Regarde le ciel ! dit le Seigneur au vieil Abraham.
Mais nous, dans notre vie de tous les jours, ce que l’on voit, c’est notre quotidien. Et notre regard est plutôt terre à terre : comme c’est difficile de regarder les autres et de voir tout ce qu’il y a de beau en eux. Tellement souvent, je ne vois que ce qui ne va pas, ce qui semble sans éclat, et je juge et je condamne et je détourne le regard : comme il fait peur celui-là ! Et un tel, comme sa vie privée me déplaît ! Et celui-là avec son fichu caractère, et celui-ci avec sa bouche toute tordue… Mon Dieu que c’est dur de voir le ciel et de compter les étoiles, quand on regarde la terre !
D’ailleurs, ce n’est souvent pas plus facile de se regarder soi-même et de voir tout ce qu’il y a de beau en soi ! Si souvent, j’ai peur de moi, je me méfie de moi, je ne me supporte plus, je me maltraite… Mon Dieu que c’est dur de voir le ciel et de compter les étoiles, quand on regarde la terre !

Alors c’est sûr, on aimerait bien croire à ces belles paroles de l’apôtre Paul : voir nos pauvres corps, nos pauvres vies, nos pauvres rêves transformés en rêves de Dieu, en vie glorieuse, en corps transfigurés !
Et nous passons souvent notre vie à cela : à se maquiller, un peu de couleur, un peu de poudre, cela devrait suffire pour être beau aux yeux des autres… Mais ça ne suffit pas, alors on met un masque, pour avoir moins honte, pour faire illusion : ce devrait être suffisant pour paraître dans le grand spectacle du monde ! Mais non, ça ne suffit pas non plus. Alors on rêve de lumière, de mille feux qui éblouiraient nos existences défigurées, nos visages et nos vies parfois blessées… Mais les feux aussi finissent par s’éteindre, et nos rêves, et nos vies retournent à leurs sombres frayeurs. Peur de ce que je suis, peur de ce qu’est l’autre, peur du regard des autres…

Les disciples de Jésus, ils ont peur, eux aussi. Ils ont tout quitté pour le suivre, et voilà qu’ils commencent à sentir les menaces qui pèsent sur lui, et les coups de griffes des prêtres du Temple, et les coups de gueule des pharisiens, et le mépris des bien-pensants. À l’horizon, déjà, il y a la couronne d’épines qui le défigurera, la lance et les clous qui abîmeront son corps, et cette lâcheté des disciples qui s’enfuiront et déchireront son cœur…
Alors Jésus, aujourd’hui, veut leur donner des raisons d’espérer, des raisons de continuer à se tenir debout et à marcher, des raisons de rire et de sourire encore et d’ouvrir les yeux, enfin. Alors sur la montagne, il se met à briller. Comme un soleil. Ses vêtements deviennent éclatants de blancheur. Son visage se fait lumineux de ciel. Rien à voir avec un spectacle… Pas de maquillage, pas de masque, pas de projecteurs… C’est une lumière intérieure, si douce si forte, venue de loin, venue du cœur, venue de Dieu. « Celui-ci est mon fils, mon fils bien aimé, celui que j’ai choisi ».

C’est la lumière de l’amour de Dieu. L’amour de Dieu pour chacun de ses enfants, l’amour de Dieu pour toi, pour moi, pour chacun de nous. Les regards sont transformés, le courage est retrouvé, les visages défigurés rayonnent de beauté et la vie la plus abîmée retrouve sa dignité : « Tu es mon frère, tu es ma sœur bien aimée ».
Alors, des milliers d’étoiles se mettent à briller. Sur notre terre.
Amen.

Références bibliques : Gn 15, 5-12.17-18; Ps. 26; Ph 3, 17-4, 1; Lc 9, 28b-36

Référence des chants :