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Jean est plein d’humour ! Un humour vrai. Jean ne se moque pas d’abord des autres – c’est si facile – mais il commence par se moquer de lui-même. Quand il écrit son Évangile, il est déjà bien vieux. Et il ne m’étonnerait pas qu’il ait souri quand il s’est souvenu que ce sont justement les plus anciens qui ont été les premiers à s’en aller l’un après l’autre, après que Jésus a invité ceux qui sont sans péché à jeter la première pierre à cette femme pécheresse. Et je souris à mon tour en pensant que les « anciens » c’est un des noms donnés aux prêtres. Avec Jean, soyons les premiers à sourire, nous qui avons le bonheur d’être prêtres. Une fois encore l’Évangile nous incite à ne vraiment pas nous prendre trop au sérieux.

Mais si Jean ne manque pas d’humour, cela ne veut pas dire que les propos qu’il tient sont légers. Dans le chapitre 8 de son Évangile, dont est extraite la page que nous venons d’entendre, Jean rassemble un certain nombre de débats entre Jésus et ceux qui cherchent à le mettre en défaut …pour pouvoir l’éliminer. À la fin du chapitre, on verra en effet ses détracteurs ramasser des pierres pour les lui jeter… Jet de pierres… lapidation… un goût de mort ! Nous sommes bel et bien sur le chemin qui mène à la Passion. Nous sommes déjà sur le chemin de la croix. Ce que Jésus dit, ce que Jésus fait, suscite en effet des grincements de dents. Ce monde nouveau annoncé par le prophète est bien là, mais il suscite alors bon nombre d’oppositions.

• Mais où va-t-on si l’on commence à pardonner ? Il n’y a plus de morale !

• Mais où risque de nous conduire ce refus d’un respect scrupuleux de la loi ? Il n’y a plus d’ordre possible !

Ils n’ont rien compris. Comme nous, si souvent ! Ni à la morale, ni à l’ordre que Jésus propose et dont Paul se fait l’écho quand il évoque cette justice nouvelle fondée sur la foi.

La morale selon Jésus, telle qu’elle nous est révélée au creuset de cette rencontre avec la femme adultère, ne cherche pas d’abord la condamnation mais… le pardon. Au cœur de la préoccupation de Jésus : « J’ai trouvé ma brebis perdue ». Et le pardon est bien plus exigeant que la condamnation. Pour elle comme pour nous ! En effet quand d’autres nous condamnent, ils prennent notre place. En revanche quand d’autres nous pardonnent, comme Jésus, ils nous appellent à changer, à nous convertir, à tenir humblement toute notre place. C’est bien plus exigeant. Quand on est condamné, on n’a plus rien à faire. Quand on est pardonné, tout reste à faire.

L’ordre selon Jésus, tel qu’il est manifesté à ceux qui veulent juger l’adultère, ce n’est pas la loi mise en premier, mais c’est bien l’homme – homme et femme – relevé… libéré. La loi au service de l’homme et non l’inverse. Quand Jésus énonce un tel point de repère, il gêne à l’évidence tous ceux qui se réfugient derrière la loi pour ne plus avoir à prendre de décision. Quand c’est la loi qui est première, l’homme n’a plus rien à faire… Quand c’est l’homme qui est premier, tout reste à faire.

Merci au C.C.F.D. d’être de ceux qui nous rappellent que la loi de Dieu n’est pas d’abord un instrument de protection, aussi légitime soit-elle, mais un appel au partage avec les plus pauvres.

Aujourd’hui, nous sommes bel et bien sur le chemin de la croix, sur le chemin du salut. Jésus non seulement risque sa réputation et quelques jets de pierre, mais il est sur le chemin d’une vie donnée, totalement donnée, pour que nous puissions vivre ce qui est au-delà de nos seules forces : le pardon et le partage… pour que nous puissions devenir vraiment des hommes. Nous sommes sur le chemin du salut. À nous de demander, et le pardon, et le partage, pour ce qu’ils sont : des grâces.

Bonne route vers Pâques !

Références bibliques : Is 43, 16-21 ; Ps 125 ; Ph 3, 8-45 ; Jn 8, 1-11

Référence des chants :