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L’Église ici, à Dublin est une Église très vivante évidement, elle a sa part de problèmes à partager et ses défis. Le nombre de personnes qui suivent la messe dominicale a chuté dramatiquement, mais il y a tellement de signes de renouveau. Rarement les paroisses ont été aussi vivantes en ce qui concerne la collaboration des laïcs qui épaulent en cela de nombreux bons prêtres qui ne ménagent pas leur effort. Bien sur, nous avons beaucoup de choses qui nous inquiètent un peu, nous avons beaucoup de choses pour lesquelles nous devons demander pardon, nous en avons beaucoup aussi pour lesquelles nous remercions Dieu.

Ce matin, dimanche de Pentecôte, nous célébrons tous les dons que nous rencontrons dans notre Église de Dublin. Parmi les concélébrant de ce jour, voici les aumôniers des communautés différentes qui représentent la population des différentes parties du monde, venue ici à Dublin récemment, dans les années précédentes et qui enrichissent notre société et notre Église par leur travail, leur culture et leur spiritualité. Nous avons aussi parmi nous des néophytes, c’est-à-dire 17 hommes et femmes qui furent préparés par l’Église et accueillis le jour de Pâques à travers le rite d’initiation chrétienne pour les adultes. Ils nous rejoignent aujourd’hui pour célébrer la fête de Pentecôte.

Il y a une infinité de dons, mais c’est toujours le même Esprit. C’est l’Esprit qui offre à l’Église son unité fondamentale et la diversité des cadeaux que chacun de nous reçoit. Une des caractéristiques de l’Église remplie de l’Esprit, c’est la présence de ces nombreux dons. C’est l’Esprit qui insuffle la vie dans l’Église, C’est l’Esprit qui plane sur l’Église et qui la protège du mal en la couvrant de son amour. L’Esprit est donc le cadeau de Dieu à l’Église. L’Esprit, c’est donc Dieu en cadeau, comme cadeau.

Le renouveau dans l’Église de Dublin se présente sous différentes formes. Nous avons de nouvelles structures et de nouveaux services, mais ceux-ci ne sont que des moyens, qui demeurent vides s’ils ne sont pas remplis par l’Esprit Saint. C’est par le mot saint que le Credo définit l’Esprit. Le renouveau de l’Église doit par dessus tout être un renouveau en sainteté, en ouverture à Dieu pour permettre à la vie divine de pénétrer nos coeurs, de les changer, de nous purifier de nos péchés, de notre égocentrisme et de faire de nous un peuple rempli de l’Esprit.

Quand nous essayons de définir le terme Esprit, nous pensons à quelque chose qui n’est pas piégé ou qui n’est pas confiné à l’intérieur de frontières matérielles. L’Esprit est celui qui a directement accès à nos coeurs, à nos pensées intérieures, à nos aspirations, à notre faiblesse et à notre espérance. L’Esprit entre dans nos coeurs et nous libère de nos craintes et de nos angoisses, il nous libère de ces parois de protection fallacieuse que nous construisons autour de nous-mêmes, il nous libère des limites que nous plaçons dans notre capacité d’aimer. L’Esprit est le seul qui puisse vraiment casser en nous ces obstacles qui nous empêchent d’ouvrir nos coeurs à Dieu. Personne ne peut dire : « Jésus est Seigneur, s’il n’était inspiré par l’Esprit ».

C’est le même Esprit qui offre en abondance tous ces dons dans l’Église et qui garantit l’unité parmi ces dons et l’unité au sein du Peuple de Dieu. L’Église unit les peuples de toutes les races, de toutes les générations, de toutes les cultures, de façon à ce que, comme à la première Pentecôte, ils entendent tous le message de Jésus. Chacun entendit ces hommes parler dans sa propre langue. L’Esprit unit, l’Esprit peut vaincre la division. Toutes les nations, toutes les générations sont appelées à faire partie de la famille de Dieu. L’Esprit abolit les frontières, détruit les barrières de classe et de races entre les puissants et les faibles. L’Esprit reconnaît tous ceux qui s’épanouissent dans leurs talents et tous ceux aussi dont les talents ne peuvent pas être mesurés en termes de pure utilité.

Selon la tradition des Écritures, le travail de l’Esprit Saint à Pentecôte contraste avec la division introduite au temps de la Tour de Babel… fruit d’une ambition honteuse de l’humanité. Une vision mondiale basée sur l’ambition humaine conduit inévitablement à la division et à la confusion. Les progrès scientifiques remarquables du XXe siècle ne furent pas suffisants pour éviter les conflits horribles et les idéologies mortifères qui ont couvert de honte ce siècle.

Nous vivons dans un monde pour lequel l’individualisme et l’autosuffisance deviennent des forces dirigeantes de l’activité humaine. Encore aujourd’hui, nous expérimentons des situations qui sont pareilles à celles de l’époque de la Tour de Babel. La croissance, le progrès, l’activité économique, le profit sont recherchés pour eux-mêmes. Sans regard aucun pour les conséquences qu’ils apporteraient dans d’autres secteurs de vie, que ce soit le monde de la pauvreté, de l’exclusion, de l’environnement ou de la globalisation. Le seul Esprit véritable, c’est l’Esprit de Dieu et non pas notre propre esprit.

Le péché de Babel fut celui de ne pas reconnaître la Seigneurie de Dieu, la suprématie.

L’Esprit créateur est celui qui nous permet de nous orienter sur le chemin du progrès humain en respectant totalement le dessein de Dieu pour sa création, en nous forçant à transformer notre individualisme et notre égocentrisme en générosité.

Pour le chrétien, le dessein de Dieu n’est pas seulement une abstraction distante, désintéressée ou philosophique. Dieu, le Très-Saint est tout Autre. Cependant Dieu désire nous communiquer sa sainteté. Et l’Esprit nous conduit dans le mystère de sa propre vie divine. Dans l’amour, l’Esprit nous invite à partager la vie intime de Dieu qui est amour. Dieu est tout Autre, mais à travers sa grâce et sa gratuité, il nous appelle à partager sa propre vie. Dieu transforme la façon dont nous pouvons comprendre le monde dans a finitude. Ce n’est qu’à travers une rencontre avec Dieu que nous pouvons comprendre la réalité de sa plénitude. Ce n’est que dans la rencontre avec Dieu que nous pouvons réaliser la réelle signification de l’appel adressé à l’humanité. Sans cette rencontre avec l’amour et la lumière de Dieu, non seulement serions-nous incapables de comprendre la signification de la vie, mais notre propre capacité à défendre la dignité humaine se perdrait dans un vain relativisme.

Chacun de nous aujourd’hui, par cette participation à la messe, où que nous soyons, quel que soit le pays dans lequel nous suivons cette Eucharistie, participe à la réalisation du message de la Pentecôte. Chacun de nous, s’il entend ce message « dans sa propre langue », ce qui rend ce message présent dans chaque environnement, dans chaque milieu culturel. Ainsi le message chrétien apparaît comme un message d’unité et de paix.

Amen.

Références bibliques :

Référence des chants :