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« Détournement de fonds pour amitiés durables » pourrait titrer la une des journaux. Tant les scandales financiers d’hier et d’aujourd’hui, tant l’argent mène le monde, emprisonne et pourrit sa vie. Il est assez souvent question de l’argent dans les évangiles. C’est le signe que Jésus prenait très au sérieux les réalités quotidiennes de la vie des gens. Sa conviction est que notre façon de nous comporter envers l’argent a une influence profonde sur tout notre être.

Jésus veut nous ouvrir les yeux et le cœur. Jésus oppose Dieu et l’Argent – avec un grand A – pour mieux le dénoncer comme une idole qui prend toute la place dans la tête des hommes de tous les temps. Jésus ne condamne pas l’argent – d’ailleurs dans nos célébrations, nous parlons souvent d’argent, une quête pour ceci, à la sortie une autre pour cela… – Mais Jésus veut nous montrer ses limites et le danger d’en faire un maître et non un serviteur. Le risque est bien d’en devenir esclave et non plus vivre en homme libre. Ceci est toujours d’actualité, nos relations peuvent être perverties par l’argent.

Jésus, dans la parabole, loue le gérant, non pas pour avoir trompé son maître, mais en raison de son habileté. Et, il souhaite que ses disciples, ceux qui l’écoutaient hier et chacun de nous aujourd’hui, montrent autant de savoir-faire pour gérer les richesses de l’Évangile. Il exhorte tous les baptisés, les fils de lumière, à être aussi habiles et inventifs pour les affaires du Royaume, pendant que d’autres le sont pour assurer leur compte en banque. Ainsi, la conclusion de cet évangile : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. » Servir l’argent, c’est trop souvent se servir et oublier les autres. Servir Dieu, c’est servir les autres en s’oubliant soi-même, voilà bien toute la différence ! Car quand l’Argent devient notre dieu, le vrai Dieu perd sa place.

Déjà, 750 ans avant Jésus, le prophète Amos s’élevait contre certains hommes d’affaires qui respectaient le sabbat. Certes, ils étaient en règle, mais ils ne se privaient pas d’escroquer les petites gens. Le monde n’a malheureusement pas beaucoup changé ! Or, exploiter le pauvre, c’est insulter Dieu. Dieu nous appelle à vivre des relations fraternelles où chacun à son compte de bonheur, de vie, de paix. Comment ne pas faire mémoire, ici à Verdun, la cité de la paix, en cette année du Centenaire, de ces millions d’hommes qui ont laissé leur vie, ont donné tout ce qu’ils étaient, sur les champs de bataille tout proches, pour faire mûrir la paix et grandir le bonheur ? Je pense, évidemment, au chancelier allemand Konrad Adenauer et au général Charles de Gaulle, signataires du traité franco-allemand de 1963, et à la venue, ce 29 mai dernier, de la chancelière Angela Merkel et du président François Hollande à la nécropole de Douaumont. Nous sommes aujourd’hui les humbles pèlerins de la mémoire, à la recherche de forces nouvelles pour vivre une paix durable. Devenons des porteurs de l’Évangile de la Paix. Le Seigneur nous en donne la force nécessaire.

Aujourd’hui, si les guerres font désespérer l’humanité, l’esprit de fraternité fonde l’avenir et l’espérance fait chanter nos cœurs. Nous ne pouvons servir Dieu et l’Argent, nous ne pouvons servir la rancune et la réconciliation, il nous faut choisir ! Communauté chrétienne rassemblée et téléspectateurs, où que vous soyez, nous voici invités au discernement pour rendre à tout homme sa dignité, pour que l’humanité de chacun reste au centre de nos préoccupations.

Autour de l’eucharistie qui est la table des petits et des pauvres, accueillons de Dieu cette force de communion qui deviendra, en nos vies, invitations au partage et à la fraternité !