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Ne vous faites pas tant de soucis

Dans la première lecture, tirée du livre d’Isaïe, nous lisons : Une mère pourrait-elle oublier son nourrisson ? Même si elle l’oubliait, moi de je ne l’oublierais pas.

Je me souviens. Un samedi fin d’après-midi, au terme d’une catéchèse, un jeune enfant reste assis sur les marches de l’église. M’en inquiétant un peu, vu l’heure qui avançait, j’ai été lui demander pourquoi il restait là. J’attends mes parents me répondit-il. J’ai vite compris qu’il y avait problème… Quand j’ai réussi à toucher les parents, ceux-ci étaient bien sûr très catastrophés. « Mon Dieu ! On a été pris dans les courses et on a oublié de venir chercher Nicolas. »

Ce n’était bien sûr pas des parents plus mauvais que d’autres, loin de là. Mais il y avait comme eu un « aiguillage de souci » mal positionné. Pris par une activité, ils étaient sur une autre voie… Une mère oublierait-elle son enfant ? Même si elle l’oubliait, moi je ne l’oublierai pas.

Jésus nous dit Ne vous faites pas tant de soucis.

Le mot souci peut être pris dans deux sens.

Il y a le souci qui devient angoisse. Ces soucis, ces angoisses qui finissent par nous rendre comme incapables de respirer. Ce peut être physique. Le plus souvent, c’est mental, intérieur. Apprendre qu’un proche ou que soi-même sont touchés par une maladie grave ou par un très gros problème. Le souci devient tel que, si je puis dire, demain écrase aujourd’hui.

Dans ce cas, pas d’autre conseil à donner que « trouve une personne ou un lieu auprès duquel tu peux réapprendre à respirer ». « Calmons-nous. On en sommes-nous ? » L’angoisse finit par te couper des autres, te replier sur toi-même. Quand Saint Paul écrit qu’on nous regarde comme des auxiliaires du Christ et des intendants de ses mystères Je pense à tous ceux qui ont la disponibilité pour rejoindre, accueillir, écouter ceux qui vivent ces angoisses ; pour leur ouvrir des fenêtres et des portes d’attention.

Au fond, le premier projet de la religion, de la vie chrétienne est celui de la disponibilité. A Dieu et aux autres, aux autres et donc à Dieu. Si tu ne peux plus écouter ton frère que tu vois, comment peux-tu être dire que tu écoutes Dieu que tu ne vois pas. Au fond, l’attention aux autres et à Dieu, le souci de Dieu et des autres passent par une libération du cœur de ce qui pourrait trop l’encombrer.

La contemplation des oiseaux et des lys des champs peut nous ouvrir à l’écoute et à l’attention les uns aux autres dont on peut porter le souci. Cherche la paix pour l’apporter à d’autres.

Il y a aussi les faux dieux, représentés dans la tradition biblique par le veau d’or – le jeune taureau en or.  Il représente la force physique, l’or, la beauté et la jeunesse qui sont comme des dieux auxquels il faudrait tout sacrifier.

Alors, qu’on soit soucieux d’avoir belle apparence, un corps sain ou des fins de mois pas trop difficile, pourquoi pas ? Jésus ne nous dit pas qu’il faut mépriser tout cela. Mais simplement ne vous faites pas trop de souci. Face au veau d’or, Moïse entendra Dieu lui dire je suis le dieu qui t’a libéré de la terre d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux. Ne retombe pas en esclavage de ton désir de l’or, de la force, de la mode ou de la beauté. Poursuis ton chemin vers la terre de liberté.

Ce que Jésus redit en ses mots Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice.

Puisse notre société, notre époque – qui dispose de tant de moyens techniques, financiers et communicationnels – puisse notre époque, et donc puissions-nous nous-mêmes là où nous en sommes dans notre vie, ne pas nous asphyxier dans un encombrement de soucis, de pseudo-dieux à servir. Puissions-nous grandir dans la liberté du cœur, dans l’attention aux autres, à la création et dans l’attention à celui qui est à la source de tout – celui que Jésus appelle Votre père céleste, qui sait ce dont vous avez besoin.