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La transfiguration: un visage souffrant traversé par l’amour rayonnant de Dieu.

La Transfiguration, je l’ai vue. Je l’ai vue sur le visage de la maman d’une petite fille trisomique. Nous étions dans une salle de restaurant, l’enfant handicapée se faisait remarquer et les regards se tournaient vers elle de façon plus ou moins discrète. La maman me regarda alors, le visage rayonnant, et elle me dit : « Si vous saviez comme je souffre ! »

Oui, ce jour-là, l’amour rayonnant, qui ne peut venir que de Dieu, traversait un visage humain marqué par la souffrance. C’est cela la Transfiguration.

Frères et sœurs, voulez-vous que nous nous laissions entraîner avec Pierre, Jacques et Jean, sur une montagne, pour être témoins et bénéficiaires de la transfiguration, de notre transfiguration ?

Si nous allons sur la montagne c’est pour prier et pour écouter le Christ nous parler de son départ.

– Oui, avec les trois disciples, allons sur la montagne pour prier.
« Pendant que Jésus priait, nous dit l’évangéliste, son visage apparut autre. »
Souvent l’on voit Jésus se retirer dans la montagne ou dans un endroit désert pour prier, c’est aux moments importants de sa vie publique : avant le choix de ses disciples, quand la foule le presse, et bien sûr avant sa Passion, au jardin de Gethsémani. La montagne est le lieu de la rencontre avec Dieu, le lieu où Dieu se révèle. On comprend alors la présence de Moïse et d’Élie qui, eux-mêmes, avaient rencontré Dieu sur la montagne du Sinaï ou à l’Horeb. Dans le livre de l’Exode, voici ce qui est écrit : « Quand Moïse descendit de la montagne, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis son entrevue avec le Seigneur. » (Exode 34, 29-30)

C’est durant sa prière que Jésus est transfiguré, comme si sa relation avec son Père lui donnait son vrai visage de Fils de Dieu, de Dieu lui-même. La prière est une rencontre transfigurante.

Alors si nous allions nous aussi sur la montagne pour prier ? Notre montagne, c’est peut-être notre chambre, une église près de chez nous, la nature, ou encore le métro. Ce qui est certain, c’est que Dieu nous donne rendez-vous. Oui, la prière est un rendez-vous avec Dieu, et si Dieu veut nous rencontrer c’est pour nous donner un visage rayonnant de sa divinité. Quelqu’un a dit : « Lorsque nous prions, nous sommes toujours ex haussés ! » Oui nous sommes rehaussés, élevés, transfigurés.

Je suis sûr, frères et sœurs, que vous avez, un jour ou l’autre, fait cette expérience : vous étiez accablés par une épreuve, un souci, vous vous êtes arrêtés, et vous avez tout confié à Dieu. Cela vous a apaisés, vous vous êtes relevés, vous n’étiez plus tout à fait le même. Une force vous envahissait, une lumière rayonnait en vous et, peut-être, apparaissait sur votre visage.

Pour nous, les signes de la présence de Dieu sur la montagne où nous prions, ce sera sa force et sa lumière. Oui, laissons-nous transfigurer par Dieu dans la prière.

– Si nous allons sur la montagne pour prier, nous y allons aussi pour écouter.
« Moïse et Élie s’entretenaient avec Jésus. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem. » Le mot « départ » serait mieux traduit par le mot « Exode ». Jésus parle de son Exode, de sa Pâque, de son Passage. Sur le visage de Jésus, déjà, éclate la gloire du matin de Pâques, la victoire de la vie sur la mort. Il faudra aux disciples attendre le matin de Pâques pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils comprennent « qu’il fallait que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire. »
Sur la montagne de la transfiguration, Dieu veut nous dire que la souffrance n’est pas le terme de la vie, l’homme n’est pas fait pour souffrir, mais pour vivre.
J’aimerais tant que ce message vous rejoigne, vous mes amis qui êtes sur votre lit d’hôpital, vous qui vivez l’automne de votre vie, seuls chez vous, ou dans une maison de retraite, vous qui connaissez en ce moment l’épreuve du deuil ou celle de l’échec. Le Christ dont le visage apparaît « tout autre », rayonnant, est le même dont le visage sera défiguré par la sueur de sang au jardin de Gethsémani, par les crachats et les fouets lors de la flagellation et par la couronne d’épines. Et ce Jésus dont les vêtements deviennent d’une blancheur éclatante est le même que celui qui sera dépouillé de ses vêtements et dont le corps sera cloué à la croix. Voilà l’Exode du Christ, voilà sa Pâque, déjà manifestée sur la montagne de la Transfiguration.

Alors vous, frères et sœurs, qui en ce moment êtes défigurés par la maladie, vous dont le visage amaigri crie votre souffrance, vous dont le cœur est défiguré par la souffrance morale, vous dont l’esprit est défiguré par la dépression ou le manque d’espérance, regardez le Christ transfiguré, sa Transfiguration à travers sa défiguration.

Pour le Christ, la croix et la gloire sont inséparables parce que la croix et la gloire de Dieu, c’est l’amour.

Frères et sœurs éprouvés, l’amour peut vous transfigurer : alors rayonne sur votre visage défiguré le divin qui le transfigure.

Savez-vous, frères et sœurs, que notre première transfiguration c’était notre baptême lorsque Dieu nous a dit : « Tu es mon enfant, je t’ai choisi, tu as du prix à mes yeux, tu comptes beaucoup pour moi, et moi, je t’aime. » À notre baptême nous avons été revêtus du vêtement blanc et une lumière nous a été remise pour que nous rayonnions de la gloire de Dieu.

Alors qu’avons-nous fait du vêtement blanc de notre baptême, le vêtement de la transfiguration, le vêtement de la résurrection ? Et qu’avons-nous fait de la lumière qui nous a été remise ce jour-là ?

Pour répondre, allons sur la montagne avec le Christ et, là, prions pour être transfigurés et entretenons-nous avec lui de notre départ, de notre Exode. La Transfiguration, nous la verrons, et d’autres la verront sur nos propres visages défigurés devenus transfigurés.

Références bibliques : Gn 15, 5-18 ; Ps 26 ; Ph 3, 17 – 4, 1 ; Lc 9, 28-36

Référence des chants :