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De nombreuses conversations téléphoniques d’adolescents amoureux se terminent souvent de la manière suivante : « Bon, je dois y aller, tu raccroches ? Non, c’est moi qui ai raccroché hier, à toi de le faire. Tu vois, toi aussi tu n’y arrives pas. » Ce type de dialogue peut encore prendre quelques minutes. N’est-il pas normal, lorsque deux êtres s’aiment, qu’ils aient envie de continuer à prendre du temps ensemble ? Un peu comme Pierre dans l’évangile que nous venons d’entendre. Lui aussi souhaite planter trois tentes et profiter encore un peu de ce qu’ils viennent de vivre. L’événement de la Transfiguration nous fait entrer dans un monde où tous les mots se mettent à trembler, car nous n’arrivons pas à expliquer le mystère qui s’est produit sur cette montagne. Nous entrons dans l’ordre de l’indicible.

Toutefois cet événement dévoile l’intimité de prière existant entre le Père et le Fils, ainsi que la nécessité pour ce dernier, de bien comprendre la destinée à laquelle il a été appelé. La Transfiguration préfigure ainsi la Passion : « Que ta volonté soit faite. » Cette intimité divine n’est, heureusement pour nous, pas réservée à quelques privilégiés. Elle se vit, chaque fois, dans le temps de la prière qui est une grâce offerte à tout être humain. La prière est un don qui nous élève au-delà de nous. Par elle, nous entrons dans une relation privilégiée où nous pouvons nous confier en toute liberté, nous montrer tel que nous sommes, en pleine vérité, car : « Dieu est plus grand que notre cœur. » Avec Lui, il n’y a plus de jardin secret. Nous entrons au cœur de notre cœur, lieu par excellence de l’inhabitation divine.

Un novice demanda un jour à un vieux frère : « Quel est le secret de la contemplation dominicaine ? » Le frère hésita un instant. Il lui sourit. Puis il dit : « Frère, ne le dis jamais aux Carmes, ni aux Jésuites, mais nous n’avons pas d’autre secret que le secret de l’Évangile ! « Cependant, continua-t-il, je vais te révéler les deux grandes lois de la contemplation. La première, c’est de prier. Et la deuxième, c’est de continuer ! »
La prière est aussi simple que cela. Elle se décline avec nos mots, nos émotions, nos cris et nos interrogations. Elle est un simple chemin d’évangile qui nous transforme et nous conduit à vivre notre propre transfiguration. Elle participe ainsi à notre ajustement. Qu’est-ce à dire ? Dans la foi, toutes et tous, nous sommes invités à devenir des êtres humains justes, c’est-à-dire à devenir des créatures ajustées à la volonté de Dieu. Voilà les questions auxquelles nous sommes priés de répondre en ce temps de « passionnément carême ». Suis-je ajusté à la volonté du Père et du Fils dans l’Esprit ? Ma vie est-elle ajustée à la foi que je vis et dont je témoigne par mes paroles et mes actes ?

En effet, en fonction de qui nous sommes devenus, marqués par nos histoires respectives empreintes parfois de la maladie, de la perte d’un être cher, de souffrances injustes, nous sommes invités à découvrir en nous la manière dont nous avons à vivre cet ajustement. Il en va de notre destinée. Dieu ne nous attend pas dans l’exceptionnel ou dans l’extraordinaire. Il nous accueille dans le quotidien de nos vies. C’est pourquoi, il est heureux que nous célébrions aujourd’hui, dans ce diocèse, où est né le mouvement de l’ACAT qui se bat contre la torture. À notre tour, dans le Fils et par l’Esprit, cherchons à être ajustés à la volonté du Père. Nous nous accomplirons et nous vivrons ainsi notre propre transfiguration, promesse du partage de la vie éternelle. Et ce chemin de vie commence tout simplement par la prière. Heureux sommes-nous car Dieu, lui, ne raccroche jamais.
Amen.

Références bibliques : Gn 22, 1-2.9a.10-13.15-18 ; Ps. 115 ; Rm 8, 31b-34 ; Mc 9, 2-10

Référence des chants :