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Être l’objet du choix de Dieu ! En entendant ces lectures on pourrait être pris de panique : appelé par Dieu à le suivre, et tout de suite !…
J’entends déjà : pas moi Seigneur !
J’en suis incapable et indigne, j’ai d’autres désirs ! Ou encore : moi je veux garder ma liberté.

En fait, Dieu ne vient pas briser notre liberté ; bien au contraire, il invite à la liberté.
Il n’est pas un marchand d’esclave mais un Père plein de tendresse ; il ne pousse pas à le suivre, au contraire il attire ; il ne vient pas dominer mais au contraire servir.
Il est vraiment celui qui rend libre notre liberté ; grâce à lui nous pouvons enfin réaliser notre vocation profonde.

Tout commence lorsque le croyant prend conscience de sa faiblesse et reconnaît la grandeur de Dieu comme Isaïe dans le Temple, Paul sur le chemin de Damas, Simon Pierre au bord du lac, les saints et nous-mêmes dans notre vie – lors de rencontres décisives.
À tout cela il faut un préalable : désirer chercher ce que Dieu veut.

Regardons comment cela se passe à travers les 3 appels de ce dimanche.

Isaïe était venu prier dans le Temple. Il ne doute pas de la présence de Dieu… mais quant à le voir ! Là il ne s’y attendait pas. D’où sa réaction, sa peur : « Malheur à moi, je suis perdu », car personne ne peut voir Dieu sans mourir (Ex 33). Il y a un tel écart entre la sainteté de Dieu et la misère de l’homme qu’on ne peut voir Dieu face à face. Pourtant, cela est arrivé à Moïse, Élie et aujourd’hui à Isaïe.
Un des secrets de l’élection, de l’appel divin, c’est que je ne dois pas mettre en avant mes qualités, me reposer sur moi-même, accaparer les dons de Dieu ou ses talents.
Mais au contraire : faire confiance en celui qui peut m’entraîner au-delà de moi-même et qui a déjà commencé en me donnant ses talents, ses dons et la force de me laisser conduire.
La mission commence par la contemplation, par une conscience toujours nouvelle de l’amour de Dieu qui pardonne et relève. Le missionnaire est un homme de prière, un être saisi par la grandeur de Dieu et par la conversion de tout son être.

Paul, lui, nous montre un autre aspect de l’appel. Lui, le persécuteur devenu apôtre, allant à Damas pour persécuter les chrétiens, il s’est fait prendre par le Christ.
En fait, Paul n’est pas tombé dans un piège qui aurait emprisonné sa liberté. Il a réalisé d’un seul coup son aveuglement, son fanatisme qui le posait en adversaire de Dieu. Mais sa volonté était aveugle, et en devenant aveugle, il prend conscience de son aveuglement, il est saisi. Dès ce moment, sans cesse, Paul montre qu’il est l’avorton ; bien peu de choses. Il souligne sa faiblesse et sa fragilité – Ma grâce te suffit. La mission, c’est « non pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi, en moi ».

La troisième rencontre est le la plus déroutante. Les pêcheurs, fatigués par la nuit de travail sans résultat voient arriver un brillant prédicateur. Il prêche de la barque, puis il en vient aux travaux pratiques : « avance au large et jette le filet ».
Pourquoi obéir ? Surtout à un homme qui ne connaît pas le métier ! Pierre sait qu’il n’y a rien à tenter et il est fatigué mais la Parole de Jésus a plus de poids que son expérience, il fait confiance, il ne se met pas en avant ; il obéit : « sur ta parole je jetterai le filet. »
Autrement dit : « Je vais mettre ta parole en pratique ». Et vous savez le résultat : ils prirent une telle quantité…
Pierre réalise que Dieu s’est approché de lui. Le Seigneur vient d’entrer dans sa vie. Pierre se sent indigne et pourtant Jésus lui donne sa mission : désormais, ce sont des hommes que tu prendras ; c’est-à-dire : prendre des vivants, tirer l’homme des profondeurs du péché, de la souffrance et de la mort.

Car la mission ne repose pas sur les forces de l’homme mais sur la force de Dieu en l’homme. Tout comme les talents reposent sur le fait de recevoir le don de Dieu comme venant de Dieu et avec lui de le faire fructifier. Car il s’agit là d’une œuvre de libération et de vie.

Ces trois témoignages – et ceux des saints après eux– nous invitent à nous laisser saisir par le Christ. Dieu vient nous appeler là où nous en sommes, mais il a besoin au moins que nous ouvrions notre cœur pour nous laisser toucher, dérouter ; il a besoin que notre liberté cherche la vraie liberté ; notre vie, le vrai sens ; notre amour, le vrai amour.

Oui Dieu appelle ; Dieu donne à chacun une place, une vocation. Mais il faut vouloir se laisser toucher. « Ne crains pas », le résultat est tel qu’alors, laissant tout, nous serons prêts à le suivre.

C’est le mystère de l’élection.

Pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi moi et pas lui ?

Parce que chacun doit entendre l’appel de Dieu et y répondre, parce que chacun est appelé d’une manière particulière alors que nous sommes toujours tentés de nous comparer.
Chacun voudrait sans cesse avoir son mot à dire aux hommes, aux structures, à Dieu ; mais c’est Dieu qui mène le monde et son Église. Vouloir agir selon mon idée ou selon ma façon de voir, risque de se faire contre Dieu, contre sa volonté, et faire sans lui, c’est détruire, c’est se détruire, c’est fonder sur du sable.

Alors laissons-nous toucher par lui et osons avancer au large. Comme de bons gérants de la grâce de Dieu en nous, osons tout avec lui et dans sa logique à lui.
Amen.

Références bibliques : Is 6, 1-8; Ps. 137; 1Co 15, 1-11; Lc 5, 1-11

Référence des chants :