Que vous soyez dans cette église ou devant votre poste de télévision, voilà un problème auquel nous sommes tous confrontés. Tout d’abord, comment mener de front notre vie de prière personnelle et notre travail ? Ensuite, comment le faire tout en gardant du temps gratuit pour les autres ? C’est une vraie question de Carême, parce que c’est un combat permanent : « Quand le démon n’arrive pas à t’arrêter, il te fait courir. »

Au lieu de vous parler de la Miséricorde du Père, j’ai donc choisi d’aborder ce thème de la gestion de notre temps à travers les trois personnages de cette parabole.

Commençons par le temps que nous consacrons à Dieu : Comment le fils prodigue gère-t-il son temps ? Pour lui, il n’y a pas de temps à perdre, on ne vit qu’une fois. Il réclame l’héritage et s’en va faire la fête. Il passe son temps dans le plaisir. Il ne consacre visiblement aucun temps pour Dieu et lorsqu’il consacre du temps pour les autres, il ne le fait que parce que ça lui procure du plaisir à lui-même !

L’épreuve va brutalement arrêter cette fuite en avant. Comme vous le savez, il en arrive à désirer manger la nourriture des porcs. Il vit « un vrai temps de cochons » ! Alors, il décide de revenir chez son père. Comment le père gère-il son temps ? Il passe son temps à attendre son fils, à scruter l’horizon. Dès qu’il le voit au loin, il n’attend pas, c’est lui le père qui court vers le fils. Il le prend dans ses bras, le couvre de baisers. Et lorsque son fils commence à s’excuser, il lui coupe la parole pour ordonner à ses serviteurs d’organiser une fête. Et pendant ces préparatifs, le père continue de serrer son fils dans ses bras de longues, très longues minutes. Le fils doit se sentir bien au chaud dans le manteau de son père, il n’a rien d’autre à faire que de s’abandonner à cette étreinte.

C’est bien le message essentiel que Jésus nous a donné dans cette parabole : Revenez au Seigneur et laissez-vous étreindre par Dieu ! Cette étreinte se réalise dans la prière. Peu importe si nous sentons la chaleur du manteau ou pas, nous savons que Dieu est heureux du temps que nous lui accordons à ce moment-là. Le temps que nous consacrons à Dieu est la mesure de l’amour que nous avons pour lui.

Alors posons-nous la question : Dans ma journée, est-ce que j’accorde suffisamment de temps à Dieu ou bien mes priorités sont ailleurs au risque de finir un jour avec les cochons ?

Venons-en maintenant à notre second point : Le temps que nous consacrons à nos relations aux autres. Comment le fils ainé gère-t-il son temps ? Pour lui, le travail passe avant les relations. Il vit chez son père, mais pas avec son père. Même son frère est comme un étranger pour lui. À son retour, il l’ignore totalement et fait une grosse crise de jalousie. Il reproche même à son père de ne pas lui avoir donné un chevreau pour festoyer avec ses amis. Nous avons vu les qualités de cœur de ce père, on peut bien imaginer qu’il n’était pas à un chevreau prêt. Mais le fils ainé est resté dans une relation de droit et de dû.

La relation aux autres devrait pourtant être la préoccupation principale de sa vie et de la nôtre ! La plus belle chose que nous pouvons donner à une personne c’est de notre temps. On peut gagner plus d’argent, mais on ne peut pas gagner plus de temps. Lorsque nous donnons de notre temps à une personne, nous lui avons donné pour la vie ! On ne pourra jamais nous le rendre. Beaucoup d’hommes et de femmes consacrent énormément de temps à leur travail et peu à leurs enfants en se justifiant : « Je fais tout ça pour qu’ils ne manquent de rien plus tard ! » Mais leurs propres enfants se plaignent de leur absence, car ils ont plus besoin de relations que de sécurité matérielle !

Posons-nous donc cette seconde question : Est-ce que ma priorité est de prendre du temps dans mes relations avec les autres, ou bien est ce que je préfère me couper de la fête comme le fils ainé ?

En conclusion, nous pouvons décider pour la semaine à venir de consacrer un peu plus de temps à la prière personnelle, un vrai « câlin» avec le Bon Dieu. Si vous avez déjà l’habitude de prier, bravo, mais faites en un peu plus ! On ne priera jamais assez ! Et soyons particulièrement attentifs aux rencontres imprévues qui vont se présenter à nous. Si nous consacrons plus de temps pour Dieu et pour les autres pendant ce Carême, je suis sûr que de son côté, notre Père de Miséricorde prendra le temps de nous préparer quelques délices spirituels pour le festin de Pâques !

Références bibliques : Jos 5, 10-12 ; Ps 33 ; 2 Co 5, 17-21 ; Lc 15, 1-3.11-32

Référence des chants : Liste des chants de la messe du 100313 à Vigneux