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La scène se passe au Rwanda. Une femme raconte sa marche à travers son village entièrement dévasté ; elle tient par la main sa petite fille Rosefleur, ses autres enfants ayant tous été tués. Elles ne parlent pas. Tout n’est que mort autour d’elles. Soudain Rosefleur, hésitante, tire la manche de sa maman et, pointant du doigt les ruines, lui dit : « Regarde, il y a même une fleur qui pousse ! » Rosefleur a pris le temps de regarder autour d’elle, sans doute avec le désir d’y trouver autre chose que la destruction… une fleur fragile là où la cruauté humaine voulait tout détruire, même l’espérance. [1]

Frères et sœurs, Rosefleur nous invite, comme le prophète Isaïe, comme Jésus et comme l’Apôtre Paul, à espérer, or pour espérer il faut veiller, se tenir prêt.

Nous entrons, ce dimanche, dans le temps de l’Avent. Savez-vous que le mot « Avent » vient du mot latin « adventum » qui signifie « avènement » ; et si ce temps nous prépare à la fête de Noël, ce n’est pas pour que nous nous contentions d’évoquer un évènement du passé, mais pour que nous célébrions l’avènement du Christ aujourd’hui et demain. L’Avent est le temps de l’espérance, or espérer c’est découvrir tous les « déjà » pour s’en réjouir ; espérer c’est en même temps chercher tous les « pas encore » pour qu’ils adviennent. Réjouissons-nous de tous les « déjà » qui nous font espérer.

Saint Paul écrivait au chrétiens de Rome : « La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. » Comme la petite Rosefleur qui apercevait la fleur au milieu des ruines, souvent Jésus parle du Royaume comme déjà là. Tout est dans le regard que nous portons, regard de foi, regard qui s‘étonne, regard qui s’émerveille.

Nous risquons trop souvent d’oublier de conjuguer le présent pour parler de Dieu et de sa venue. Nous n’employons parfois que le passé : « hier Dieu est venu, c’était Noël… hier Jésus est mort et ressuscité… hier il nous a envoyé son Esprit… » ou encore nous n’employons que le futur : « un jour le Seigneur reviendra. » Tout cela est vrai, mais nous n’employons pas suffisamment le présent : « aujourd’hui le Seigneur vient, aujourd’hui il nous crée, aujourd’hui il nous sauve, aujourd’hui il est là, présent au milieu de nous ».

Vous qui êtes parents, bien sûr vous pensez à l’avenir de vos enfants, mais vous savez goûter le présent que vous vivez avec eux ; leur avenir ne vous appartient pas, leur aujourd’hui est entre vos mains et entre leurs mains.

Le Seigneur ne nous demande pas de rêver, mais de veiller, et de veiller dans le quotidien de nos existences, que ce soit « aux champs ou au moulin » comme il précise, il dirait aujourd’hui : « au bureau, au cœur de notre quartier, au sein de notre famille, dans notre maison de retraite ou notre chambre d’hôpital, ou encore dans la cellule de notre prison ».

Si nous croyons que Dieu est le Vivant, il n’est donc pas seulement un être du passé ou de l’avenir, il est Dieu vivant aujourd’hui. À nous de veiller, de nous tenir prêts, son avènement est pour aujourd’hui.

Mais si espérer c’est se réjouir de tous les « déjà », c’est en même temps chercher tous les « pas encore » et se mobiliser pour les faire advenir. Jésus demande une attitude active en attendant son retour : « veiller » et « se tenir prêt. » Saint Paul, lui, invite les chrétiens de Rome, à « sortir de leur sommeil ».

Et pourquoi nous faut-il veiller ? Parce que nous risquons d’oublier l’essentiel, ce qui s’était passé au temps de Noé : « les gens ne se sont doutés de rien » rappelle Jésus.

Frères et sœurs, si tout à l’heure je vous invitais à regarder les « déjà » pour vous en réjouir, je vous invite en même temps à scruter l’horizon pour découvrir ce qui peut vous aider à choisir la vie, et vous donner envie de vous battre.

Vous qui êtes sur votre lit d’hôpital, vous savez le prix de la vie, chaque jour vous choisissez de vivre.

Vous qui avez perdu un être cher, vous voulez continuer à vivre, autrement, en fidélité à celui ou celle que vous pleurez.

Vous qui prenez une part active dans une association ou un mouvement, vous connaissez l’enjeu de votre engagement, et vous êtes prêts à vous battre.

L’alpiniste bien sûr regarde où il pose ses pas, mais en même temps il regarde le sommet qu’il veut atteindre, et ça l’invite à marcher.

Au cœur de notre vie quotidienne, apparemment banale, nous sommes invités à lever les yeux pour guetter le Seigneur qui reviendra… « à l’heure où nous n’y pensons pas… ». Puisse-t-il nous surprendre, et puisions-nous nous en réjouir, en lui disant : « Je t’attendais ! ».

Frères et sœurs, voulez-vous que durant ces quatre semaines d’Avent, nous nous mettions en marche afin de ne pas nous endormir, mais au contraire pour rester éveillés et nous étonner comme s’étonne Dieu devant l’espérance, quand Péguy écrit : « Ce qui m’étonne, dit Dieu , c’est l’espérance. Et je n’en reviens pas. Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout. Cette petite fille espérance. Immortelle. » Et bien, voulez-vous que nous donnions la main à la petite Rosefleur et à la petite fille espérance pour que nous nous réjouissions des « déjà », et que nous fassions advenir les « pas encore ».

[1] Histoire vraie rapportée par Guy Aurenche, président de fédération internationale de l’A.C.A.T.

Références bibliques : Is 2, 1-5 ; Ps 121 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24, 37-44

Référence des chants :