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Parmi les vœux que j’ai reçus, frères et sœurs et chers téléspectateurs, quelqu’un m’écrivait : « Si seulement le monde se taisait, ne serait-ce qu’une minute, il entendrait ce que Dieu a à nous dire. » J’ai le sentiment que, justement, les mages ont su faire silence pour entendre autre chose que ce qui s’agitait en eux-mêmes et autour d’eux. Et ils ont entendu le silence lumineux d’une étoile et ils ont pressenti qu’elle les conduirait à ce qui est essentiel. N’est-ce pas qu’ils avaient envie de savoir pourquoi leur vie avait un sens, ce qui est à l’origine de ce sens et, en définitive, de quelle manière ils devaient agir ?

Posons-nous la question : si le monde se taisait, qu’entendrait-il ?

Je crois que c’est petit à petit que les bruits du monde s’éteindraient. Autour de nous commenceraient d’abord à se taire les affaires de ce monde et le labeur des hommes, souvent noble mais parfois inhumain lorsque certains sont exploités. Puis s’arrêteraient les bruits de guerre et les cris de souffrance qui déchirent l’espérance de tant de nos frères et sœurs. Ensuite les pleurs de ceux qui sont dans le deuil, et les questionnements de ceux qui sont malades diminueraient de plus en plus. Alors le silence aride de ceux qui sont abandonnés à la solitude s’adoucirait. Et je sais par vos courriers que, pour briser cette solitude, on entendrait souvent sur des téléviseurs, le vôtre peut-être, notre émission : « Le Jour du Seigneur ». Et grâce au silence qui se ferait, on deviendrait plus attentif à la joie, aux paroles d’encouragement et de consolation. Et on s’étonnerait d’entendre les enfants demander à leurs parents et grands-parents : « Dis-moi ce qui est important dans la vie, transmets-moi ce qui te fait espérer ! ». Et finalement, il y aurait un doux silence. Alors nous entendrions enfin l’Évangile. Vous savez, cela signifie « Bonne Nouvelle » ! Nous entendrions les pas des trois mages en quête de l’essentiel. Et nous aurions envie de les suivre, nous aussi. Nous entendrions leur émerveillement, parce que celui qui recherche sait s’émerveiller ! Et nous voudrions nous émerveiller, nous aussi. Maisnous entendrions quand même des conspirations et de la suffisance : car chez Hérode, des spécialistes des Saintes Écritures semblent être engourdis dans leur propre quête ou prisonniers de leurs idées religieuses toutes faites. Et cette foi qui ne s’étonne plus ne rend pas heureux.

Et si le monde se taisait quelques instants, comme les mages il pourrait entendre les cris insignifiants d’un bébé en apparence très banal, celui de Marie. En réalité, il est très extraordinaire, car ce bébé, c’est Dieu lui-même qui, de l’intérieur, ennoblit notre humanité et agit en nous. Ce bébé accueille les cadeaux que les mages donnent en notre nom : de l’or, comme on offre à un roi ; de l’encens, comme on présente à un Dieu et de la myrrhe, comme on embaume le corps de celui qui a accepté la souffrance pour donner sa vie.

En prenant notre humanité, Dieu nous rend dignes, nous-mêmes, des cadeaux que les mages lui offrent. Tout notre être est riche de Dieu et peut agir en homme qui vit de Dieu : nous découvrons nos mains d’or, car elles sont capables de rendre de grands services au monde. Nous laissons monter l’encens de notre cœur, car elle est puissante, notre prière à Dieu. Et nous risquons en ce monde tout notre être parfumé de myrrhe, car nous mourons à la facilité pour remplir la mission d’annoncer que la vie a un sens révélé par Dieu lui-même
Les mages ont repris leur chemin, joyeusement et sans parole inutile.

Et nous, si nous nous taisions ne serait-ce qu’une minute ? Nous entendrions que Dieu est né en notre chair, comme un enfant, et que son Esprit nous dit comment vivre au cœur de notre monde.

Références bibliques : is 60, 1-6 ; Ps. 71 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Paris du 4 janvier 2015