Je fais un don

Toi, pars et annonce le Royaume de Dieu ! Frères et sœurs, cette parole de Jésus est pour chacun de nous : annoncer le Royaume de Dieu, voilà la mission que le Seigneur confie à chacun et à nous tous. Par cet appel, il nous demande de prendre notre part, avec lui, dans l’édification de son Église en ce monde. Annoncer le Royaume de Dieu, qu’est-ce que cela veut dire ?

D’après ce récit de l’Évangile, il semble que les disciples ont bien du mal à comprendre l’enjeu de cette mission. Comment doivent-ils annoncer ce Royaume ? Quand on ne les reçoit pas bien, ils proposent de tout détruire, mais Jésus les retient pour donner deux enseignements. Le premier est que l’annonce doit être faite, sans exiger une réponse conforme à notre attente, l’annonce de la promesse demande à la fois patience et confiance. Ceux qui annoncent ne sont pas juges de la manière dont les autres répondent, mais sont appelés à s’engager eux-mêmes. Or, à travers les histoires racontées par Jésus, il semble que lorsqu’ils sont appelés à le suivre, ils ont le désir de répondre, mais en même temps ils soulignent que ce n’est pas le moment, ou du moins qu’ils doivent faire quelque chose de très important auparavant. Le second enseignement est que la réponse à cet envoi ne peut pas être retardée : c’est maintenant, là où il est, avec ses dons et ses fragilités, que chacun doit annoncer le Royaume. Sans attendre et sans crainte, car il s’agit de le faire avec Jésus lui-même. Toi, viens et suis-moi !

Ce Royaume qu’ils doivent annoncer sans s’ériger en juge et sans retard, c’est l’irruption de quelque chose de complètement nouveau dans la vie habituelle de qui est appelé à suivre le Seigneur. Songez au prophète Élisée qui est appelé par Élie : il est tout juste au terme de son labeur et, pour répondre, il offre non seulement ses deux bœufs, mais encore le bois de son attelage de laboureur. Il achève en quelque sorte ce qu’il devait faire, se dépouille et part rejoindre Élie : une nouvelle vie commence, inattendue. Écoutons à nouveau cette affirmation de l’apôtre Paul : c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés.

Paul sait bien que nous sommes capables du pire et il l’exprime clairement : vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres ! Mais, malgré cela, il affirme sa confiance que l’humain peut marcher sous la conduite de l’Esprit Saint qui libère. C’est dans la joie de cette liberté que l’on peut s’engager dans une vie renouvelée. Annoncer le Royaume, ce n’est pas d’abord parler de quelque chose d’extraordinaire à ses interlocuteurs. C’est les inviter à se laisser à leur tour saisir par la joie de cette liberté qui jaillit au fond d’eux-mêmes. Libres, pour naître à nouveau.

Lorsque nous faisons l’expérience de cette liberté, l’Esprit lui-même nous apprend ce qu’est la vie du Royaume que nous sommes envoyés annoncer, en tournant notre regard vers l’avenir. « Tu m’apprends le chemin de la vie », disait le psalmiste. Les trois rencontres qui nous sont brièvement rapportées dans l’Évangile illustrent ce qu’est ce chemin. C’est le chemin d’une vie qui ne s’installe pas là où on aurait l’illusion de la sécurité. Vivre avec Jésus, c’est au contraire ne pas avoir de lieu propre. Ou plutôt, c’est recevoir comme lieu de sa vie l’amitié avec Dieu : « j’ai fait de toi mon refuge ». Mais pour bénéficier de ce refuge, il faut entendre l’invitation à ne pas laisser les attachements personnels nous enfermer en nous-mêmes. Notons-le bien : il ne s’agit pas de renier sa famille, d’oublier les siens, de se couper de ses racines. Non, le détachement demandé a pour but de nous aider à porter le regard, résolument, vers le futur. La richesse de la moisson dépend de la détermination avec laquelle on regarde le futur et l’espère. Il faut alors bien comprendre que, regarder vers le futur, c’est découvrir qu’en laissant derrière soi sa propre maison, on découvre, devant soi, la maison toute nouvelle du Royaume, là où Jésus rassemble autour de lui dans une seule communion « les gens de sa maison ». Ces gens qu’il nous donne comme frères et sœurs. N’est-ce pas à cette communion à venir qu’il pensait lorsqu’il prenait avec détermination la route de Jérusalem ?

Références bibliques : 1R 19, 16b ; 19-21 ; Ps. 15 ; Ga 5, 1 ; 13-18 ; Lc 9, 51-62

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Paris 26 juin 2016