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« Seigneur, augmente en nous la foi », cette demande des apôtres, c’est aussi la nôtre. Devant les difficultés de la vie, les personnes autour de nous qui ne croient pas en Dieu, les idées du monde qui correspondent de moins en moins aux valeurs de l’Évangile, il nous arrive de nous sentir seuls et démunis pour oser dire notre foi, notre raison de vivre. Bien souvent, devant des situations qui nous dérangent, qui nous semblent injustes ou qui sont contraires à l’Évangile, nous préférons nous taire, fermer les yeux. Il faut bien reconnaître que vivre l’Évangile ce n’est pas simplement aimer, partager, pardonner, écouter… mais plus profondément, c’est tout une nouvelle manière d’être, un autre regard sur le monde, sur les autres, sur nous-mêmes.
Croire en Dieu, c’est vivre dans l’espérance, même lorsqu’on a l’impression qu’on ne peut plus rien faire. Croire en Dieu, c’est refuser d’accepter le mal en cherchant toujours à découvrir ce qui est bon en l’autre. Croire en Dieu, c’est vivre avec Lui à tous les moments de notre vie, c’est croire qu’il est toujours là, à nos côtés, même lorsque nous sommes écrasés par les épreuves. La foi touche tout notre être, pas seulement nos manières de faire. Et c’est bien cela qui est difficile à vivre !
Alors on comprend bien cette demande des apôtres : « Seigneur, augmente en nous la foi ». Et Jésus alors de répondre : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer, et il vous obéirait.’ » Il ne s’agit pas d’augmenter la foi pour Jésus, mais au contraire de faire vivre ce que nous avons reçu par la grâce du baptême. Si nous avions conscience de la puissance de cette grâce du baptême, nous ferions des choses extraordinaires. C’est précisément parce que nous faisons une confiance absolue au Seigneur, en la force de sa Parole et des sacrements, qu’il nous donne que nous pouvons vivre une vraie conversion personnelle, et que nous trouvons en nous une force qui nous dépasse.
Dans le même sens, saint Paul nous dit dans la lecture que nous avons entendue : « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison. […] Avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile. » Voyez, tout est là, avec Dieu tout est possible, il suffit de croire même lorsque je ne vois rien, que je me sens seul et abandonné.
L’autre enseignement de Jésus, dans l’Évangile de ce dimanche, nous rappelle que devenir ses disciples ne nous donne pas des pouvoirs. Si nous voulons être fidèles au Christ, nous devons toujours garder un esprit de service. Le risque des chrétiens, c’est parfois de considérer qu’ils doivent recevoir plus que les autres, qu’ils ont droit à une récompense. Parfois on entend des personnes dire : « Je fais cela pour gagner mon ciel. » Or Jésus, dans l’Évangile, est très clair : « Vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : ‘Nous sommes des serviteurs quelconques, nous n’avons fait que notre devoir’. » Cela peut sembler injuste dans un monde où beaucoup de gens recherchent une certaine reconnaissance, une promotion, un désir d’être aimé. Le Seigneur veut nous rendre libres. Il veut nous faire découvrir que la vraie liberté se trouve dans le don gratuit. Pour Jésus, si tu veux être libre, tu ne dois rien attendre en retour. Tu dois apprendre à te détacher de la reconnaissance des autres. En devenant des serviteurs quelconques, nous échappons au piège de nous sentir responsables de nos échecs, comme de nos réussites. La seule chose qui soit vraiment importante, c’est de faire la volonté de Dieu, c’est de le trouver en toute chose, c’est de l’aimer plus que tout. Celui qui fait ainsi, découvre cette merveilleuse liberté des enfants de Dieu, qui nous libère de ce besoin d’être toujours reconnu, d’avoir toujours plus et d’être aimé de tous. Alors, ne l’oublions jamais, nous ne sommes que des serviteurs quelconques, nous ne faisons que notre devoir. C’est la condition même de notre liberté de disciple.

Références bibliques : Ha 1, 2…2, 4 ; Ps.94 ; 2 Tm 1, 6…14 ; Lc 17, 5-10

Référence des chants :