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Professer sa foi dans l’adversité

Jésus disparaît ! Elles sont rares, les scènes de l’évangile où Jésus n’est pas là. Or ici, c’est le cas ! Regardons bien ce long récit que nous venons d’entendre. Jésus n’est présent qu’au début… et à la fin. Entre deux, il est absent. Il est d’abord là pour guérir l’aveugle, puis il se retire longuement jusqu’à ce qu’il le rencontre à nouveau, dans la finale. Et ce n’est qu’à cet ultime moment que l’aveugle sera capable de dire : « Je crois, Seigneur ! »

Que se passe-t-il pour que l’aveugle évolue ainsi entre sa guérison et sa profession de foi, alors que Jésus est absent ? Eh bien, il fait de nombreuses rencontres, notamment avec les voisins ou avec les pharisiens. Au cours des différents témoignages qu’il doit porter pendant que Jésus n’est plus là, la foi de l’aveugle grandit petit à petit. Aux voisins, il commence par confirmer son identité et ce que Jésus a fait pour lui. Ensuite, aux pharisiens, une première fois, il affirme que Jésus est un prophète. Puis, il va plus loin lors d’un deuxième entretien avec eux ; il ose professer que Jésus vient de Dieu. Il est conscient que cette affirmation peut le faire exclure par les pharisiens… ce qui finir d’ailleurs par arriver. À force de devoir témoigner, et même dans l’adversité, la foi de l’aveugle se précise, se consolide. C’est pour cela que, lorsqu’il rencontre une dernière fois Jésus, il est enfin capable d’affirmer résolument qu’il croit en Lui.

La semaine dernière, c’est en dialoguant avec Jésus que la foi de la samaritaine avait pu s’approfondir. Mais ici, c’est pendant que Jésus est absent, dans l’épreuve, que la foi de l’aveugle s’affermit. On fait un pas de plus dans la profession de foi. C’est un pas que nous faisons avec les catéchumènes, appelés à comprendre en ce carême qu’être baptisé est un chemin pas toujours confortable.

En effet, cet aveugle, c’est un peu l’image de tout baptisé. On dit du chrétien qu’il a reçu la lumière au jour de son baptême. Comme l’aveugle, ses yeux se sont ouverts. Et pourtant, comme l’aveugle, il est confronté à un double obstacle : d’une part, Jésus n’est plus là. D’autre part, il se trouve face à un monde souvent hostile.

Ne pensons pas, chers amis, que ce double obstacle est insurmontable. C’est même le statut habituel du chrétien. Tout chrétien il est vrai est appelé à témoigner d’un Jésus dont la présence est tout sauf évidente. Et de surcroît, il doit le faire dans un univers souvent défavorable. Mais, paradoxalement, et nous en faisons l’expérience très concrète, le témoignage du baptisé s’affermit au cœur de ce monde.

Je dirai même plus. C’est probablement dans l’adversité que la foi du chrétien se précise, se consolide, se déploie le mieux. Face à un laïcisme militant par exemple, les chrétiens approfondissent les raisons pour lesquelles il est légitime que l’Église participe au débat public. Plus le monde malmène notre chrétienté, plus nous sommes stimulés à nous attacher à ce qui fait le cœur de notre foi. Oh, non pas comme à une bannière que l’on déroulerait pour préserver notre territoire. Défendre une forteresse assiégée n’a jamais été une bonne manière d’être chrétien. Laissons cela aux prophètes du déclin.

Non, nous sommes plutôt appelés à nous réancrer en Jésus, pour annoncer l’évangile avec spontanéité, avec audace. Comme l’aveugle, lui qui fût bouleversé par sa rencontre avec Jésus et qui ose l’affirmer malgré une assemblée malveillante ! Nous ne proclamons notre foi ni par présomption, ni par provocation. Nous le faisons par conviction, et même par charité. Lorsque, tel l’aveugle-né, on a expérimenté Jésus comme son sauveur, comment pourrait-on garder ce trésor pour soi ? En nous attachant à Jésus, en choisissant Dieu, nous découvrons, presque par instinct, comment être véritablement chrétiens au cœur de ce monde. Et ce monde en a tant besoin !