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En ce dimanche des missions, comment ici, à l’île Maurice ne pas évoquer la figure emblématique du Bienheureux Jacques-Désiré Laval. Ce missionnaire français « sortit » de sa Normandie natale et vint chez nous, il y a 175 ans. Il consacra les 23 dernières années de sa vie auprès des pauvres et des exclus de la société mauricienne encore marqués dans leur corps et leur esprit par les cicatrices profondes de l’esclavage. Parce qu’il s’était senti, lui-même, regardé et choisi par l’amour miséricordieux du Christ, le Père Laval, à son tour, a transmis cette confiance en la miséricorde divine qui ne baisse jamais les bras et vient rejoindre ceux qui sont plongés dans les plus grandes souffrances humaines. Homme de prière, il a su nous remettre debout, mais c’est aussi parmi nos ancêtres qu’il a trouvé ses meilleurs catéchistes et ses plus fidèles collaborateurs.

« Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! » Devant l’immensité de la tâche à accomplir, cette invitation à la prière incessante ne cesse de raisonner comme un acte de foi en ce Maître « dont le cœur s’émeut et frémit de compassion face à nos fragilités et nos infidélités ».

Le passage du Livre de l’Exode de la première lecture nous montre le peuple de Dieu avec à sa tête, Josué, engagé dans un combat difficile qui semble perdu d’avance. Moïse l’accompagne vers la victoire en se tenant au sommet de la colline dans l’attitude du priant gardant les mains tendues vers le ciel.  Le Père Laval n’a jamais cessé d’être pour nous ce Moïse qui garde les mains levées en prière pour ses enfants. L’Évangile nous parle ensuite d’une veuve démunie dont la cause semble perdue d’avance face à un juge qui se moque de la justice. Mais consciente de sa juste cause et loin de se décourager, elle s’obstine dans ses demandes et finira par faire céder le juge.

Ces deux textes soulignent la condition essentielle pour accueillir toute mission qui nous est confiée dans l’Église. C’est le constat de notre pauvreté radicale et la petitesse souvent dérisoire de nos moyens. Alors, humblement, dans la prière, peut naître notre acte de foi en ce Dieu qui nous conduira à ne jamais baisser les bras, quel que soit l’énormité des défis qu’il nous faut affronter pour collaborer avec lui au salut de ce monde qu’il aime par-dessus tout.

« Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? ». Voilà une question bien légitime pour toutes les époques et surtout la nôtre qui offre quelquefois le spectacle désolant d’un monde plongé dans une ère de barbarie et de violence qu’on croyait révolue. Heureux alors ces femmes et ces hommes de foi qui vont en mission dans ces points plus exposés de la planète. Ils y vont habiter par leur seule conviction, nourrie de l’Évangile, que la Vie et l’Amour auront le dernier mot sur la mort et la haine. Refusant de baisser les bras, et leurs mains de priants tournés vers le Père, ils deviennent des semeurs de Résurrection là où la résignation enfonce des frères et des sœurs dans la désespérance.

Vers la fin de mon mandat épiscopal, j’ai perçu chez nous les signes d’un peuple en attente qui exprime sa soif d’Évangile, de fraternité, de miséricorde et son désir de mieux faire connaître le visage du Christ, proche et compatissant, au sein d’une société pluriculturelle et qui fait face à beaucoup de défis humains. C’est pourquoi avec le soutien du presbyterium et des forces vives du diocèse, j’ai mis en œuvre un projet de nouvelle évangélisation à la lumière de ce que les papes récents ont souhaité pour toute l’Église. Ce projet s’appelle Kleopas, en mémoire d’un des disciples d’Emmaüs que le Christ Ressuscité a rejoint sur sa route et a transformé par la lumière de sa présence. Au fur et à mesure que nous avancions dans ce projet, je prenais conscience de l’énormité des défis à relever et de la pauvreté de nos moyens pour y faire face. Que faire ? Fallait-il « sagement » renoncer à ce projet simplement à cause de la pauvreté de notre église ? Non ! Humblement, nous avons porté ce projet dans la prière et avec mes collaborateurs, nous l’avons accueilli dans un immense acte de foi. J’ai promulgué récemment les décrets qui, avec l’aide de l’Esprit Saint, guideront la mise en place de l’immense chantier de cette nouvelle évangélisation. Que le Dieu de Miséricorde nous accompagne et nous soutienne dans cette entreprise qui vise à faire mieux résonner la Bonne Nouvelle qui seule peut transformer nos vies.