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Jésus entre dans un monde façonné par une espérance. Les deux premières lectures nous l’ont rappelé. Avez-vous remarqué ce que le prophète Michée annonce de la part du Seigneur ? C’est une vraie nouveauté. Elle vient renverser nos échelles de valeur. « Toi, Bethléem, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira… celui… qui sera grand. » Le plus petit des clans, d’un côté ; et de l’autre ? Le plus grand ? Eh bien, non. Pas « le plus » grand, mais le grand, tout simplement, si je puis dire. Aucun superlatif n’est annoncé. C’est nous qui ajoutons des superlatifs, car il y a toujours un petit monde où nous aimons être le plus grand : la famille, la paroisse, les amis, le travail… Il n’en est pas ainsi dans le Royaume de Dieu. Celui qui va naître sera grand, comme chacun d’entre nous est devenu grand le jour de son baptême. Vivre dans un monde où nul ne chercherait à être le plus grand, vous imaginez quel bonheur et quel paix pour tout le monde ! D’ailleurs, Michée l’annonce : l’enfant qui va naître « sera notre paix ».

Le psaume, quant à lui, dit cette même espérance, mais avec une urgence. Celle d’un peuple qui est sous l’occupation d’une puissance étrangère, comme c’est le cas pour Israël à cette époque, ou celle d’un pays qui subit des actes terroristes et semble perdu, comme c’est le cas pour la France, le Liban, le Mali et tant d’autres pays encore. « Dieu, écoute, viens nous sauver, fais-nous revenir… » Tous ces cris du psaume disent une espérance qui est mise en Dieu, une espérance qui résiste face à l’oppression ou la terreur d’un moment.

Marie a cru que cette espérance allait s’accomplir. Et regardez la manière dont cette espérance la transforme. Elle pose des gestes qui peuvent devenir les nôtres dès aujourd’hui si, comme elle, nous sommes persuadés que le Seigneur vient répondre à l’espérance du monde. Marie sort de chez elle et va avec empressement chez Élisabeth. Premier geste : sortir de chez soi. Puis Marie entre dans la maison de Zacharie et salue sa femme, Élisabeth. Deuxième geste : entrer et saluer les habitants d’une maison.

Par ces deux gestes simples, Marie reproduit ce que l’ange a fait pour elle. L’ange est sorti d’auprès de Dieu, où il le contemple face à face, pour entrer chez Marie dans le petit village de Nazareth. L’ange est mis en mouvement par une espérance folle : Dieu a décidé de faire corps avec l’histoire du monde pour la détourner du mal et de la folie humaine. Et sa décision commence par une visite toute simple : un ange vient saluer une jeune fille promise en mariage. « Je te salue », dit l’ange à Marie. Et il lui annonce : « L’Esprit Saint viendra sur toi. »

Marie se comporte comme l’ange. Elle sort de chez elle « avec empressement », comme s’il y avait urgence à échanger des bonnes nouvelles. Elle entre dans la maison de Zacharie et commence par saluer Élisabeth, par lui dire une parole de salut, comme si toute bonne nouvelle commençait par une salutation respectueuse. Et alors, la même chose se produit : quand Élisabeth entend la salutation de Marie, elle est remplie d’Esprit Saint, tout comme Marie. Même son enfant tressaille d’allégresse. Comme Marie.

Pour que les gestes de Marie deviennent les nôtres, la seconde lecture tirée de la lettre aux Hébreux nous dit comment faire. C’est simple. En entrant dans le monde, Jésus dit à son Père : « Me voici, je suis venu faire ta volonté. » C’est la même attitude qui nous est proposée : dire au Seigneur, « me voici », pour l’accueillir chez nous, le laisser nous faire devenir grand, nous bouleverser au point de nous faire sortir de chez nous pour entrer dans le monde et lui annoncer que son espérance va être enfin comblée.

Une espérance qui fait sortir de chez soi pour entrer ailleurs saluer le monde, c’est bien cela le style de Dieu. Allez, viens, divin Messie.

Références bibliques : Michée 5, 1-4a ; Ps. 79 ; Epitre aux Hébreux 10, 5-10 ; Luc 1, 39-45

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Notre Dame de la SALETTE (Paris) 20 décembre 2015