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Frères et sœurs, je le trouve fort sympa notre ami Thomas ! Si l’Évangile que nous venons d’entendre était un miroir, j’y aurais vu mon sosie, un frère jumeau, nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau. Il se montre indépendant. Il est absent, quand ses amis font leur première expérience du Ressuscité. Sans doute voulait-il se changer les idées, après la débâcle de la Croix. Mais il se montre aussi questionneur. Peine perdue, quand les apôtres lui racontent la scène de leur rencontre, avec une émouvante sincérité. Rien n’y fait, il ne croit pas leur histoire, il veut se faire une opinion par lui-même. Sa démarche ressemble à celle du scientifique : doute systématique, vérification, expérience, avant de s’avouer croyant.

Mais justement, mes frères, avez-vous remarqué que Thomas ne demande pas la preuve de la divinité de Jésus, mais la preuve de son humanité. Il veut toucher le corps. Le Christ n’est pas insensible à l’argument de Thomas, qui ne demandait rien de sensationnel, ni de surnaturel, même pas un petit miracle, vite fait, bien fait. Jésus ne ferme pas la porte à l’entêtement de Thomas. Il lui laisse du temps. Ainsi est Dieu. Il ne manque jamais de patience pour manifester la délicatesse de son amour. Dans sa manifestation à Thomas, le Christ ne lui fait aucun reproche. Il comprend ses exigences, il se prête volontiers à la vérification désirée : ses mains, son côté, sont à sa disposition. Cette patience et cette miséricorde de Dieu mèneront Thomas à dévoiler le vrai mystère du Christ : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Il devient le premier à lui dire « mon Dieu ». Plus forte que l’incroyance initiale, la profession de foi de Thomas va désormais résonner dans l’Église de tous les siècles.

Quelle leçon pour nous, frères et sœurs. La miséricorde et la bonté de Jésus voudraient tant nous envelopper, pour que nous poussions, à notre tour, ce cri de foi. Mais force est de reconnaître que cela n’est pas évident : « Je crois, oui mais plus comme avant. En moi, bien des certitudes se sont effondrées », me confiait ce jeune interne à l’hôpital. « Lors de ma profession de foi, c’était merveilleux. Mais depuis que j’exerce en unité de réanimation, j’ai vu tellement de souffrances et d’injustices. Tenez, je songe à Hugo, ce jeune garçon de neuf ans atteint d’une leucémie que nous ne pourrons sauver. » Sans le savoir, ce jeune médecin revit, à partir de sa propre expérience professionnelle, ce qu’avaient vécu les apôtres, dans les jours qui suivirent le Vendredi saint. Dans tout l’Évangile, Dieu exprime sa miséricorde, à travers la patience. Il laisse mûrir, donne sa chance et ouvre un avenir à chacun. À sa suite, l’Église se doit d’être patiente et compatissante avec ceux qui sont traversés par la nuit du doute, ceux qui vivent, comme nous le rappelle le pape François, à la périphérie, ceux qui vivent loin des certitudes absolues. Il s’agit de les accueillir comme ils sont, de ne pas les juger, mais de les aimer.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus toucher les plaies de Jésus. Mais nous les voyons à travers l’humanité souffrante. Tout à l’heure, en recevant le corps du Seigneur, nous serons heureux de pouvoir dire : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Mais notre joie sera tout aussi grande, cette semaine, si nous touchons les plaies des malades, des laissés-pour-compte, les plaies du cœur, de l’âme et du corps, reconnaissant ainsi Dieu qui se révèle en eux. S’il est vrai que nous pouvons accueillir le Seigneur de gloire dans l’hostie, l’Évangile nous invite à le reconnaître aussi dans le pauvre, le prisonnier, le petit, l’opprimé, le sans-voix. Ils sont l’icône vivante du crucifié d’aujourd’hui.

Thomas, mon frère, mon jumeau, mon autre moi-même, merci de me faire découvrir qu’en touchant les plaies de l’homme, je touche Dieu du doigt. Merci pour ton doute fécond, source de ton cri de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Références bibliques : Ac 4,32-35 ;Ps.117 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Orange le 12 avril 2015