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Cet Évangile est un Évangile pour petits oiseaux. Enfin, il pourrait l’être. « Ne vous préoccupez de rien »« Soyez comme les oiseaux qui ne font pas de réserves »« Dieu votre père s’occupe de vous »

Moi, je veux bien être libre comme un oiseau et ne pas penser au lendemain. Cela me changerait ! Vous aussi, j’imagine. Voilà même un programme des plus sympathiques : dans un monde dévoré de soucis où la râlerie règne sans partage, dans un monde d’impôts, de règlementations, de manifestations, de fariboles idéologiques et de factures douloureuses, les chrétiens seraient ces gens charmants qui sourient et s’en vont sifflotant comme merles au printemps. Il me plaît, moi, ce programme. J’avoue qu’il m’arrive même de le mettre en œuvre.

Quelquefois, j’ai même la tentation de tout laisser tomber, mon travail, mes obligations, toutes ces petites et grandes corvées qui font mon quotidien comme, je crois bien, elles font le vôtre, et de partir sac à dos sur les chemins. Exactement comme un oiseau voyageur… Je ne suis pas sûr toutefois que mon prieur me laisserait faire. Mon travail, entre autres, sert à mettre du beurre dans les épinards de notre couvent et je ne peux pas m’enfuir à ma fantaisie. Et nous sommes tous dans ce cas. Cette tentation de tout laisser tomber, des chrétiens l’ont connue à toutes les époques ; il y a eu des baba cool de Dieu depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, croix au cou et fleurs dans les cheveux. Charmant, mais on s’en lasse. La paresse n’est jamais loin, ni l’égarement, ni la perte de tout repère. Et nous avons tous des responsabilités que nous devons assumer, que nous le voulions ou pas.

Non, je crois que la leçon de cet Évangile est plus fine. Jésus ne parlait pas aux petits oiseaux ; ils parlaient à des hommes. Adultes et responsables. Jésus ne nous invite pas à tout laisser tomber ; il nous invite à faire de notre mieux ce que nous avons à faire, mais sans nous inquiéter du résultat. Si ce que j’ai à faire est de prêcher l’Évangile, que je prêche l’Évangile de mon mieux ; c’est ce que je suis en train de faire, sans me préoccuper du fruit que cette prédication portera, parce que cela, le résultat de nos efforts, c’est l’affaire du Seigneur. C’est lui qui décide de retarder l’effet de nos actions ou bien, au contraire, de faire porter un fruit énorme à un tout petit effort. C’est lui qui fait germer la foi, ou bien l’espoir, ou bien l’amour, sur une terre que, malgré toutes nos tentatives, nous croyions définitivement aride. C’est lui qui met le feu dans nos paroles, même si c’est notre bouche qui les prononce…

Vivre en chrétiens adultes et responsables, c’est ce que nous devons faire, le faire avec plaisir, s’il est possible, ou avec courage s’il en faut ; chercher le Royaume, comme dit Jésus, c’est-à-dire prier, croire, annoncer la Bonne Nouvelle autour de nous ou plus largement, aimer de notre mieux et tout le reste, la consolation, la foi, la conversion des cœurs, nous sera donné par-dessus le marché. Faire de son mieux, faire confiance au Seigneur pour tout le reste, et parce que nous avons remis au Seigneur, et le résultat de nos efforts et notre propre vie, nous sentir libres de tout souci, joyeusement libres, définitivement libres.

Références bibliques : Is 49, 14-15 ;Ps. 61 ; 1 Co 4, 1-5 ; Mt 6, 24-34

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Poitiers du 2 mars 2014