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C’est un feu d’artifice que nous offre aujourd’hui la Parole de Dieu :

Écoutez ce que Dieu dit de son Fils : « Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes… À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. »

Écoutez comment l’Apôtre parle du Christ : « Le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses. En toute chose il a connu l’épreuve, comme nous, et il n’a pas péché. »
Écoutez aussi ce que Jésus nous propose : « Celui d’entre vous qui veut devenir grand se fera votre serviteur ! Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ! »

Deux grands messages nous sont donnés, qu’il convient de méditer quelques instants.
Premièrement, en Jésus, nous avons reçu celui qui nous comprend car il a pris sur lui nos faiblesses.
Deuxièmement, avec Jésus, nous sommes appelés à devenir des serviteurs.

Le premier message nous réconforte. Dans nos difficultés quotidiennes, dans nos faiblesses et nos erreurs, nous avons quelqu’un qui nous comprend et qui veut nous aider : le propre Fils de Dieu. Il est venu au cœur d’une humanité qui rêve de bonheur et de paix, mais qui n’y parvient pas, d’une humanité qui n’a que les mots d’amour et de paix, de solidarité et de fraternité à la bouche, mais dont le quotidien est fait aussi de violence et de haines, de peurs et de lâcheté.

Pour nous délivrer de ce mal et nous ouvrir au bonheur, Jésus aurait pu agir avec autorité, nous prendre pour des enfants, nous retirer la liberté même de faire le mal. Ce n’est pas le chemin qu’il a voulu prendre, parce que c’est notre cœur qu’il veut gagner et parce qu’il respecte, mieux que nous-mêmes, l’extraordinaire dignité que son Père nous a donnée !

Alors il a pris un autre chemin. Il s’est lui-même fait notre serviteur. Il a voulu vivre toute sa vie, au milieu de nous, dans l’obéissance à son Père, lui qui était le Fils, souverainement libre. Il a montré que l’amour ne prend pas, il donne ; que la vie de l’autre, même la vie de celui qui est coupable, était plus importante que la sienne. Mieux encore, il a pris nos souffrances sur ses épaules. Jugé et condamné injustement, il a offert sa vie pour ceux qu’il aimait, c’est-à-dire pour nous tous.

Je sais que celles et ceux qui tournent leur visage vers le Christ découvrent en lui un frère, proche et compatissant, humble et fort. Alors leurs angoisses et leurs peurs s’estompent. Ils en arrivent même à offrir, eux aussi, leurs souffrances et leurs échecs. Ce faisant, ils reprennent vie. Ils la portent, au lieu de la subir. Je ne peux citer l’immense liste des témoins de Jésus dont la souffrance et les échecs ont été transfigurés, parce qu’ils ont saisi la main que Jésus leur tendait.

Je pense à vous, victimes de violence, de viols, d’injustices de toutes sortes qui vivez dans une grande insécurité et qui ne savez plus vers qui vous tourner. Je pense à vous, personnes submergées par leur solitude, physique ou morale. Je pense à vous les exclus de notre société d’abondance… Je pense aussi à vous, ces prisonniers dont le congrès national de l’aumônerie des prisons vient de parler. C’est pour vous tous que le Christ est venu. À tous il déclare en effet : « Venez à moi, vous qui ployez sous le fardeau et je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. » (Matthieu XI, 28-30)
Il ne choisit pas les uns sans les autres, encore moins les uns contre les autres. Il est venu pour tous.
Premier message, donc : Jésus est venu pour toi qui n’en peux plus. Ouvre-lui la porte de ton cœur.

Mais il ajoute aussitôt un second message : il nous appelle à faire comme lui et à nous mettre au service !
Il a vécu l’expérience décrite par Rabindranâth Tagore : « Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie. Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service. Je servis et je compris que le service est joie. »

Là se trouve le secret le plus profond du bonheur ! Faire de notre vie un service nous fait entrer dans la joie de Dieu, celle-là même qui se réjouit de voir l’autre s’éveiller à la paix, à la confiance et à l’amour.

Les membres de l’aumônerie de prison réunis à Lourdes ont témoigné de la joie que leur procure le service de personnes en situation d’échec, de condamnation et d’isolement. Ils vivent authentiquement la mission de l’Église. Ils sont fidèles à l’exemple de Jésus.
En ce dimanche de prière et d’offrande pour la mission universelle de l’Église, il est bon de se redire que la mission est service !

Comme chrétien, je suis appelé non seulement à recevoir Jésus comme mon sauveur, mais à me faire serviteur, comme lui et avec lui.

Comment d’ailleurs, pourrais-je convaincre les autres que le Christ est Sauveur, sinon en me mettant à leur service ?C’est pourquoi, je me mets à genoux devant ce Jésus et je rends grâce.

Doux Maître, merci de m’avoir fait savoir que tu m’aimes et de m’accorder ta confiance, ton pardon et ta paix. Je t’offre volontiers mes propres faiblesses et mes souffrances, pour que, si possible, elles soulagent les tiennes, et participent au salut de tous.
Et je te donne mon cœur, mets-le au service de ta mission.

Fais de moi un serviteur de mes sœurs et de mes frères, un témoin de ta miséricorde, un artisan de ta paix, toi qui règnes pour les siècles des siècles.

Prière dite pendant la célébration :

Dans la prison, derrière les barreaux, on a le temps de gamberger, de penser à sa faute, à sa victime, mais aussi le temps de penser à sa famille, à ses amis, le temps de méditer et de consacrer un moment à Dieu.
Beaucoup découvrent la prière, et Marie, la femme Eucharistique, est un réconfort, une seconde mère, une sœur pour beaucoup.

Nous la prions ensemble devant la Grotte où elle est apparue, avec les mots de détenus :
« Tu te souviens, Marie,
Du petit matin sale où il fallut partir si vite
En quittant tes proches et tes amis ?
Tu te souviens de la couleur du pays
Quand on se retourne un instant
Pour regarder le bonheur
Qu’on laisse pour toujours ?
Marie, petite fuyarde,
Depuis ce jour,
Tu es toujours avec les indésirables,
Les déportés, les expulsés, les prisonniers,
Et parmi les baluchons et les paquetages
Tu déposes Dieu.
Tu t’es montrée à Bernadette dans le creux du rocher.
Dans le froid et l’ombre de l’hiver,
Tu apportais la chaleur d’une présence,
La lumière et la beauté.
Dans l’obscurité de nos cellules
Redonne la confiance !
Souviens-toi de nous, Marie,
Ne nous oublie pas ! »

Références bibliques : Is 53, 10-11 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 35-45

Référence des chants :

Pour tout ce qui concerne la liturgie et les chants, veuillez vous adresser à :
Monsieur Jean-Louis Reymondier
Aumônier catholique des prisons
49 rue Victor Hugo – 42700 FIRMINY