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« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Pourquoi Jésus parle-t-il avec cette impatience ? Ne sommes-nous pas autour de lui comme la foule au bord du lac, avide de ses paroles ? Mais nous écoutons sans entendre. Comment faire pour que nous entendions vraiment ? En comprenant que Jésus s’adresse à tout notre être : corps, cœur, raison. À notre intelligence. C’est pourquoi il parle en paraboles, car la parabole s’adresse à une « troisième oreille » en nous. Non pas une paire d’oreilles en plus… mais un lieu mystérieux et simple tout à la fois. Un lieu plus familier des enfants que des adultes. Un lieu où écouter devient entendre et entendre devient voir et voir pousse à agir.
Jésus est touché par ces femmes et ces hommes qui le pressent de demeurer avec eux. Mais il est hanté par le risque qu’ils s’installent dans le confort d’une parole qui les berce, le confort de guérisons qui les rassurent et qu’ils finissent par perdre leur vie. Il eût pu trouver une rhétorique magique qui aurait converti les foules dans l’instant pour en faire une armée à son service, lui épargnant la montée vers Jérusalem, vers la Passion.
Non. Il va au cœur. Il fait confiance à l’homme. Il se met au centre de la Parabole. Il est le semeur qui dispense généreusement son bien. Nous sommes la terre, sa terre. La terre qui peut le stériliser ou démultiplier sa parole au centuple. Une terre libre comme il a créé l’homme libre. Mais une terre qui ne peut pas, ne doit pas lui revenir « sans résultat » comme le dit Isaïe.
Faut-il expliquer la parabole ? Jésus le fait lui-même à la suite de ce passage.
Nous nous sommes reconnus. Nous avons reconnu notre monde : le politique, le religieux, nos familles, nos vies, nos amours tramés de réussites et d’échecs, nos projets féconds et nos calculs au petit pied, nos envies de pouvoir et nos désirs de servir les autres, nos pulsions de guerre, de mort et nos quêtes de paix…
Il y a nos « bords de chemin », nos prudences, notre tendance à éviter d’être là où nous devons être.
Il y a nos « pierres », nos culpabilités et nos aridités, nos sombres secrets, nos apparences et le déguisement de nos lâchetés par les conventions sociales.
Il y a nos « ronces », nos torsions, nos mépris de nous-mêmes qui nous font méchants pour les autres. Les ronces de l’individualisme épais qui mène ce monde où il y a pourtant tant de générosités.
La générosité. C’est cela qui sera victorieux puisque nous croyons au Christ de la parabole, à la terre généreuse que Dieu a préparé dans le cœur de tout homme, où qu’il en soit et quel qu’il soit. S’il accepte d’entendre. S’il désire se laisser faire par « la gloire que Dieu révèle en nous » comme le dit saint Paul.
« Le semeur est sorti pour semer ». Ce n’est pas comme au spectacle. Ne le regardons pas passer à distance. Exposons-nous à la graine qui tombe de ses mains. Offrons-lui notre meilleure terre !

Références bibliques : Is 55, 10-11 ; Ps. 64 ; Rm 8, 18-23 ;Mt 13, 1-23

Référence des chants :