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Quel merveilleux texte ! Ce n’est pas un traité de morale, frères et sœurs, mais une constatation : quelles que soient les apparences, le bonheur est le premier et le dernier mot dans la vie du disciple de l’Évangile. Tout finit par faire sens au moulin de l’amour, même les larmes et les persécutions. Si vous avez choisi le chemin de la paix, de la justice, de la douceur, de la pureté, de la simplicité… continuez ! Vous êtes dans le bon ! Même si certains se mettent en travers de votre route, vous habitez déjà le Royaume. Et un jour, votre joie sera à son comble. Vous exulterez !

Au fil des siècles, d’humbles hommes et de simples femmes – ces « bienheureux de l’humble classe », que chante le Canadien Robert Lebel – ont continué à espérer en la vie et ils nous l’ont transmise. Ils ont aimé et fait confiance à Dieu. Notre histoire humaine n’est pas faite que de carnages, de guerres et de famines. Il y a de la sainteté dans nos racines.

La cathédrale de l’amour

Nous sommes au Moyen Âge. Des tailleurs de pierre travaillent, sous un soleil de plomb. « Que faites-vous ? », interroge un passant. « Tu ne vois donc pas ? grogne le premier. Je peine et sue par cette maudite chaleur…Je suis content, dit le second. En taillant ces pierres, je gagne ma vie et celle de ma famille. » Et le troisième, tout joyeux : « Je construis une cathédrale ! »

C’est aujourd’hui la fête de la cathédrale. De belles pierres ont été placées par nos devanciers. À nous maintenant de continuer à construire. Dieu, lui, voit déjà la cathédrale achevée ! Aucune pierre ne pourra se vanter de faire tenir l’édifice à elle seule. Chacune, pourtant aura contribué à la beauté de ce lieu et est donc indispensable. Rien ne sera perdu de ce que l’on a sculpté avec amour.

Nous découvrirons un jour que nous n’avons pas aimé en vain. Ceux que nous avons voulu faire vivre par nos gestes d’amour sont vivants et nous feront vivre. La joie d’un saint François sera la nôtre ; la charité du saint Père Damien ou de la sainte Jeanne Jugan nous habitera. Nous serons héritiers les uns des autres.

Je me souviens de la petite Claire, d’une famille pas trop croyante. Avec son groupe de caté, elle avait été voir un film sur sainte Bernadette de Lourdes. « Mais alors, il y a un ciel, me confia-t-elle. Il faut donc que je change ma vie ! » Oui, frères et sœurs, la Toussaint oriente notre vie vers le ciel, mais à la manière d’un GPS qui se contente de nous indiquer le virage suivant ! Sur le chemin du bonheur, un pas à la fois suffit !

L’amour circule entre nous

La fête de la Toussaint, c’est la fête de la communion des saints. Il y a une solidarité entre les vivants, ceux du ciel et ceux de la terre. Une chaîne relie chacun à tous, les athlètes et les malades, les saints et les pécheurs, les croyants et les athées, les amoureux et les esseulés, les morts et les vivants… L’être humain n’est pas un atome isolé. Nous sommes interdépendants les uns des autres, pour le meilleur et pour le pire. Mais, grâce à la résurrection du Christ, cette solidarité est devenue positive. Nous sommes un seul corps, le corps du Christ. « Une personne seule qui souffre, disait Françoise Dolto, la psychanalyste des enfants, contribue à aider d’autres gens quelque part sur la terre, elle ne souffre pas pour rien… et grâce à la prière d’autres personnes, un ami peut se trouver soulagé. »
Un jour, Brigitte Fossey rencontra, sur le quai de la gare de Lisieux, une veille dame qu’elle ne connaissait pas et qui lui confia qu’elle avait beaucoup prié pour elle. Or l’actrice venait de traverser une profonde dépression. « J’ai appris, commente-elle, qu’existait tout un relais d’hommes et de femmes inconnus qui priaient secrètement pour moi. » L’amour circule invisiblement entre nous. Les canaux qui nous relient sont souvent souterrains. Aime là où tu es et un fruit mûrira quelque part. Ne cherche pas à savoir où. Aime, et cela suffit !

L’amour est chose tellement grande qu’il peut se loger dans le plus petit geste, la moindre parole, la plus simple prière. Il est à la portée de tous, les diplômés en théologie et les grabataires. Il est vécu par chacun et tous en profitent. Même le travail le plus austère, le plus mécanique ou le plus solitaire, s’il est fait avec amour, transfigure notre terre et l’enveloppe de lumière.

Frères et sœurs, dès aujourd’hui, nous sommes enfants de Dieu. Grâce à notre baptême, nous faisons partie de cette foule immense de toutes nations, races, langues et peuples, dont parle Jean dans son Apocalypse. Nous avons lavé notre vêtement dans le sang de l’Agneau. Le bonheur promis nous est offert dès maintenant, même dans les larmes. Et il nous est assuré pour l’éternité. Jésus, en effet, dont les béatitudes sont le portrait « tout craché », est ressuscité ! Fêtons-le dans cette eucharistie !

Références bibliques : Ap 7,2-4.9-14 / Ps 23 / 1 Jn 3, 1-3 / Mt 5, 1-12

Référence des chants :