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L’Apocalypse nous parlait, il y a quelques instants, de l’arche de l’Alliance, et les fidèles qui nous suivent à la télévision ont pu la voir représentée par cette « boîte de jeux », de laquelle sont sortis quelques personnages. Il y avait deux enfants qui jouaient avec une poupée et un beau dinosaure !

Un jeu sympathique, mais pour l’Apocalypse, c’est un jeu terrible, parce qu’il représente, au fond, le drame divino-humain qui est, depuis toujours et sans cesse, mis en scène dans notre monde, c’est-à-dire la présence côte-à-côte de la vie et de la mort, et de leur choc continuel.

En ce sens, nous découvrons que l’Apocalypse est un peu le résumé des nouvelles que les médias nous servent quotidiennement. Et en particulier, en ce moment de l’humanité, que ce passe-t-il ? Derrière les phénomènes particuliers, il y a en réalité sur la scène du monde de nouveaux protagonistes qui veulent s’asseoir à la table des peuples pour y avoir part… Mais celui qui est arrivé en premier se sent menacé et la redistribution des ressources mondiales provoque de la violence et de l’incertitude.

Voilà l’actualité ; mais la Parole de Dieu ajoute un autre message fort : dans le monde, il n’y a pas que le dragon et sa violence qui existent. La Parole de Dieu nous annonce aussi que la femme trouve un refuge et de la nourriture, et que son enfant est en sécurité avec Dieu ! Mais qu’est-ce que cela signifie ?

À travers la femme, nous voyons l’humanité dont Dieu rêve et à travers l’enfant, nous contemplons le Royaume de Dieu. Comme croyants, nous annonçons alors que, dans le monde, il n’existe pas seulement la menace du mal, mais qu’il y a aussi le Dieu qui sauve. Comme chrétiens, nous recevons de Dieu le message que même les changements douloureux et le chemin ardu de l’humanité comportent une espérance merveilleuse. Et c’est pour cela que la grande « boîte de jeux » du monde devient une splendide « arche d’Alliance », c’est-à-dire le réceptacle d’un grand projet d’amour. Et ainsi la femme trouve un refuge et l’enfant est donc fondamentalement en sécurité.

Il est vrai qu’il y a un choc, mais nous ne sommes pas abandonnés : nous pouvons tous, nous, être des réfugiés. Pour lancer ces messages, l’Apocalypse utilise les symboles, mais, par contre, l’évangéliste Luc met en scène des personnages en chair et en os : Marie, Élisabeth, et les fils qu’elles portent en leur sein.

Et qu’est-ce que nous découvrons alors dans l’expérience de la Visitation ? Tout part du chemin de Marie vers la montagne pour rencontrer Élisabeth. J’ai été frappé en particulier par la montagne et je la mets volontiers en relation avec cette église de montagne de Rossura, véritablement construite sur le roc. Le temple sur la montagne est typique dans beaucoup de cultures. La montagne est, en effet, l’endroit de la terre qui est le plus proche du ciel, le symbole de Dieu ! Marie, qui va vers la montagne, nous fait penser à notre besoin de refuge, à notre besoin de Dieu, pour nous restaurer des fatigues de ce voyage terrestre.

Marie, élevée au ciel, donc plus haut que le sommet de la montagne, nous montre que le grand voyage de l’humanité vers le salut n’est pas seulement un beau symbole poétique, mais est un rêve divin qui devient concret pour tout le monde et en tout temps. Et nous aussi, aujourd’hui, dans cette église-refuge, nous célébrons la proximité et la puissance du Ciel, c’est-à-dire de l’amour de Dieu : « C’est maintenant – disait l’Apocalypse – que s’accomplit le salut, la force et le règne de notre Dieu, et la puissance de son Christ. » Nous voulons y croire !

Le refuge mystique de l’Apocalypse est un endroit dans lequel nous pouvons être nourris et retrouver la force. Nos amis téléspectateurs ont vu, à travers les images, une Marie qui s’approchait d’un très beau chalet en pierres, un « rustico ». Il y en a beaucoup dans les montagnes de Suisse italienne : primitivement, c’était des constructions agricoles, mais aujourd’hui ils ont été transformés en habitations de vacances. De nombreux citadins aiment les « rustico », parce qu’ils sont pour eux comme un refuge contre le stress quotidien. Ça aussi, c’est un signe de l’Assomption de Marie : dans la foi, Dieu nous aide à trouver notre « refuge », notre « montagne » qui nous recharge, pour continuer à espérer dans le Royaume et lutter avec le Messie divin, pour un monde nouveau et réconcilié. Il y a encore parmi nous quelques personnes qui ont découvert dans cette église, il y a 50 ans, l’antique fresque de la dernière Cène qui se trouve là, au fond.

Je m’imagine leur émotion, quand ils grattaient des peintures plus récentes et qu’ils ont trouvé les visages du 15e siècle. Nous, aujourd’hui, réunis à la table avec Jésus pour sa Cène, nous sommes dans un certain sens déjà dans le Ciel de Dieu, avec Marie montée au Ciel.

Nous sommes dans le refuge où Dieu nous nourrit et nous met au contact avec la force du Messie. Et réunis autour du même autel, nous anticipons ce que pourrait devenir l’humanité, si elle s’ouvrait vraiment au Royaume de Dieu et qu’elle apprenait à partager les biens de la Terre. Ce serait passer de la répartition violente des ressources mondiales au partage paisible, dans la justice, du Royaume de Dieu : un rêve ! Et Marie dit aussi dans son Magnificat que : « Dieu comble de biens les affamés. »

Marie élevée au Ciel est déjà la réalisation de ce rêve et, comme chrétiens aujourd’hui, nous avons besoin de le traduire en politique, dans l’économie, dans la famille, dans les relations, dans l’écologie ! Des dimensions que le pape François réunit dans sa très belle encyclique « Laudato Si ».

Pour célébrer cette espérance aujourd’hui, il y a aussi les chants de la montagne qui nous aident, des chants si riches de spiritualité et de capacité évocatrice, interprétés par le chœur « Les chanteurs des cimes ». Ils nous rappellent le voyage de Marie vers la montagne, vers le Ciel, vers le refuge, pour goûter le goût du monde nouveau !

Cette poésie qui nous enveloppe aujourd’hui, c’est notre refuge : non pour s’échapper de la réalité, mais pour vivre une vraie expérience de communion avec la paix du Royaume. Nourris par Dieu, nous aurons alors la force pour repartir dans l’Histoire et accompagner les grands changements de notre monde, avec l’espérance chrétienne. Parce que la paix du refuge divin, dans la montagne qui touche le Ciel, se répand sur chaque créature. Amen.

Références bibliques : Ap 11, 19a; 12, 1-6a.10ab ; Ps. 44 ; 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56

Référence des chants :