cela laissez-vous entraîner à l’écart dans un endroit désert pour un dépaysement, et mettez-vous à l’écoute du Christ qui vous instruit longuement pour un ressourcement.

La beauté, elle est dans la relation de Dieu avec chacun d’entre nous.

Références bibliques :

Référence des chants :