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Et si j’invitais moi-même comme Dieu invite ?

Les mois de juin à septembre sont propices aux mariages. Vous qui êtes ici ou bien devant l’écran de votre télévision, peut-être avez-vous participé récemment à l’un de ces banquets de mariage pour lesquels on dresse des plans de table et l’on s’interroge sur la place de chacun…

Voici que, ce matin, l’Évangile nous entraîne aussi dans un repas de fête. Jésus est invité chez un chef des pharisiens, quelqu’un d’important et un grand connaisseur de la loi juive. Beaucoup de monde se trouve là, et le Christ, observant que les invités choisissent les premières places, nous propose une nouvelle parabole.

Nous savons qu’une parabole, c’est une histoire inventée, une « histoire pour réfléchir » : « Voilà, dit en quelque sorte Jésus, tu dois choisir, soit tu te précipites à la première place et tu risques, à ta grande honte, d’être déclassé, soit tu te mets humblement à la dernière place et, pour ton honneur, tu seras surclassé ». Est-ce là une simple leçon de savoir-vivre ? Est-ce là, Jésus, tout ce que tu as à nous dire ?

Creusons donc plus loin : Je remonte dans l’Évangile quelques lignes avant l’extrait que je viens de lire… C’est un jour de Sabbat, le travail et l’effort sont donc prohibés. Un malade est là, devant Jésus. « Est-il permis ou non de guérir un malade un jour de Sabbat ? » demande le Christ. Mais personne ne répond. Jésus guérit le malade et il pousse le bouchon plus loin : « lequel d’entre vous si son fils tombe dans un puits, ne le hissera pas aussitôt, en plein jour de Sabbat ? ».

Eh bien ! Le but de Jésus n’est pas un enseignement de politesse, mais une remise en cause. Notre parabole s’éclaire d’un jour nouveau qu’annonçait la petite phrase lue en introduction de l’Évangile : « Heureux les invités à la table de Dieu : il comble de bien les affamés, il élève les humbles ». Jésus remet en question notre manière d’inviter, ses propos à la suite de la parabole le précisent : « Quand tu donnes un festin, n’invite pas ceux qui pourraient te rendre la politesse, invite ceux qui n’ont rien à te rendre ». Jésus nous propose d’imiter – et pas seulement à table ! – les nouvelles manières du Royaume de Dieu.

Lorsque Dieu invite, ce n’est pas pour la politesse, et pour le « retour » attendu. Lorsque Dieu invite, il invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Regardons-nous les uns les autres ! Nous sommes invités ici ce matin. Il y a parmi nous des personnes aveuglées par leurs propres sentiments, incapables de percevoir les besoins des autres. Il y a parmi nous des boiteux, qui claudiquent dans la vie, incapables de choisir entre deux attitudes. Il y a parmi nous des estropiés, parce qu’une partie de leur existence est dirigée tout de travers. Parfois nous cumulons un peu de chaque handicap. Cela n’empêche pas Dieu de nous aimer et de nous inviter ! L’histoire racontée par Jésus me pose une question : et si j’invitais moi-même comme Dieu invite ?

Souvenez-vous de notre première lecture : un sage conseille l’humilité à son fils. « L’idéal du sage, dit-il, c’est une oreille qui écoute ». Se comporter humblement, ce n’est pas se considérer comme moins que rien, c’est renoncer à la volonté de puissance sur les autres, chercher ce qu’ils ont de positif, de supérieur. L’oreille pour entendre, l’oreille pour recevoir vraiment, l’oreille pour désirer le bien, l’oreille pour chercher à comprendre, l’oreille pour être atteint et transformé.

Nombreux sont ici les scouts qui apprennent à avoir de l’oreille, et, à partir de là, du cœur ! Lorsqu’à l’âge de 20 ans j’ai rencontré le scoutisme, j’ai compris le désir de donner plus à celui qui a moins. Henri était un garçon un peu renfermé dans le groupe scout, toujours à part. Il n’y a que la musique qui le branchait. Au cours d’un camp avec représentation théâtrale, pour lequel le groupe avait besoin d’un technicien son et lumière, on a su lui faire confiance, il a pu trouver sa place.

Le scoutisme, lorsqu’il puise à la source spirituelle qu’est la Bonne Nouvelle du Christ, agit comme un levier formidable, parce que ce qu’il y a d’aveugle, d’estropié, de boiteux, ne fait pas peur. Nous sommes invités à reconnaître que nous sommes tous atteints de divers handicaps. Invités également à nous porter les uns les autres. L’inventeur du scoutisme, Baden Powell écrivait : « Trouvera-t-on une éducation véritable qui développe cet intense désir de progrès que tout individu porte en soi au lieu d’imposer du dehors une instruction automatique ? ».

Nous entrons ces jours-ci dans la période de la rentrée : nouveaux démarrages, nouveaux projets, nouvelles relations…Et moi ? Pour qui vais-je avoir de l’oreille ? Qui vais-je inviter ?

Références bibliques : Si 3, 17-29 ; Ps 67 ; He 12, 18-24 ; Lc 14, 1-14.

Référence des chants :