À la fin de cette messe, plusieurs d’entre vous allez recevoir la bénédiction de votre curé, le Père Sènes. Vous allez partir pour Rome, la semaine prochaine, afin d’assister à la canonisation de la Bienheureuse Jeanne-Émilie de Villeneuve, qui a tant œuvré dans ce diocèse. Quel est le sens de votre démarche ?

Avec ironie, certains diraient volontiers qu’en célébrant une sainte du XIXe, vous être le reliquat nostalgique d’une Église qui se meurt ! Qu’en vous rendant à Rome, vous vous soumettez à un catholicisme tournant le dos à la modernité. S’ils savaient en outre que tout cela se passe le jour où vous retrouvez les jeux de votre orgue restauré, ils n’en riraient que plus ! L’Église n’aurait-elle pas mieux à faire que canoniser des bonnes sœurs en cornettes ou refaire les tuyaux d’un instrument caduc ?

Voyez-vous, chers amis, il y a des choses qui ne se périment pas dans l’Église. La vie chrétienne n’est pas d’abord recherche de recettes originales ou soi-disant adaptation à la modernité. Elle est enracinement dans le Christ, mise en œuvre de l’Évangile sous des figures toujours nouvelles. Et c’est pour cela que la contemplation et l’admiration des saints sont résolument actuelles. Si nous regardons les saints, c’est pour devenir de meilleurs chrétiens.

Voyons combien l’Évangile de ce jour illustre cela. Il me semble que Jésus articule trois dimensions de la vie chrétienne : l’appel (« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis »), le don de soi (« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ») et la mission (« afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure »).

Admirons comment Jeanne-Émilie, permettez-moi de l’appeler avec cette familière affection, met en lumière, avec tant d’actualité, ces paroles de Jésus. Et puisque c’est la journée de l’orgue, permettez-moi également quelques comparaisons avec ce noble instrument de la liturgie.

L’appel tout d’abord. C’est par humilité que Jeanne-Émilie renonce à entrer chez les Filles de la Charité. Avec l’accord de son évêque, elle fonde la congrégation Notre-Dame de l’Immaculée Conception, les fameuses « sœurs bleues de Castres ». « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis… » C’est ce que nous rappelle l’orgue lorsqu’au début de la messe, il nous convoque de la part de Jésus.

Le don de soi ensuite. Jeanne-Émilie n’avait qu’un seul souci, selon ses propres mots : « ne rechercher en tout que les intérêts de Dieu seul. » Elle était toute donnée à sa triple vocation, dont Monseigneur Legrez, archevêque de ce diocèse d’Albi, rappelle l’urgence aujourd’hui encore : « L’éducation des enfants, le catéchisme et le soin des malades. » Comment illustrer mieux les propos de Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », elle qui mourût du choléra au service des habitants de Castres. L’orgue qui résonne pendant l’offertoire nous prépare à ce don de nous-mêmes dans le sacrifice de la messe.

La mission enfin. Comment imaginer qu’une congrégation, fondée si humblement, puisse compter aujourd’hui plus de 600 religieuses dans 18 pays d’Europe, d’Afrique, d’Amérique Latine et du Pacifique ? Le charisme de Jeanne-Émilie a une dimension profondément missionnaire, répondant à l’injonction de Jésus : « afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » C’est à cela que l’orgue nous envoie à la fin de la messe, pour que nous portions l’Évangile à nos contemporains.

Oui, vraiment, vous qui partez pour Rome, rapportez-nous la modernité de l’Évangile et que les orgues d’aujourd’hui nous appellent à la sainteté !

Références bibliques : Ac 10, 25-26.34-35.44-48 ; Ps. 97 ; 1Jn 4, 7-10 ; Jn 15, 9-17

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Réalmont 10 mai 2015