De l’église Madone de la Miséricorde à Ascona dans le Tessin en Suisse italienne.

Nous devons donner raison au pasteur protestant Paolo Ricca qui, parlant de l’Ascension, constate qu’elle est devenue la Cendrillon des fêtes chrétiennes. S’interrogeant à ce sujet, il écrivait : « L’Église célèbre volontiers le Seigneur qui vient, qu’il suffise de penser à Noël, moins le Seigneur qui part, qui disparaît. »

À l’inverse, les évangélistes attribuent une grande importance à la fête de l’Ascension. Luc, par exemple, en parle deux fois, à la fin de l’Évangile et au début des Actes. Ce qu’il veut dire est particulièrement intéressant : l’Ascension termine le chemin terrestre de Jésus et commence celui de l’Église. Les théologiens qui aiment les termes savants disent que l’Ascension a valeur christologique et ecclésiale, c’est-à-dire qu’elle concerne le Christ et l’Église. Elle concerne le Christ, en tant que l’Ascension est l’achèvement de la résurrection. Jésus ressuscité n’est pas revenu à cette vie comme ce fut le cas pour Lazare ou les miracles de l’Évangile ; mais il a dépassé cette vie, il est monté au ciel, il est entré dans une vie nouvelle auprès du Père, où il siège Roi et Seigneur de Gloire.

Elle concerne l’Église, parce que, avec l’Ascension de Jésus, l’Église semble perdre son Maître et Seigneur, tandis qu’elle commence sa mission. Jésus nous retire sa présence visible et terrestre ; l’Église paraît demeurer seule. II semble que se réalise le proverbe qui dit : « Loin des yeux, loin du cœur. » Avec l’Ascension, Jésus devient invisible. Et l’invisibilité pose problème. Dietrich Bonhoeffer écrivait : « L’invisibilité nous détruit. ». II convient de comprendre que dans le cas de Jésus, l’invisibilité ne signifie pas absence, privation, mais un autre mode de présence.

Un fin commentateur de l’Évangile note avec acuité que l’Ascension retourne le proverbe : « Loin des yeux, près du cœur. » Jésus, par l’Ascension, n’est pas devenu absent. Au contraire. II a seulement changé le mode de sa présence au milieu de nous, il a changé les manières de le rencontrer. Jésus reste présent dans le don du Saint-Esprit, dans la parole des apôtres, dans la communauté rassemblée, dans la célébration des saints mystères, dans le service envers nos frères. Jésus n’est pas absent de l’histoire, du monde, de la vie, du cœur de l’homme.

L’Ascension n’inaugure pas un temps d’absence de Jésus, mais un autre mode de présence. En sont la preuve les myriades d’êtres humains qui l’ont accueilli, ont cru en lui et l’ont suivi. Nous ne devons pas rester là bouche bée à regarder le ciel. Ce Jésus qui est monté au ciel, loin de nos yeux, est resté dans le cœur de l’humanité, a rencontré des milliards d’hommes et de femmes qu’il a transformés à la lumière de sa Parole, par la nourriture de son Pain, par le service de son Église. Le Christ demeure présent surtout dans la célébration liturgique, cette action du peuple croyant qui renouvelle dans les signes sacramentels sa présence glorieuse.

Souvenons-nous d’un prêtre, Don Luigi Agustoni, qui a fait de la liturgie et du chant grégorien sa raison de vivre. II célèbre désormais dans la gloire de l’Agneau victorieux la liturgie céleste. Dans le mystère de la vision transformante et vivifiante, « face à face », il chante avec les chœurs des anges la louange éternelle du Père de toute vie, du Seigneur Jésus monté au ciel, de l’Esprit qui remplit de lumière et de joie le cœur des croyants. Célébrons en union avec lui cette liturgie, conscients que vaut également pour nos défunts ce que nous croyons de notre Rédempteur et Sauveur.

S’étant éloigné de nos yeux, Jésus reste proche de nous dans les signes et dans le cœur. Bien plus, notre vie est tout entière une attente de son retour. C’est pourquoi savoir vivre l’attente devient tout le sens de notre vie. Attendre que Dieu croisse en nous jusqu’à nous remplir complètement, jusqu’à nous emporter dans sa plénitude et son éternité. Attendre que le Seigneur revienne et nous remplisse de sa présence, telle est la raison et le but final de notre vie.

Dans cette attente, nous célébrons le Seigneur présent et vivant dans la beauté mystérieuse de la liturgie et du chant sacré qui anticipent pour nous l’ivresse de la rencontre définitive et éternelle et nous préparent à célébrer la liturgie céleste du Paradis.

Références bibliques :

Référence des chants :