Frères et sœurs, il est assez rare de voir, dans les Evangiles, un éloge aussi personnalisé de Jésus. Nous le voyons, en effet, donner à la personnalité de Jean Baptiste, un statut de reconnaissance qui ressemble presqu’à un procès (anticipé) de canonisation ! « Parmi les hommes, dit Jésus, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste. » Mais il ajoute aussitôt : « … et cependant, le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. »

 

En fait, Jésus ne dérive pas d’un iota de sa ligne de conduite : la vraie grandeur sera toujours du côté de l’humilité et la priorité sera toujours celle des plus fragilisés, et des plus blessés par la vie. Ce temps de l’Avent nous invite d’ailleurs à poser un geste de solidarité pour inventer un « vivre ensemble », toujours plus fraternel, sur une terre toujours plus habitable où chacun peut se sentir reconnu, accueilli, aimé… et pardonné aussi.

 

Il reste que la figure de Jean Baptiste reste un précurseur d’une brûlante actualité. Et l’éloge qu’en fait Jésus nous redit que sa venue ne peut s’expérimenter, que s’il y a des précurseurs qui l’ont annoncé. Je crois que nous sommes, aujourd’hui, ces précurseurs. Sans doute, le Christ est-il déjà venu et certains objecteront peut-être qu’on ne prépare pas la venue de quelqu’un… qui est déjà venu ! C’est vrai, mais aujourd’hui, Jésus ne cesse de renouveler son « entrée en humanité ». Il est venu, certes, mais il continue de venir pour que cette fête de Noël 2010 ne soit pas un merveilleux souvenir, enjolivé par le temps, mais qu’elle rejoigne l’actualité de notre temps !

 

L’Avent est un temps de joie qui fait se rejoindre la vigilance et l’Espérance. Dans quelques semaines, à la charnière des fêtes de Noël et du début de l’année 2011, des milliers de jeunes se retrouveront à Rotterdam (comme il y a deux ans ici à Bruxelles !) pour participer au rassemblement européen organisé par la communauté de Taizé. Et la Parole du Seigneur résonnera, une fois encore, dans le cœur de chacun. « Qu’êtes-vous allé voir ? » A Rotterdam, ou ici à Stockel, et d’abord dans toutes les crèches du monde… et jusqu’à cette fenêtre de la télévision, qui nous permet de vous rejoindre pour l’eucharistie de ce temps de l’Avent.

 

Nos communautés chrétiennes vivent aujourd’hui des temps difficiles. Peut-être parce que notre témoignage n’est pas assez proche de l’Evangile ? Peut-être aussi parce que certains veulent profiter des fragilités de l’Eglise pour la discréditer et porter atteinte à sa crédibilité. Peut-être ! Mais c’est dans de telles circonstances qu’il nous faut sans cesse revenir à l’essentiel. Avec la patience du cultivateur dont nous parle saint Jacques : « Frères, dit-il, ayez de la patience et soyez fermes dans le Seigneur. Ne gémissez pas les uns contre les autres, mais prenez pour modèles d’endurance les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. »

 

Mais la patience n’est pas la résignation. Elle est faite de cette qualité d’écoute et des signes donnés, jusque dans l’apparente insignifiance du quotidien. Ne les voyez-vous pas ?

Des familles qui vivent au diapason de l’Amour.
Des communautés qui n’hésitent pas à s’engager sur des chemins de partage fraternel et universel.
Des adversaires qui se tendent la main.
Des ennemis qui se réconcilient, sans oublier ces petits gestes qui disent la grandeur de l’Amour.

 

Que ce temps de l’Avent soit une invitation à « préparer les chemins du Seigneur ». Et c’est au cœur d’un monde marqué par beaucoup de morosité et beaucoup de désenchantement, que cette mission nous est confiée. Je crois qu’un des défis à relever par les communautés chrétiennes, aujourd’hui, est de redonner le goût de Dieu et la joie de croire. Sans complexe, ni arrogance, mais avec l’humilité des vrais annonciateurs. Alors, les chemins du Seigneur seront aussi les chemins sur lesquels l’homme (l’humain) peut le plus sûrement avancer. Aujourd’hui et demain, sans oublier l’étape de Noël à laquelle nous prépare ce beau temps de l’Avent.
Amen.

Références bibliques : Is 35, 1-6a.10 ; Ps. 145 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

Référence des chants :