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Dieu parle dans le désert

Connaissez-vous le désert ? C’est un endroit très paradoxal. À première vue, le désert est un lieu vide. Complètement vide. Parfaitement vide. Sous un soleil inhumain.

Et pourtant tous les voyageurs vont diront que le désert est un endroit où l’on rencontre plein de monde. Des bédouins, des explorateurs, des gardiens d’oasis, des naturalistes, des militaires, des ermites, que sais-je. Et j’ai bien dit : « rencontre ». Car dans le désert, on ne se croise pas : on se rencontre.

On détourne son chemin pour rejoindre l’autre caravane aperçue de très loin, on dresse la tente, on partage le pain, les dates et l’eau. Là, dans la pauvreté extrême du désert, les mots des hommes sont précieux ; ils sont rares, et ils sont vrais.

Tandis qu’ici, nous croisons énormément de monde ; mais nous ne rencontrons presque personne. Nous avons des routes, des autoroutes, des téléphones, plusieurs téléphones, des téléviseurs, des ordinateurs ; nous sommes assaillis d’appels et de messages, nous communiquons à longueur de journée — mais toutes ces paroles n’ont aucun poids. Nos oreilles écoutent peut-être, mais notre cœur n’entend rien.

Tel est le paradoxe du désert. Pour rencontrer quelqu’un, il faut faire silence. Tout couper. Éteindre la télévision — enfin, pas tout de suite, chers amis, s’il vous plaît ! —  et enterrer le téléphone portable au fond du jardin. Au moins en figure.

Et tel est le premier geste du carême, puisque nous commençons ensemble notre carême : aller au désert. Peut-être n’avez-vous pas de désert à portée. Vous allez me dire qu’ici, à Uckange, les chameaux sont extrêmement rares et que le palmier le plus proche est au jardin botanique de Metz.

Certes, mais nous pouvons aller au désert autrement. En faisant taire ces voix et ces lumières qui nous assaillent à tout instant, en arrachant une heure, une demi-heure, un quart d’heure de solitude à notre vie, en recherchant seulement les rencontres vraies, les gestes vrais, les dialogues de cœur à cœur.

Surtout si c’est Dieu que nous cherchons. Car Dieu ne se trouve pas dans le vacarme de la foule… Dieu ne parle que dans le désert.  Car Dieu ne parle qu’au cœur, et le cœur n’entend que dans le silence.

En vérité, nous avons peur du silence. Et de la solitude. Le silence et la solitude nous révèlent nos manques, nos peurs, nos doutes.

C’est pour cela, je crois, que les adolescents s’étourdissent à ce point de bruits et de mots : parce que plus que les enfants, plus que les adultes, ils se sentent seuls, ils cherchent leurs propres repères, et ils ont le cœur assoiffé. Mais ces soifs, ces manques en nous, nous ne pouvons les combler nous-mêmes.

La première leçon du carême est là : vas au désert, et laisse béant le vide en toi qui te fait si peur. Car seul Dieu peut te donner l’amour que tu attends, et seul Dieu peut se donner lui-même.

N’aie pas peur ; vas au désert, accepte de regarder ton propre désert intérieur, ton vide, ta soif. Alors tu entendras le murmure du vent, alors les étoiles se lèveront, alors, comme le dit l’Évangile, les anges te serviront ; alors Dieu te donnera l’amour vrai, celui que tu attends depuis toujours, celui pour lequel tu as été créé.