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Frères et sœurs dans le Christ, en vous accueillant, au début de cette eucharistie, je vous ai dit par trois fois : « Christ est là ». Oui, il est bien là, nous le croyons dans la Parole Vivante de l’Evangile que nous venons d’écouter. Mais, ce matin, il faut le reconnaître, le Christ nous interpelle avec force et son appel à le suivre est exigeant. Exigeant, oui, mais pas impossible, car l’Evangile n’est pas un idéal inaccessible, non, il est et doit être source de liberté, de bonheur, de miséricorde en fonction de nos possibilités, de nos limites.

Après cette eucharistie, l’émission « Le Jour du Seigneur » va présenter le film ayant reçu le Grand Prix du Festival de Cannes 2010 et le Prix du Jury Œcuménique, qui sortira mercredi en salle : « Des hommes et des dieux », tel est le titre de ce film qui retrace l’histoire vraie de sept moines assassinés en Algérie le 21 mai 1996. Ils étaient généreux avec les villageois, ils avaient une humanité profonde et ils sont allés, pour le Christ, jusqu’au bout de leurs engagements, de leur foi. Ils n’ont pas préféré leurs propres vies.

Pourquoi je vous parle de ces moines alors que ce matin, à Tonnerre, nous commémorons Marguerite de Bourgogne, une reine… Rien de commun au premier abord : 700 ans séparent ces personnages, des lieux, des conditions de vie complètement différentes. Mais voilà ce qui les rapprochent : le même amour pour Dieu, la même passion pour les êtres humains en allant jusqu’à renoncer à tout pour être disciple du Christ : c’est bien l’Evangile annoncé ce matin.

Marguerite de Bourgogne a su écouter et pratiquer la Parole du Christ. Dans une biographie émouvante, Robert Luyt écrivait en 1653 : de reine, elle devient servante des pauvres de Jésus Christ… de ces mêmes mains, dont elle avait autrefois manié les sceptres et les couronnes, elle touche les plaies des pauvres, agence leurs lits, ôte leurs ordures, lave leurs vieux ulcères. Son seul désir a toujours été d’observer les sept œuvres de miséricorde :
– Donner à manger à ceux qui ont faim.
– Donner à boire à ceux qui ont soif.
– Recueillir les étrangers, les pèlerins et les héberger.
– Vêtir ceux qui sont nus.
– Visiter les malades.
– Consoler les prisonniers.
– Ensevelir les morts.

J’aime vous redire ces œuvres de miséricorde ! Elles sont toujours tellement nécessaires et d’actualité en ce 21e siècle.

Mais, faut-il obligatoirement que tout le monde renonce à sa propre vie pour être disciple du Christ ? Il y a là une exigence inaccessible à la plupart d’entre nous. Alors, soyons vrais, chacun de nous ne verra peut-être pas comment renoncer à sa propre vie, car nos engagements familiaux nous interdisent une rupture radicale. Mais on percevra que l’on peut commencer à donner de son temps pour l’autre. Et pour ceux qui veulent se mettre à l’école de ce que sont les exigences de Dieu, la première lecture nous invite à accueillir sa Sagesse.

Dans le concret de nos vies, on découvrira alors que ces exigences consistent déjà en un plus grand respect et une plus grande ouverture à autrui, à la manière de Philémon, qui dans la lettre de saint Paul, est invité à porter un regard sur son esclave : à découvrir en lui un Frère. Dans notre monde agressif et agressé, dans nos responsabilités professionnelles, savons-nous toujours regarder l’autre comme un être humain et le respecter comme tel ?

Oui, l’autre : comme un frère… voilà la rupture !
Oui, l’autre : comme de ma famille… voilà l’exigence !
Oui, sachons regarder ces vraies richesses de notre Eglise.
Je vous cite un grand diacre : Saint Laurent, brûlé vif à Rome en 258 : comme on voulait lui arracher le secret des richesses de l’Eglise, il répondit en montrant des miséreux : « Voilà les richesses de l’Eglise. »

La Parole du Christ, ce matin, nous invite avant tout à nous asseoir ; nous asseoir pour calculer, observer, envisager, surtout en ce temps de rentrée, ce que nous allons faire et surtout, prendre les moyens de mener à terme nos projets. Mais maintenant, debout, en marche, allons, en fonction de nos dons, oui, allons « prendre soin » de nos sœurs, de nos frères, de tous ceux qui nous sont confiés par le Seigneur. Amen.

Références bibliques : Sg 9,13-18; Ps. 89; Phm 9b-10.12-17; Lc 14, 25-33

Référence des chants :