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La vie est ce à quoi nous tenons par dessus tout. Elle est ce qui mobilise toutes les capacités et toutes les énergies humaines dans le but d’être conservée, améliorée, prolongée, éternisée même si possible, au sens où « éterniser» ne signifie pas simplement faire durer, mais plutôt rendre éternel. Cela explique le scandale que représente toujours la mort. Surtout quand elle survient inopinément, au beau milieu d’un mois de vacances, et qu’elle retranche brutalement de ce monde 160 personnes qui ne demandaient qu’à vivre. C’est le scandale de toute mort quelles qu’en soient la cause et les circonstances qui l’entourent. Car nous sommes faits pour vivre et nous sommes tous d’accord intuitivement, avec ce passage de la Bible affirmant que « Dieu n’a pas fait la mort ». Jésus-Christ pour sa part déclare tout net aux sadducéens qui ne croyaient pas à la résurrection : « Vous êtes dans l’erreur, car Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants ». Mais cette vie, à laquelle nous tenons tant, se réduit-elle seulement à nos fonctions de conservation et de reproduction ? Se résume-t-elle uniquement à la satisfaction de nos besoins physiologiques et de nos désirs immédiats ? Il nous arrive sans doute de nous poser parfois la question et de nous demander s’il n’existe pas un au-delà de la vie, une dimension de la vie qui va bien au-delà de tout ce que nous pouvons palper, voir, soupeser, mesurer expérimenter et même concevoir.

C’est un peu ce questionnement métaphysique qu’exprime la démarche de cet homme qui vient dire à Jésus : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Pour cet homme, apparemment, la question de l’existence de la vie au-delà de la vie ne se pose pas. La vie éternelle pour lui existe. S’il s’inquiète, c’est seulement des modalités pour obtenir cette vie en héritage. Ne pourrions-nous pas déjà nous arrêter quelques secondes pour nous demander si nous rejoignons ou pas cet homme dans ses convictions ? Aujourd’hui, tant d’hommes et de femmes vivent comme s’il n’y avait rien après cette vie. Même pour des chrétiens, la vie se réduit de plus en plus à la seule immédiateté du moment et beaucoup pensent que, lorsque s’arrête le souffle qui nous anime, nous retournons simplement à la poussière du sol, nous sommes anéantis. « Quand on est mort, on est bien mort » entendons-nous répéter autour de nous. « On n’a qu’une vie, donc il faut en profiter au maximum » et tous les moyens deviennent bons pour satisfaire tout de suite tous nos appétits de pouvoir et de jouissance. La violence et la force l’emportent sur la douceur et l’amour. La vie réduite à ses seules réactions moléculaires et biochimiques n’a plus de sens en soi et elle est allègrement sacrifiée au gré des intérêts, des passions et des pulsions. Faute de trouver un sens à la vie ou de lui reconnaître une dimension qui nous dépasse, on refuse d’en assumer les contraintes, les difficultés et les peines. Beaucoup préfèrent s’en évader dans les paradis artificiels de la drogue qui deviennent vite leur enfer. Beaucoup choisissent paradoxalement la voie du suicide.

Merci au Seigneur de nous donner de croire qu’il existe un au-delà de la vie. Mais que faire pour l’obtenir en héritage ? L’homme qui pose également cette question en connaît déjà la réponse, du moins en partie. Jésus disait en effet : « Il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur, pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Math.7, 21). C’est Dieu seul qui nous sauve, mais il ne peut le faire sans notre consentement et il attend que nous lui exprimions notre réponse par nos actes. Saint Jacques écrivait aux chrétiens : « Sans les œuvres, la foi est morte ». Les Dix commandements nous rappellent l’essentiel de ce que Dieu attend de nous : l’aimer par dessus tout et aimer notre prochain comme nous mêmes.

L’interlocuteur de Jésus connaît ces commandements et il les met en pratique. Bienheureux est-il ! Il a certainement cet avantage sur beaucoup d’entre nous ! Et cependant, pour Jésus, cela ne suffit pas. Il lui faut aussi se défaire de toutes ses richesses. Nos richesses, aujourd’hui, ne sont pas seulement le profit qui dénature toutes nos relations et réduit les hommes à n’être que des outils de production ou de consommation. Ce ne sont pas seulement les biens matériels dont nous devenons de plus en plus esclaves. Nos richesses sont aussi notre suffisance, notre prétention à n’avoir de leçons à recevoir de personne, notre volonté de bâtir une morale qui conforte nos instincts, de construire une monde sans Dieu et de vouloir nous sauver par nous-mêmes en préférant nos petits bonheurs précaires au projet d’éternité que Dieu nous fait connaître par Jésus Christ en nous offrant sa vie, sa mort et sa résurrection. Nous sommes tous riches à notre niveau, de cette fausse richesse dont le Christ nous demande de nous séparer pour avoir un trésor dans son ciel.

Demandons au Seigneur que sa Parole, aujourd’hui, nous pénètre comme ce glaive à double tranchant dont parle la Lettre aux Hébreux. Qu’elle coupe les liens de la peur et de l’égoïsme qui nous gardent dans la mort en nous empêchant de le suivre. Qu’elle nous donne d’obtenir la plénitude de sa vie.

Références bibliques : Sg 7, 7-11 ; Ps 89 ; He 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30

Référence des chants :