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Lorsque scribes et pharisiens humilient une femme adultère, nos sentiments s’opposent peut-être comme dans un match ? Car nous jubilons parce que Jésus sauve la situation. Pour la compassion, c’est un point de gagné ! Mais en même temps, sommes-nous prêts à nous exposer avec quelqu’un que les gens regardent de travers ? Un point, aussi, pour la peur.
Il y a souvent match nul, sur le terrain de nos jugements, alors que Jésus mène toujours son combat jusqu’à la victoire de la vie et de l’amour. Mais ici, il commence par nous faire revenir au vrai combat. Ils voulaient simplement avoir le dessus. Ils défendaient leurs petits pouvoirs et leurs interprétations de la Loi. C’est un conflit où la femme n’était qu’un appât pour piéger Jésus. Or pour lui, le vrai combat est ailleurs : libérer toute misère humaine. C’est cela qui est important, et la femme adultère qu’on lui amène en a besoin.
À côté de ses adversaires qui combattent pour la mort, Jésus combat pour la vie.

Jésus se baisse. Cela nous rappelle qu’il est bon de rentrer en nous-mêmes pour changer de regard. La femme n’était qu’un jouet dans le piège où elle était entraînée. Elle retrouve à présent son épaisseur humaine : pécheresse, mais vivante. Les adversaires, quant à eux, se croyaient au-delà de tout reproche. Mais leurs peurs, leurs ressentiments et leur propre péché sont dévoilés. Les apparences tombent.
Cela me fait penser à la campagne contre les préjugés lancée par le CCFD TERRE SOLIDAIRE pendant ce Carême. Sur les affiches, un dessin représente une femme et un enfant, très piètrement vêtus et un commentaire vient préciser : « Ceci n’est pas une mère dans la détresse, c’est une femme qui alphabétise les enfants de Bogota ».
Ayant désamorcé le regard étriqué que nous portons sur les autres, sur nous-mêmes et sur Dieu, Jésus nous entraîne plus loin. Il engage le dialogue, et cela redonnera à la femme adultère sa responsabilité en ce monde. Voyez-vous, il y a quelqu’un qui considère qu’elle est toujours capable de faire le bien, d’assumer ses erreurs et de regretter son péché. Combien de gens dans leur égarement, attendent que cela leur arrive ? Combien de gens, hélas, restent comme morts de ne pas connaître l’amour de Dieu, anéantis par tant de jugements humains presque aussi durs que les pierres et combien de gens restent exclus de toute vraie rencontre ?
Le sacrement de réconciliation est une réponse à tout cela. Mais je pense aussi à cette personne que j’ai rencontrée et qui me disait : « Je vais souvent dans cette église parce que je la trouve très belle, mais surtout parce qu’ici, j’ai trouvé une place ».

La place de la femme adultère a failli disparaître, elle, dans un flot de haine et sous un tas de pierres. Mais Jésus s’est baissé puis relevé, comme pour mimer la mort et la résurrection. Saint Augustin écrivait de cette scène : « Demeurèrent en face l’une de l’autre, la ‘misère’ et la ‘miséricorde’ » (Sur Jean, traité 33, 5), et notez que dans un tel combat, frères et sœurs, dans un tel face à face, il n’y a pas de match nul car il n’y a pas de point à compter. Mais saint Paul l’avait déjà dit : « là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé ». Avec la femme adultère, toute l’humanité est entraînée dans ce drôle de combat, et finalement remise en route. Nous sommes peut-être capables du pire contre nous-mêmes et contre les autres, mais le Christ nous rend par dessus tout capables de passer du côté de la vie.
À Pâques, notre humanité célébrera une victoire dans laquelle personne n’est destiné à être perdant – et pas plus gagnant – mais vivant !

Références bibliques : Is 43, 16-21; Ps. 125; Ph 3, 8-14; Jn 8, 1-11

Référence des chants :