Je fais un don

Pourquoi le riche qui porte « des vêtements de luxe » et qui fait « des festins somptueux » est-il incapable de voir, à sa porte, Lazare « qui aurait voulu se rassasier de ce qui tombait de la table » ? Lorsque lui-même est confronté à la souffrance, il s’attend à ce minimum de compassion qu’il n’a pas su accorder au pauvre et il demande à Abraham : « Envoie Lazare dont le nom signifie justement « Dieu aide » pour soulager ma souffrance, car je souffre terriblement dans cette fournaise ». Pourquoi le pauvre Lazare qui était invisible aux yeux du riche, devrait-il maintenant le soulager ? Le riche a vécu « bien tranquille », sans se poser de questions, dans l’insouciance et dans l’indifférence vis-à-vis du plus pauvre, alors pourquoi attendre autre chose que l’attitude qu’il a eue lui-même toute sa vie ? « C’est ton tour de souffrir ! » lui répond Abraham…

La parabole nous ferait-elle entrer dans le cercle vicieux de l’indifférence ?

La loi, les Prophètes et le Ressuscité ne nous ont-ils pas invité à autre chose ? Sortir de l’indifférence, entrer dans l’action auprès de ceux qui ont besoin de nous, mais avant cela, il est question de conversion.

L’objectif de la parabole n’est pas de nous convaincre, par une série d’arguments, ou de susciter la peur, mais elle vise à nous entraîner dans une relation qui transforme notre regard pour nous mobiliser dans l’action : Quel est le regard que je porte sur les autres ? La conversion qui nous entraîne à la suite du Christ n’est pas le résultat d’un raisonnement ou la conséquence d’une information, mais un choix, une orientation de toute la vie qui nous renvoie vers les autres, et en priorité les plus pauvres. On ne peut pas « amener quelqu’un à reconnaître la vérité, la nécessité d’une proposition ou d’un fait ». L’enjeu de cette parabole – propre à l’évangéliste Luc – est bien de m’interpeller sur le regard que je porte autour de moi, car ce regard est à la base de mon engagement et de ma vie.

N’est-ce pas ce dynamisme que nous sommes conviés à vivre aujourd’hui, entraînés à la suite du Christ ? Monsieur Vincent n’a eu de cesse d’approfondir cette relation et de servir les plus pauvres de son temps. « Notre Seigneur est dans le pauvre » aimait-il redire. La foi – ou la conversion- n’est donc pas repliement frileux sur soi, mais elle nous ouvre chaque jour à l’aventure humaine de la rencontre et du partage, de la joie, plus forte que toutes les peurs de notre monde contemporain. Jésus ne vient pas justifier un ordre du monde ou fonder je ne sais quelle forme de fatalisme. Il nous invite à le suivre dans ce monde pour partager avec lui son dynamisme d’amour : un autre regard qui nous pousse à nous engager. « Si nous avions un peu de cet amour demeurerions-nous les bras croisés  ? » nous interroge Vincent de Paul.

Depuis 350 ans, les membres de la famille vincentienne ne cessent d’accueillir et de vivre cette urgence : la conversion nous ouvre à la rencontre des plus pauvres, à la solidarité et à l’action. Peut-on réussir sa vie en demeurant indifférent à celui qui souffre, celui qui a faim et soif, celui qui est seul et abandonné, malade ou en prison ? « Nous aimons l’homme parce que nous l’aimons dans la foulée de ce Dieu qui nous aime . »

Seigneur donne-nous ce regard de foi pour inventer des gestes de solidarité aujourd’hui, là où nous sommes.
Amen.

Références bibliques : Am 6, 1a.4-7; Ps. 145; 1 Tm 6, 11-16; Lc 16, 19-31

Référence des chants :