Je fais un don

Chers amis qui êtes ci avec nous par la télévision, je me réjouis de partager avec vous le souci de l’événement que nous vivons ce week-end : le Congrès Mission qui veut nous aider à renouveler notre élan missionnaire ? Avec vous, je reçois le double appel de saint Paul à Timothée : « ravive en toi le don gratuit de Dieu » et « Garde le beau dépôt de la foi ». Comment articuler cela avec le mouvement missionnaire qui m’invite plutôt à donner ce que j’ai reçu ? Les deux démarches sont-elles conciliables ?

Saint Paul nous rappelle qu’avant de nous soucier de ce que nous allons donner, il nous faut reconnaître qu’en vérité, il y a un don qui nous précède : « Ravive en toi le don gratuit de Dieu ». Ce qui est premier, c’est le don accordé par le Seigneur. Et ce que Dieu donne, dit saint Paul, c’est l’Esprit Saint, « Esprit de force, d’amour et de pondération ». C’est l’Évangile de Jésus Christ qui a « aboli la mort et mis en lumière la vie et l’incorruptibilité ». C’est la foi en Jésus Christ, mort et ressuscité ; car croire est un don de Dieu. Un acte de l’homme certes, qui s’ouvre à la lumière de la prédication, mais d’abord un don de Dieu. Et croire en cela, même si c’est à la mesure d’un grain de moutarde, c’est déjà rentrer dans la logique de l’Évangile qui nous permet de déplacer des montagnes ou de déraciner des arbres pour les plonger dans la mer, parce que désormais nous vivons dans l’excès d’une vérité plus incroyable encore ; la mort est morte, elle est vaincue, Jésus Christ est sorti vivant du tombeau pour nous faire vivre ici et maintenant, avec lui.

Je me suis préoccupé de donner, et me voilà d’abord émerveillé devant la beauté et la grandeur du don que Dieu me fait. Et je me suis dit que si je gardais le don de la foi, je ne jouerais plus le jeu de la mission, mais avec vous, dans le contexte où nous sommes, je prends conscience que garder ne s’oppose pas à transmettre, au contraire.

Le congrès Mission dans lequel nous sommes engagés aujourd’hui nous fait réfléchir aux modalités à mettre en œuvre pour évangéliser notre société, c’est à dire donner, communiquer, transmettre au monde contemporain le trésor que nous avons reçu. Et saint Paul nous y encourage plus que jamais : « n’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur » et « prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile » tout en nous disant : « garde le beau dépôt de la foi ».

En réalité, tout est là, aujourd’hui, pour que nous reprenions conscience que c’est en le transmettant, en l’annonçant, en le partageant et en le donnant que nous gardons le mieux le beau dépôt de la foi. Je m’adresse ici à des enseignants, présents pour cette eucharistie ; vous savez d’expérience que la meilleure façon de s’approprier une matière, c’est de la transmettre. On ne garde pas un savoir comme on capitalise un pactole financier ; on le garde en le communiquant, en le transmettant. Et ce qui est vrai de toute science profane est vrai de la foi.

Pour garder le beau dépôt de la foi, pour raviver en nous le don de Dieu, pas de meilleur moyen que de les communiquer aux autres. Comme de bons serviteurs partis labourer les champs de ce monde pour y ensemencer la Parole de Vie. Et pour cela, il nous faut apprendre à témoigner, à être, comme nous y invite si souvent le pape François, une Église en sortie, une Église qui annonce, à temps et à contretemps, l’immense nouvelle du salut, une Église qui rend compte, explicitement, de l’espérance qui est en elle. Et si nous entrons dans cette audace, avec une foi aussi grosse qu’une graine de moutarde, alors nous verrons se déplacer des montagnes, des arbres être déracinés pour s’enfoncer dans la mer, et mieux encore, des hommes et des femmes faire l’expérience de la miséricorde de Dieu et ainsi être régénérés, par la puissance et la beauté du don, que nous avions en premier reçu.